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HYGIÈNE DES MALADES ATTEINTS DE MALADIES DU COEUR

Lorsqu'un malade se trouve convalescent d'une maladie aiguS qui lui a laissé une lésion cardiaque et plus particulièrement une lésion valvulaire, si les autres organes de la circulation sont en bon état et fonctionnent d'une manière satisfaisante, tout va bien au repos.

Mais si l'équilibre est troublé par une émotion, ou mieux encore si l'organisme doit accomplir un travail qui exige un certain effort, l'insuffisance de la force du cœur se manifeste aussitôt par de la dyspnée et des palpitations. C'est la dyspnée d'effort, comme je l'ai appelée.

Pour ne pas surmener cet organe qui est condamné à ne jamais se reposer et qui n'a pas de suppléant, il faut donc choisir pour le malade les conditions où il aura le moins d'efforts à faire supporter à son cœur.

De même nous verrons que dans le traitement des accidents consécutifs aux maladies du cœur, accidents qui se révèlent souvent au malade par la détresse cardiaque, le traitement consiste moins à fortifier le cœur qu'à supprimer les nouveaux obstacles qu'il doit surmonter.

Lorsqu'une machine à vapeur fatiguée et usée ne peut plus supporter qu'une pression de deux atmosphères, tant que le travail qu'on lui demandera ne dépassera pas cette tension, elle paraîtra fonctionner comme une machine intacte ; mais qu'un obstacle se produise dans les tubes de circulation de la vapeur et fasse monter la pression à 3 ou 4 atmosphères, la machine sautera. Si l'on veut qu'elle puisse servir encore longtemps, il faut surtout veiller h ce que rien ne vienne dépasser la tension modérée qu'elle peut supporter.

734 HYGIÈNF, DES CARDIAQUES.

Ce n'est là qu'une comparaison, et non pas une identité ; mais c'est en somme l'idée qui doit dominer dans le traitement (les maladies du cœur. Il y a là pour la pratique beaucoup plus de ressources utiles que de chercher le médicament qui viendra résorber les végétations de l'endocarde ou assouplir les cicatrices rétractées.

On verra du reste, par la suite, que cette indication reste constante dans le traitement des maladies du cœur.

Reprenons l'hygiône du malade pendant la période de lolérance, et voyons comment il doit se gouverner.

Suivons donc l'hygiène de chaque jour.

Le premier conseil à donner au malade est de se lever de bonne heure; c'est la première règle d'hygiène pour éviter l'obésité ou la surcharge graisseuse qui est l'un des principaux fléaux des cardiaques.

A. Toilette; hydrothérapie. — Une fois levé, le malade préside à sa toilette. Doit-il redouter l'eau froide, comme le croyaient Priessnitz et les premiers hydropathes? Non.

Le tout est de s'habituer progressivement au contact de l'eau froide en la rafraîchissant graduellement chaque jour.

L'impression réflexe sur le cœur produite par l'eau froide cesse très promptement, comme le prouvent les observations des malades soumis à l'hydrothérapie par Fleury, Bouillaud, Auburlin, Hirtz et d'autres.

Donc, le malade atteint de lésion cardiaque peut faire sans crainte, chaque matin, des lotions froides (-f- 12" à -h 16°) (Tub). Si l'on veut arriver à l'hydrothérapie complète, il faut commencer par des frictions pendant quelques secondes avec le drap mouillé très fortement tordu (I). Au bout de quelques jours, on peut aborder la douche en jet de quelques secondes de durée pour éviter la suffocation j on peut même donner la douche alternative chez ceux qui ont peu de réaction; car on a observé, dans tous les établissements d'hydrothérapie, que l'impression produite par la douche froide est beaucoup atténuée si cette douche a été précédée d'une douche chaude[(30"'

(1) Fleury, Hydrothérapie, p. 383.

hydrothéhapie. 738 à 32°) (I). C'est même le procédé qu'on emploie presque constammeul aujourd'hui avec les nouveaux malades qui redoutent l'impression du froid.

L'accoulumance se fait du rcsle si vile, qu'au bout de huit jours ces malades peuvent supporter une douche froide (+ 12° à 4- 10") d'une minute et même d'une minute et demie de durée en jet sur la région précordiale.

L'ûge n'est pas un obstacle, et Fleury cite des cas de malades âgés de soixante ans qui ont fait usage de l'hydrothérapie avec succès dans ces conditions (2).

L'hydrothérapie est donc utile aux malades atteints d'affections du cœur, elle leur donne tous les avantages de cette mesure hygiénique. Mais il ne faut pas lui demander de faire disparaître les lésions cardiaques.

Notons seulement une dernière loi de l'hydrothérapie, trop souvent méconnue dans les établissements. L'eau froide agit d'autant plus qu'elle est plus froide; mais il faut que l'air des salles et des cabinets ou habilloirs soit chaud.

Eau froide ; air chaud : telle était la formule si juste de Fleury.

Enfin, si la chambre ne peut être chauffée, faire usage, comme aux bains de mer, du bain de pieds chaud pour faire la réaction.

B. Bains d'eau. — Les bains doivent être classés selon leur température. Fleury, dont la division est la seule acceptable, lésa classés en trois catégories : froids, de 0 à 25 degrés ; tièdes, indifférents ou neutres, de 23 à 30 degrés; chauds, de JO à 40 degrés.

Le bain froid ne convient pas aux cardiaques, il refoule le sang dans les viscères centraux qu'il congestionne, il amène le ralentissement de la circulation et la gêne de la respiration. Puis, au moment de la réaction, le pouls prend un peu d'ampleur et de fréquence.

En somme, le bain froid amène une perturbation dans la circulation, perturbation toujours défavorable au cardiaque, si bien qu'on ne peut l'autoriser à prendre des bains froids qu'à la con-

(1) Beni-Barde, TraxU d'hydrothérapie, p. 126, 1874. (-2) Fleury, Hydrothérapie, p. 012.

dilion que l'eau ait 25 degrés, que l'air soit très chaud et très calme, et que le bain dure très peu; enfin, si l'on se baigne dans l'eau courante, il faut que l'immersion soit très rapide et que le bain soit très court.

On aura soin de faciliter la réaction par une chambre chaude, un bain de pieds, des vêtements chauds, etc.'

Ce n'est donc que d'une manière exceptionnelle que le bain froid pourra être accordé. Quant au bain tiède (25" à 30*) et au bain chaud (30° à 40"), ils pourront être permis à titre de bains de toilette, c'est-à-dire à la condition de ne pas durer plus d'un quart d'heure et de n'être renouvelés qu'une fois par semaine.

C. Bain cTéiuve, bain d'air chaud, Hammam. — Ce bain est relativement bien supporté par les vieillards et les malades atteints de maladies du cœur, à la condition, toutefois, qu'on n'y enverra pas des malades atteints d'anévrysmes. Le malade atteint de maladie du cœur peut aller à l'étuve sèche, à la condition que l'étuve ne passera pas 55 degrés (température du Hammam de Paris) et qu'on n'ira pas dans les étuves surchauffées soit à 71 degrés, soit à 91 degrés. 11 sera bon d'y faciliter la transpiration par l'ingestion d'eau fraîche et de terminer par les lavages et frictions et, au besoin, une douche en pluie de quelques secondes. 11 sera bon de s'abstenir de l'immersion froide et du massage. Ce n'est pas que le massage ne soit bon pour les cardiaques, au contraire, mais il faudra le faire dans un autre moment, pour ne pas amener trop de fatigue, et selon les règles qui seront indiquées.

D. Bain de vapeur. — Il ne faut pas songer, pour nos malades, au bain d'étuve humide, où ils sont suffoqués par la pénétration dans les bronches d'un air chaud, saturé de vapeur, où les battements du cœur deviennent précipités et tumultueux ; mais il est permis de donner des bains de vapeur, par encaissement, dans la boîte à fumigation, c'est-à-dire que la tête est hors de la caisse et respire l'air de la chambre et non plus celui de l'étuve. Dans ces conditions, les malades peuvent prendre des bains de vapeur soit simples, soit aromatisés par le genièvre, la térébenthine, etc.

E. Bains d'air comprimé. — Ces bains, qui sont si utiles aux

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