A. BRANCHES AFFÉRENTES
Les branches afférentes proviennent du système cérébro-spinal et du grand sympathique. Les branches provenant du système cérébro-spinal sont fournies par le pneumogastrique.
i" Branches fournies par le pneumogastrique.— Le pneumogastrique provient de la partie postérieure du bulbe, il naît du corps restiforme (en forme de corde, de Ridley), c'est-à-dire de la partie. du cordon postérieur de la moelle qui se dirige vers le cervelet et forme le pédoncule cérébelleux inférieur.
Le sillon d'origine du pneumogastrique est dans le domaine du cordon bulbaire postérieur, mais non pas tout à fait dans la continuation du sillon collatéral postérieur (Farabeuf).
Les racines, au nombre de six ou huit faisceaux, se rapprochent pour passer par le trou déchiré postérieur, puis forment un ganglion.
Ce ganglion s'anastomose avec le glosso-pharyngien, le facial et le grand sympathique.
Au-dessous du trou déchiré, le nerf forme le plexus gangliforme et s'anastomose avec la branche interne du spinal, le glosso-pharyngien, l'hypoglosse et le ganglion cervical du grand sympathique.
(1) Miot, Recherches phijsiologiques sur l'innervation du cœur, Bruxelles,
(2) Reynier, Des nerfs du cœur, anatomie cl plujsiolo/jie (Thèse d'agrégation, Paris, 1880).
Le nerf pneumogastrique, après toutes ces anastomoses, fournit au plexus cardiaque des branches qui proviennent de sa partie cervicale, d'autres de sa partie thoracique, et enfm des rameaux qui se détachent du laryngé inférieur.
Les branches qui partent de la portion cervicale du pneumogastrique pour se rendre au plexus cardiaque sont au nombre de deux ou trois.
Le premier nerf cardiaque, ou nerf cardiaque supérieur de Hirschfeld, se détache du pneumogastrique un peu au-dessous du laryngé supérieur, reçoit, chemin faisant, quelques rameaux du plexus intercarotidien (Valentin) et s'unit plus bas avec le nerf cardiaque supérieur fourni par le grand sympathique. D'après Valentin, il recevrait des rameaux du second nerf cardiaque provenant du pneumogastrique. Il vient se jeter dans le plexus cardiaque, tantôt directement, tantôt après s'être anastomosé avec les autres nerfs du cœur.
Le second nerf cardiaque serait, d'après Valentin, plus gros que le précédent ; il s'anastomose souvent avec le troisième nerf cardiaque avant de se jeter dans le plexus cardiaque.
Le troisième nerf cardiaque naît au-dessous du précédent, s'anastomose avec le deuxième nerf cardiaque et se jette dans le plexus.
D'après Hirschfeld, le deuxième et le troisième nerf cardiaque ne sont pas constants.
Les branches thoraciques provenant du pneumogastrique sont appelées par Hirschfeld nerfs cardiaques inférieurs, et par Valentin, nerfs cardiaques profonds supérieurs et inférieurs. Ces nerfs se détachent du pneumogastrique immédiatement audessous de l'origine des récurrents; ils s'anastomosent avec les branches provenant du récurrent et du grand sympathique , puis se jettent dans le plexus cardiaque.
D'après MM. Arloing et Tripier (1), on remarquerait que, sur le cheval, le pneumogastrique droit fournirait des branches plus nombreuses et plus importantes que le pneumogastrique gauche.
Les branches provenant du laryngé inférieur, ou nerfs car-
(1) Arloing et Tripier, Archives de physiologie, HSHi, p. 69.
diaques moyens de Hirschfeld, naissent de la convexité de la courbe de ces nerfs. Ceux de gauche se jettent presque directement dans le plexus; ceux do droite s'anastomosent avec les branches cervicales du pneumogastrique et du grand sympathique avant do se jeter dans le plexus,
2° Branches afférentes fournies par le grand sympathique. — Ces branches, décrites avec soin par Scarpa, l'ont été de nouveau par Cruveilhier.
Les nerfs fournis par le grand sympathique proviennent Surtout de ses trois ganglions cervicaux supérieur, moyen et inférieur. Hirschfeld fait remarquer qu'ils sont plus forts et plus prononcés à droite qu'à gauche, comme ceux du pneumogastrique. Mais cette disposition ne serait pas constante.
Le nerf cardiaque supérieur sympathique provient du ganglion cervical supérieur, s'anastomose en chemin avec le plexus laryngé, avec le nerf moyen sympathique, puis, dans la poitrine,, avec les filets du récurrent et du pneumogastrique, avant de se jeter dans le plexus.
Le nerf cardiaque moyen sympathique naît du ganglion cervical moyen et se jette dans le plexus, à la partie supérieure et latérale.
Le nerf cardiaque inférieur sympathique naît du ganglion cervical inférieur, quelquefois du premier ganglion thoracique ; il s'anastomose en route avec le nerf cardiaque moyen sympathique et avec le récurrent ; mais, d'après Cruveilhier, cette anastomose ne serait qu'apparente, et les nerfs ne seraient qu'accolés.
A tous ces nerfs il faut ajouter le nerf dépresseur de Cyon et le nérf accélérateur du même auteur.
Mais il vaut mieux les considérer comme branches efférentes.
Le plexus cardiaque, formé de rameaux nombreux, dont quelques-uns sont volumineux, et de ganglions nerveux, se trouve situé en avant de la bifurcation de la trachée au-dessus do la branche droite de l'artère pulmonaire, à droite du cordon qui
résulte de l'oblitération du canal artériel, au-dessous et à gauche de l'angle formé par les portions ascendante et transversale de l'aorte.
Le plexus cardiaque est assez constant dans ses dispositions, plus que ne le sont ses branches afférentes. On le divise en trois groupes (Hirschfeld, Cruveilhier, Sappey, Reynier).
Le groupe antérieur se voit facilement, sans dissection, à travers le péricarde transparent. Il s'étend sur la face antérieure de la partie ascendante de la crosse de l'aorte, entre l'aorte et l'artère pulmonaire.
Ce groupe fournit des filets à l'aorte, à l'artère pulmonaire, à l'oreillette droite et au sillon antérieur du cœur ; il fournit également des rameaux aux ganglions lymphatiques et aux débris du thymus.
A ce groupe se rapporte un petit ganglion décrit par Andersch sous le nom de ganglion thyroïdien et un autre plus important, celui de Wrisberg, placé entre la veine cave supérieure et la trachée-artère. Ce ganglion de Wrisberg, placé sur la ligne médiane, sert de trait d'union aux nerfs cardiaques afférents droits et gauches.
Le groupe moyen du plôxus cardiaque est situé derrière la crosse de l'aorte. Ce groupe se trouve donc entre la trachée et la crosse de l'aorte, au-dessus du tronc pulmonaire droit.
Le groupe postérieur est séparé du précédent par la branche droite de l'artère pulmonaire; il est situé au-devant de la bifurcation de la trachée. Il communique largement avec les plexus pulmonaires antérieur et postérieur, avec les plexus trachéaux et œsophagiens supérieurs.
Il fournit des rameaux à l'aorte et à l'artère pulmonaire, à leur face postérieure, et se plonge dans les tissus du cœur. 11 fournit des rameaux aux oreillettes et aux ventricules.
BRANCHES EFFÉRENTES.
Du plexus cardiaque principal se détachent des branches qui vont former les plexus cardiaques antérieur et postérieur, ainsi que les plexus coronaires.
Le plexus cardiaque gauclie et antérieur suit l'artère coronaire ■ antérieure et se divise en deux branches : l'une, qui suit le sillon qui sépare les oreillettes des ventricules ; l'autre, qui suit le sillon interventriculaire antérieur.
Le plexus cardiaque postérieur suit l'arlôre coronaire postérieure ; il se divise également en deux branches : l'une qui suit le sillon qui sépare les oreillettes des ventricules, l'autre qui suit le sillon interventriculaire inférieur ou diaphragmatique et va rejoindre, à la pointe du cœur, le plexus antérieur. Ces deux plexus fournissent donc les rameaux des oreillettes et des ven^ tricules. Ils fournissent également (selon M. Vulpian) des rameaux aux artères coronaires.
Quelques-uns de ces rameaux présentent sur leur trajet des petits ganglions décrits par Remak chez le veau et admis par Kôlliker chez l'homme.
Chez les animaux, il y a plusieurs ganglions décrits, par différents auteurs, sur la grenouille.
Le ganglion de Bidder se trouve auprès de la valvule mitrale ; celui de Ludwig dans la cloison interauriculaire, près de l'oreillette droite, et celui de Remak près de la veine cave.
D'après M. Ranvier(l), ces ganglions ne ressemblent pas aux ganglions spinaux. Ce sont de simples amas de cellules spéciales plus ou moins abondantes.
Ces cellules renferment un gros noyau, situé non pas au centre, comme d'ordinaire, mais à l'un des pôles. Ces cellules sont enveloppées d'une capsule renfermant des noyaux appartenant à des cellules endothéliales situées surtout près du hile du ganglion. Ces cellules, d'après Ludwig, Bidder, R. Wagner et Kôlliker, ne seraient jamais multipolaires, mais seulement bipolaires ou unipolaires, mais surtout unipolaires, ayant leur prolongement dirigé vers la périphérie. Frey n'admet que des cellules unipolaires, tandis que les cellules des ganglons spinaux sont bipolaires (Robin).
Enfin, une dernière particularité a été signalée par Beale, Julius Arnold et M. Ranvier. Le noyau situé dans la cellule enfer-
(I) Ranvier, Gazelle médicale, 1878, n" 7, 16 février.
mée sous la capsule est en rapport avec une flbre nerveuse recliligne, autour de laquelle s'enroule une autre flbre nerveuse plus grôle. Les tours formés par cette fibre seraient do plus en plus serrés, h mesure qu'ils se rapprochent de la cellule et se perdent dans la substance enveloppante.
M. Ranvier compare cette disposition à celle des solénoïdes employés pour l'électricité d'induction.
Pour les uns, ces ganglions intracardiaques sont des émanations du grand sympathique (Kollikor) ; pour d'autres, des émanations du nerf pneumogastrique (Beale). M. Ranvier penche pour cette dernière opinion.
Le ganglion de Didder, situé auprès de la valvule mil raie, se compose de cellules centrales et de cellules périphériques. Les cellules périphériques sont à flbre spirale. Quant au.x cellules centrales, il est fort difficile de les isoler et de savoir si elles ont des fibres spirales.
Terminaison de fibres cardiaques. — Tandis que les fibres nerveuses, qui se rendent aux muscles striés soumis à la volonté, conservent jusqu'à la fin de leur trajet leur myéline et leur gaine médullaire, les fibres cardiaques n'ont plus de myéline bien avant d'arriver à leur terminaison .
L'absence de gaine médullaire dans la dernière partie du trajet rend ces fibres très difficiles à étudier.
Le procédé, par le chlorure d'or, de Lœwit, a fait admettre à Léo Gerlach, en 1876, et à Fischer, en 1877, que ces fibres se terminent en réseaux anastomosés. La terminaison en plaques, admise par Krause, n'est pas acceptée par les autres anatomistes.
Selon M. Ranvier (t), lorsque le nerf arrive à une travée musculaire, son diamètre est excessivement petit et mesure 1, 2 ou, au plus, 3 \i. Les fibrilles nerveuses entrent alors dans la travée musculaire, se divisent et se subdivisent dans son épaisseur, quelquefois en avant ; elles pénètrent dans les cellules musculaires et passent alors au niveau des cellules du myocarde, poursuivent leur trajet et paraissent s'anastomoser les unes avec
(1) Ranvier, Anatornic générale, p. 153. Recherches sur la grenouille et la tortue terrestre.
FONCTION DES NERFS DU CŒUR. 7f5
les autres, en formant un plexus dont les mailles ont à peu près la largeur des cellules musculaires elles-mômes. Il est à remarquer que chacune des cellules qui composent ces travées musculaires ne reçoit pas directement une fibre nerveuse.
Quant à ce qui concerne le développement du cœur, on est encore bien peu avancé. Cependant, ce qu'on sait, c'est que, vers la vingt-sixième heure, le cœur, qui n'est encore composé que par un simple tube renflé, jouit déjà de mouvements rythmiques. A ce moment, le microscope n'y constate pas encore la présence de cellules nerveuses.
Tel est l'état actuel de nos connaissances sur l'anatomie des nerfs du cœur. Il y a encore beaucoup à faire. Il ne faut donc pas s'étonner si la physiologie et la pathologie sont encore pleines de lacunes.
PHYSIOLOGIE DES NERFS DU CœUR.
La physiologie des nerfs du cœur est encore bien obscure. L'excellente thèse de M. Reynier étant, à l'heure actuelle, le travail le plus complet et le plus clair sur la matière, je lui emprunterai les éléments du résumé qui suit :
Les anciens avaient été frappés de ce fait, c'est que, dans les sacrifices, lorsqu'on séparait complètement le cœur de l'animal, il continuait à battre. Galien, et tous les auteurs après lui, en avaient conclu que le cœur ne reçoit pas du cerveau sa force motrice, qu'il la possède en lui-même et que, s'il est relié au cerveau par un nerf important, le nerf pneumogastrique, ce nerf doit être un nerf de sensibilité.
Haller avait montré que le myocarde était excitable comme les autres muscles, mais avec cette différence que son véritable excitant, c'est le sang (1766).
A partir de Legallois (1808-1812), l'indépendance du cœur est battue en brèche ; il montre que, si l'on enfonce un stylet dans le canal rachidien, aussitôt les mouvements du cœur s'arrêtent; il en tire cette conclusion, c'est que, si le cerveau n'a pas d'action sur le cœur, il n'en est pas do même de la moelle.
Une troisième période commence, en 1844, avec la découverte des ganglions intracardiaques par Remak et l'expérience de
Volkmann, qui montre qu'en coupant le cœur à sa base il s'arrôte. Enfin, en 1843, arrive la découverte, par Weber, du pouvoir modérateur du pneumogastrique.