MUGUET
La partie de la plante expérimentée par les médecins russes est la Heur; c'est également celle qui avait fait l'objet des préparations anciennes,, et de celles que j'ai employées .
J'ai employé d'abord l'infusion à la dose de 50 à 70 centigrammes , comme l'avait fait Troitsky (1). Je n'en ai rien obtenu; j'ai porté la dose h 5 grammes sans succès; je pense donc, comme M. le professeur Sée, que c'est une préparation à abandonner; j'ai prescrit ensuite de l'alcoolature; ici, je me rapproche du médecin russe, de Botkin (2) en particulier, qui donnait 40 gouttes, cest-à-dire 2 grammes par jour. Cette dose est insuffisante ; je l'ai portée à 5 grammes, où elle commence à agir. Je suis conduit à penser, par cette différence d'action dans les doses, que le muguet de Russie serait plus actif que le nôire.
M. Sée regarde comme étant plus actifs: 1° les extraits des ileurs, qui exercent une action très active sur les animaux, moindre sur l'homme ; 2° l'extrait de la plante en totalité, comprenant fleurs, feuilles et racines ; 3° l'extrait de feuilles, qui est moins actif.
L'analyse chimique de cette plante a été faite plusieurs fois. Valz (3) aurait retiré de cette plante, en 1830, deux principes : un glycoside provenant de l'extrait aqueux des fleurs et des racines desséchées, qu'il nomme- convallaramine, et un autre principe provenant de l'extrait alcoolique, la convallarine ; ce dernier a peu d'action.
M. Stanislas Martin (4), qui a fait une analyse de cette plante en 186.0, a trouvé que l'infusion des fleurs est très acide. Il en a retiré un alcaloïde qu'il a appelé la maïaline (est-ce l'équivalent de la convallaramme?) et un acide qu'il a appelé V acide maîalique.
Cette analyse a été reprise dernièrement par M . Hardy, chef du laboratoire d'analyse à l'Académie; mais il n'a pu encore isoler complètement la convallaramine de Valz. Tous nos efforts
(1) Troitsky, Allgemeine med. Central Zeitung, p. 292, 1881.
(2) Boik'in, Allgemeine med. Central Zeilung, p. /|69 1881
(3) Cité par M. G. Sée.
(A) Stanislas Martin, Composition chimique de la /leur du muguet des ôois (Bulletin de thérapeutique, 1865, t. II, p. 128).
pour nous en procurer soit chez M. Stanislas Martin, soit chez M. Langlebert^ ont été sans résultat.
Action pal/wgénéticjue du muguet. — 11 faut donc nous borner pour le moment, en attendant que les principes actifs aient été plus nettement déterminés, à décrire l'action des infusions, alcûolature, teinture et extrait.
L'infusion de Heurs faite avec S grammes pour 250 n'est pas très acide ni très aromatique, elle est supportée par l'estomac ; mais si la dose est plus forte, 30 grammes pour i 000, ou mieux, de 100 pour 1 000, on obtient une infusion acide qui rougit fortement le tournesol. Cette infusion est, en effet, un émétocathartique, comme l'avaient vu les anciens.
D'après M. G. Sée, une goutte d'extrait de muguet déposée sur le cœur d'une grenouille agit comme la digitaline. Au bout d'une minute ou deux, le ventricule s'arrête en systole et lies oreillettes en diastole, alors que la grenouille conserve tous ses mouvements réflexes et spontanés.
Injecté sous la peau, l'extrait de fleurs agit de même, mais un peu plus tardivement.
Bogayavlenski(t) a injecté une solution aqueuse dans les lymphatiques d'une grenouille ; il a observé, au bout de peu de temps, un ralentissement avec augmentation de l'énergie des battements du cœur. 11 a constaté également une irrégularité de la diastole ventriculaire par relâchement irrégulier du muscle. Le ventricule donnait une systole tétanique avec diastole des oreillettes et du sinus veineux. Une fois le cœur dans cet état (qui rappelle l'action de la vératrine), les excitations mécaniques, électriques ou chimiques du cœur ou des nerfs cardiaques restent sans effet.
Il faut que la dose ait été très faible pour que l'excitation du
pneumogastrique puisse produire un effet modérateur.
D'après M. G. Sée, le crapaud et la tortue résistent beaucoup
plus longtemps à l'action de cet agent. Chez le chien, il suffit
d'injecter dans les veines 4 gouttes de l'extrait pour obtenir, au
bout de dix minutes, la mort par arrôt du cœur.
(1) Médecin praticien, 1882, p. 360.