SON BUT
naturelle, à la chimie, à la toxicologie, les bases d'une classiflcalion thérapeutique, comme l'ont fait tous nos devanciers et même nos contemporains , il nous faut les trouver dans les actions thérapeutiques elles-»mômes.
Personne ne me contredira si je viens dire que, quelles que soient nos connaissances au sujet de la place qu'un de nos médicaments tient dans la nature, j'en pourrai conclure son action thérapeutique. On sait qu'une môme famille peut renfermer des substances inoffensives tout aussi bien que des substances éminemment toxiques. Par conséquent, ce n'est pas la notion de l'espèce, du genre, ou de la famille d'une substance végétale qui nous fera connaître sa valeur thérapeutique. Il nous faut donc déjà repousser toute classification des agents thérapeutiques en minérau.K et végétaux, et de ceux-ci en mono ou dicotylédonnées, etc.
J'en dirai autant des propriétés chimiques, qui ne sont pas de nature à nous faire préjuger des actions thérapeutiques. Toute classification des agents thérapeutiques fondée sur la classification adoptée par les chimistes est donc inacceptable. J'aurais cru pouvoir me dispenser de le dire si je n'avais entre les mains un traité de thérapeutique anglais parvenu à sa cinquième édition et traduit en allemand, le Man^^el de thérapeutique de : M. Sydney Hinger (I). En effet, cet auteur a pris pour base de : sa classification la liste des corps telle que les chimistes la doninent. Ainsi, le premier médicament est l'eau; puis le second, I l'oxygène ; le troisième, le peroxyde d'hydrogène ; le quatrième, le ( charbon; lecinquième, l'acide carbonique; le sixième, l'azote, etc. I Pour les végétaux, l'ordre n'est plus suivi également. On y trouve 1 l'opium entre le cyanure de potassium et la noix vomique, etc. 1 II eu est de même du traité de Nothnagel et Roshâch{Nouveaux éléments de matière médicale et de thérapeutique), traduction (ide J. Acquier avec- une introduction du professeur Bouchard.
Aussi l'on voit dans la môme classe la potasse caustique, le '■carbonate de soude, le sulfate de soude, le nitrate de potasse, etc.
(I) Traduit par Oscar Tliamayii, médecin à Halle (Stuttgard, F. Enke, 1 1877, in-80 de 670 pages.
Caustiques, purgatifs, diurétiques, etc., tous confondus dans la même catégorie. Je ne m'y arrûterai pas davantage. . 11 faut nous appesantir davantage sur la distinction qu'il y a à faire entre la toxicologie et la thérapeutique, car la plupart des traités de thérapeutique ont pris pour base l'action physiologique ou plutôt l'action toxicologique des médicaments. Ici, je n'ai que l'embarras du choix. Je pourrais citer à peu près tous les traités de thérapeutique d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie
et môme de France.
Je prendrai pour exemple la classiQcation de M. le professeur
Sée. Je le cite textuellement :
« Chaque poison agissant sur un système ou sur un organe important dans la hiérarchie vitale, ses localisations sont spéciales comme son mode d'action, et l'élimination elle-môme se fait par des voies électives. Ce sont ces données acquises à la science qui nous guideront dans l'appréciation des médications
de l'asthme (1). »
Voilà donc une classification hardiment basée sur la toxicologie; aussi trouvons-nous : 1° les anesthésiques ; 2» les médicaments cardiaques et vasculaires ; 3^ les poisons soporifères et tétaniques; A" les poisons des nerfs moteurs et des muscles, etc.
Je cite cette classification moins pour en critiquer l'auteur que pour montrer la difficulté du problème. Cette classification est, en grande partie, calquée sur celle de Giacomini, comme je le montrerai plus loin; et, si M. le professeur Sée l'a adoptée, c'est qu'il n'en connaissait pas de meilleure autour de lui.
Comment se fait-il donc que l'on confonde chaque jour la toxicologie et la thérapeutique. Leur but et leur méthode sont complètement opposés, bien qu'elles puissent s'éclairer l'une par l'autre.
La thérapeutique prend l'homme malade et cherche à le ramener à la santé ; son point de départ, c'est l'état pathologique, son but, c'est l'état normal physiologique.
La toxicologie, ou la connaissance des propriétés physiologiques des médicaments, prend, au contraire, des orgamsmes sains, les trouble peu à peu par ses drogues, et les dérange jusqu'à ce que l'organisme cède et que le sujet de l'expérience