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SYNCOPES

LIPOTHYMIES ET SYNCOPES.

De même que le système accélérateur du cœur peut entrer en action par difTcrentes influences, de même le système modérateur peut être mis enjeu par d'autres influences.

J'ai déjà cité les passions tristes; la peur, la frayeur, la crainte, la douleur physique, peuvent amener la dépression et même la sidération du eœur par une action sur le système modérateur.

11 faut citer ici, comme cause de cet ordre, l'influence de la chaleur et de la grossesse. Il est une autre maladie de ce genre que j'ai déjà décrite dans le Traité de thérapeutique, sous le nom de mal de théâtre, et qui doit trouver sa place ici. • Il s'agit presque toujours de gens étrangers à la ville, qui dînent rapidement et arrivent dans une salle de théâtre trop chauffée. Les malades, qui sont le plus souvent des femmes, mais quelquefois aussi des hommes, commencent par avoir delà dyspnée, de l'oppression ; puis, le public arrivant à combler la salle, l'influence de la chaleur se fait sentir de plus en plus; il est vrai qu'il nous est arrivé de relever, en pareil cas, des températures de 34 degrés centigrades. Puis arrive la syncope enlre neuf heures et neuf heures et demie, vers le commencement du second acte. Ce fait est tellement constant qu'il m'est arrivé, à la Comédie française, dont je suis l'un des médecins, de ne pas connaître pendant longtemps le second acte de la pièce.

Les jeunes femmes, au début d'une grossesse, y sont encore plus exposées que les autres; aussi, lorsqu'il s'agit de jeunes ménages qui viennent passer à Paris leur lune do miel, peut-on leur annoncer le plus souvent le début d'une grossesse, ce qu'ils confirment presque toujours.

Il s'agit si bien ici d'une atonie cardiaque avec anémie cérébrale et syncope, qu'il suffit de mettre les malades dans la position horizontale pour que tout soit terminé au bout de dix minutes. Ce petit détail est important à connaître pour le médecin et la malade, parce que, si l'on n'a pas dix minutes à attendre pour arriver à l'entr'acte, il faut se hâter de faire transporter les malades dans une pièce isolée pour ne pas les donner en spectacle à tous les importuns.

lipothymie; 97

L'hystérie et l'épilepsie ne peuveiiL faire croire au mal de théâtre; on les reconnaît bien facilement. L'attaque d'hystérie avec résolution s'en distingue facilement par la conservation du pouls.

En dehors du mal de théâtre, l'abaissement du pouls peut être produit par la sénilité, la convalescence dont elle est un des signes les plus précieux et, enfin, par l'épilepsie. Pugin Thornton (i) a vu le pouls descendre chez des épileptiques à 40 et même jusqu'à 16 pulsations.

J'ai déjà cité les expériences de MM. Dastre et Morat sur l'action du sang dans l'asphyxie (2). Si l'on prolonge l'asphyxie chez I un animal, on voit les battements devenir plus rares, plus faibles I et la syncope survient. Dans ce cas, il s'agit si bien d'une action 1 réflexe sur les pneumogastriques, que si on les coupe le cœur re- ] prend ses battements.

Il faut encore noter comme cause de l'arrêt du cœur les anes- . thésiques, et en particulier le chloroforme, qui, en dehors de la . douleur produite par l'opération, et avant que celle-ci soit t commencée, peut brusquement amener la syncope au début, i Cette syncope serait produite, d'après M. Franck (3), par une i excitation des appareils d'arrêt du cœur. Tandis que si l'on pro- ^ voque l'anesthésie progressivement, on supprime l'action de la c douleur et l'excitabilité réflexe sur ces nerfs d'arrêt. Suivant i JJ. Arloing (4), l'éther produirait l'arrêt du cœur plus brusque- 1 ment encore que le chloroforme ; aussi conseille-t-il de préférer il le chloroforme à l'éther pour les opérations de longue durée.

Je noterai encore comme substance pouvant produire l'arrêt u du cœur les sels à base de potasse (Cl. Bernard, Grandeau), le ^ sulfocyanure de potassium (Cl. Bernard), les sels de mercure ; (A. Moreau). On a cité également les sels de baryte, de chaux f et de magnésie. Il faut y ajouter la digitale, l'aconitine, l'ellé- \> bore vert, la vératrine, la muscarine, la fève de Calabar, le jabo-

(1) Pugia Tliornion, Tramad. of the Clin. Soc. of London, vol. IIL Juli

(2) Dastre et Morat, Société de biologie, mars 1880.

(3) F. Franck, Comptes rendus du laboratoire de Marey.

(4) Arloing, Thèse inaugurale.

c. PAUL. MAL. DU CŒUR, 7

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