LES RÉVULSIFS
Je ne saurais trop appuyer dans ce sens. Il n'est peut-être pas de cas dans la thérapeutique où l'on observe une action aussi prompte et aussi efficace des vcsicaloires, si l'on prend soin, comme Corvisart et Gendrin, de les mettre très larges. A la suite d'un large vésicatoire, le stéthoscope flexible, qui peut s'appuyer sans pression sur la plaie, permet de constater l'action rapide et efficace de ces révulsifs. Aussi je me suis étonné de voir que Bauer, qui a fait un si bon arlicle sur le traitement de la péricarditc, en regarde l'action comme inutile et peut-être nuisible (Vesicantien sind nicht zu empfehlen) (l).
B. Quant aux autres révulsifs conseillés lorsque la maladie se prolonge, leur ellet est douteux.
Bouillaud cite les cautères, les moxas, la pommade stibiée et l'huile de croton, Gendrin les sétons. Peut-être vaudrait-il mieux leur préférer les pointes de feu, qui ont une action si franche sur les phlegmasies chroniques du poumon et de la plèvre.
A côté de ces moyens locaux, il faut placer les sédatifs de la circulation.
A. Le premier à employer si l'affection est douloureuse est la vessie de glace, proposée par Gendrin (2). « L'effet direct de ce topique est de diminuer immédiatement les douleurs locales, de calmer les battements tumultueux du cœur et l'anxiété extrême du malade; le plus souvent, l'effet topique réfrigérant a même pour résultat de déprimer en peu de temps la violence de l'état fébrile et d'abaisser la fréquence du pouls au-dessous de son rythme normal. »
La vessie ne doit pas être laissée en place trop longtemps pour ne pas déprimer le malade, il faut donc surveiller le pouls et la température et retirer la vessie aussitôt que le pouls et la température reviennent à la normale. Chez certains sujets l'effet est obtenu en moins d'une heure ; chez d'autres, il faut deux ou trois heures. Après cela, si la réaction est modérée et ne seproduitque lentement, il n'est plus nécessaire de faire une nouvelle application, ou, si l'on doit y revenir, on en gradue les effets en
(1) Baucr, Krankheiten cler Ilerzbeutels, p. G87.
(2) Gendrin, loc. rit., p. 548.
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faisant des applications moins prolongées ou bien en élevant pi'ogressivement la température du mélange. Gendrin n'a jamais eu besoin de recourir à ce moyen pendant plus de deux jours.
Il n'y a de contre-indication à celte médication que s'il y a complication d'une pneumonie ; la présence d'une pleurésie n'a pas arrêté Gendrin et il n'a pas eu à le regretter.
Ce moyen a réussi en Allemagne, et Friedreichle recommande comme très efficace (1). Mais dans la pratique il diffère de Gendrin en ce sens qu'il laisse le sac beaucoup plus longtemps. La pratique de Gendrin nous paraît préférable, parce qu'avec le procédé de Friedreich, on peut dépasser la mesure et déprimer beaucoup trop le malade.
B. Digitale (2). La grande fréquence du pouls qu'on rencontre souvent dans la péricardile, indique que les douleurs et la sensibilité de la membrane déterminent une action réflexe qui monte par les pneumogastriques et se réfléchit sur les nerfs accélérateurs ou grand sympathique. Cette sensibilité peut être modérée par la digitale. En général, de petites doses suffisent (Gendrin), par exemple, de 0^,05 à 0^,08 de poudre de feuilles en infusion dans une petite quantité d'eau. Cela est si vrai, que Stokes ne regarde pas l'emploi de la digitale comme nécessaire, et préfère donner du vin à ses malades (3). Au contraire, en Allemagne, on donne la digitale à haute dose. Friedreich(4) prescrit de I à 5 grammes de poudre de feuilles de digitale en infusion dans 120 grammes d'eau, et il y ajoute encore du nitrate de potasse ou de soude, de l'acide phosphorique ou de l'élixir ou liqueur acide de Haller (5).
Je reconnais que de petites doses de digitale peuvent être utiles, mais qu'il vaut mieux employer la vessie de glace, ou, à l'intérieur, le vin ou l'opium, et je ne saurais accepter les hautes
(1) Friedreich, Traité des maladies du cœur, p. 212.
(2) Je me conlentcrai ici d'indiquer la pratique ordiuaire à propos de la digitale.; mais je consacrerai plus loin un chapitre spécial à ce médicament si important.
(3) Stokes, op. cit., p. 87.
(4) Friedreich, loc. cit., p. 211. .
(5) L'élixir ou liqueur acide de Haller est composé de parties égales d acide sull'uriquu et d'alcool; on en donne 1 gramme dans une potion.