TOPOGRAPHIE DES BRUITS ANÉMIQUES
avec un souffle cervical bilatéral, ou tout au moins un souffle cervical droit. Ce souffle cervical est situé très vraisemblablement dans les veines cervicales, comme le démontrent les tracés de M. Potain (1). (Fig. 23 et 24.)
On peut donc dire que les bruits de souffle anémiques ont trois sièges principaux :
Un siège cervical, qui existe plus particulièrement au côté droit ;
2° Un second foyer à l'artère pulmonaire ; 3° Un troisième foyer à la valvule mitrale.
Fig. 24, empruntée à M. Potain.
I. Battements de la veine jugulaire ; — ïï. Pouls radial ; — III. Pointe du cœur.
A, Réplélion progressive de la veine; — B. Gontraelure de l'oreillolle ; — G. Contracture du ventricule; — D. Dilatation de l'oreillette; — E. Dilatation du ventricule.
Le second foyer n'existe jamais sans le premier ; le troisième foyer n'existe jamais sans les deux autres.
Le second caractère du bruit est le temps. Or, si l'on ausculte avec soin le foyer pulmonaire, et surtout si l'on ausculte avec le nouveau stéthoscope à ventouse, le bruit se dégage d'une manière toute particulière. On constate alors facilement que le bruit commence avec la systole et dure une partie de cette systole ; mais, en général, il dure presque tout le temps de la systole et couvre le petit silence, si bien que le bruit se termine, en général, d'une manière brusque, c'est-à-dire par le claquement des
(1) Potain, Du mouvement et des bruits qui se passent dans les veines jugulaires (Mémoires de la Société médicale des hôpitaux, p. 3, 1867).
104 DE l'anémie.
valvules sigmoïdes. Ce claquement est, en général, superficiel et éclatant, et il indique la brusquerie du choc en retour et, par suite, le spasme des vaisseaux.
Je viens de dire que le plus ordinairement le bruit de soufUe anémique, à son foyer pulmonaire, commence avec la systole. Cependant, dans quelques cas, ce bruit de souffle retarde un peu et laisse entendre avant lui le premier bruit normal, c'està-dire le claquement des valvules veineuses ou auriculo-venlriculaires.
Le rythme se trouve donc, en pareil cas, composé de trois bruits : un claquement, un souffle et un claquement, dont le dernier est particulièrement éclatant.
Observation V, Anémie à bruit tardif. — La malade, atteinte d'une chloro-anémie très prononcée, présente la pâleur des tissus et la décoloration des muqueuses.
A l'auscultation : bruit de diable dans les vaisseaux du cou à droite, peu marqué à gauche. Au niveau de l'artère pulmonaire, on constate un bruit de souffle occupant le deuxième espace intercostal gauche, le premier et un peu le troisième. Le bruit est systolique, dure toute la systole, suivi d'un claquement valvulaire éclatant de temps en temps. Le rythme de l'artère pulmonaire est celui du bruit de galop ainsi composé :
i" Claquement suivi sans intervalle par un souffle prolongé terminé par le claquement sigmoïde.
Le bruit de souffle diminue dans la station assise, augmente dans le décubitus horizontal ; 2" il est modifié également par la cessation de la respiration.
Les battements du cœur deviennent moins fréquents ; de 92 ils tombent à 72. Le bruit de souffle s'allonge et devient plus net.
Dans l'arrêt de la respiration avec effort, le bruit de souffle diminue de durée et de longueur sans disparaître complètement, puis, quand l'effort cesse et que la malade fait de grandes inspirations, le bi'uit de souffle reprend de l'intensité et de la durée en rapport avec l'amplitude des ondées sanguines.
Le pouls bat pendant la respiration normale, 84 ; pendant l'effort, 80 ; après l'effort, 84.
En pareil cas, il s'agit d'un bruit retardé par le mode de contraction du cœur et non par un état des vaisseaux pulmonaires, parce que, dans ce dernier cas, le bruit du souffle se trouverait modifié par les mouvements respiratoires. Il ne s'agit donc pas.