‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 56 sur 355 · MOMENT DES BRUITS ANÉMIQUES · texte numérisé non relu

MOMENT DES BRUITS ANÉMIQUES

en réalité, ici d'un dédoublement (4), mais bien d'un bruit surajouté. Je reviendrai, du reste, sur ce sujet, à l'occasion des dédoublements des bruits dans les affections mitrales. Le troisième caractère du bruit anémo-spasmoiique est le

Fig. 25. Tracé de Tartère pulmonaire oliez une joiino fille non chlorotique atteinte d'une bronchite légère sans fièvre.

timbre. Ce timbre est ordinairement doux, en jet de vapeur. Cependant, il prend, dans certains cas, un caractère de brusquerie qui le rapproche des bruits organiques, et même il n'est pas

Fi-. 26. Tracé de la pointe du cœur chez la même personne.

rare de le trouver tout à fait rude, accompagné d'un frémissement cataire.

On ne sera donc pas étonné de voir que, puisque le doigt per-

Fig. 27. Tracé de la pointe du cœur chez une anémique.

çoit le battement de l'artère, le cardiographe puisse donner le

tracé. Voir fig. 27 comparée aux figures 23 et 26.

- Si nous comparons maintenant le tracé pris sur l'artère pul-

(1) Potaln, Note sur les dédoublements normaux des bruîts du cœw. fSociété médicale des hôpitaux, séance du 22 juin 1866). '

106 DE l'anémie.

monaire chez les anémiques, nous y voyons le caractère spasmodique de la systole indiqué par la plus grande ascension de l'aiguille (lig. 28).

Le bruit de souffle anémique présente encore deux autres caractères importants : il se modifie par la position et par le mode de la respiration. La modification par la position consiste en ceci : le bruit de souffle est moindre dans la position verticale que dans le décubitus horizontal. Voici comment je dispose l'expérience : je détermine d'abord quel est le point où s'entend le mieux et avec le plus d'intensité le bruit anémique, au moyen du stéthoscope flexible ordinaire. Cette première opération indique, en général, que le maximum se trouve à 2 ou 3 centimètres d'abord du sternum. J'applique alors sur ce point un stéthoscope à ventouse, monté pour quatre observateurs. Je prends

Fig. 28. Tracé de Tarière pulmonaire pris chez une anémique.

l'un des tubes et je donne les trois autres à des élèves, pour que l'expérience soit contrôlée par quatre personnes en même temps. La malade étant couchée, l'auscultation est continuée jusqu'à ce que chacun se soit bien mis dans l'oreille le rythme et le timbre ; puis la malade se lève doucement sur son séant. Pour peu qu'elle ne soit pas très émotile, le mouvement, fait avec précaution, n'accélère pas les mouvements du cœur, et le bruit de souffle se réduit; dans quelques cas môme, il peut disparaître. Puis on fait recoucher la malade, et, une fois la position horizontale retrouvée, le bruit de souffle regagne une amplitude remarquable.

L'explication de ce phénomène me paraît être la suivante : la tension artérielle dans l'artère pulmonaire est faible. Elle est, d'après M. Marey, le tiers seulement de celle de l'aorte. Les expériences pratiquées sur le cheval ont donné pour le ventricule droit de 24 à 30 millimètres de mercure, comme mesure de la

PRUIT ANÉMIQUE DE L'aRTÈRE PULMONAIRE. 107

pression, et dans le ventricule gauche de 93 à 140. On comprend que la pesanteur puisse influer notablement sur une circulation à si faible pression, tandis qu'elle agit peu sur le ventricule gauche, dont l'énergie est trois fois plus forte.

L'autre expérience consiste dans l'arrêt de la respiration. Si la malade cesse de respirer sans faire aucun effort, les premières révolutions cardiaques donnent plus de netteté au bruit de souffle ; puis il reste stationnaire. Si la respiration est retenue en même temps que la malade fait un efi'ort d'expulsion, le bruit de souffle diminue peu à peu et finit souvent par cesser tout à fait ; puis, si la malade se metjde^nouveau à respirer, le bruit de souffle reprend peu à peu de l'intensité et, l'amplitude des ondées sanguines grandissant, devient plus accusé encore qu'il ne l'était au début de l'expérience (1).

Toutes ces conditions : siège au niveau de l'artère pulmonaire, moment systolique, état superflciel du bruit, me faisaient déjà penser que le bruit étail un bruit du sang noir siégeant dans l'artère pulmonaire. L'expérience du changement par la position et par les modifications de; la respiration m'a convaincu que ce bruit se passe dans l'artère pulmonaire. Je sais bien que cette interprétation n'a pas encore été acceptée par tous mes confrères ; mais, quand ils y auront regardé de plus près, je suis convaincu qu'ils l'adopteront.

Pour la discussion des autres théories proposées pour l'interprétation des bruits de souffle anémique, je renverrai à mon mémoire (2), ne pouvant reproduire ici toutes les opinions que j'ai dû discuter alors.

Diagnostic différentiel des bruits anémo-spasmodiques et des bruits extracardiaques. - Depuis près de dix ans, M. le profes- . seur Potain a attiré notre attention sur des bruits intéressants liés aux battements du cœur, mais tout à fait indépendants des

e Pfeifîer. léger, d'Arsouval montrent que la condition la plus d favorable au passage du sang est l'état d'insufflatioa des poumons. (F. Lanck

p.1o6! Vil '^--ux du laboratoire d/îl. Marey, t 1^

(2) G. Paul, Société méd. des hôpitaux, H janvier 1878.

108 DE l'anémie.

maladies de cet organe et dus à certains rapports accidentels du cœur avec les organes voisins.

Ces bruits extracardiaques offrent avec les bruits anémo-spasmodiques des caractères communs :

i° Le souffle extracardiaque se fait entendre dans un point où le poumon se trouve placé au-devant du cœur et de l'aorte et, par conséquent, aussi de l'artère pulmonaire ;

2° Le bruit de souffle cardiaque a un timbre doux et parfois nettement superficiel ;

3° Il ne se propage pas et s'entend dans un point limité, ce qui arrive quelquefois aussi pour le bruit de souffle de l'artère pulmonaire ;

4" La suspension des mouvements inspiratoires modifie leur intensité ;

5° Dans les deux cas, l'intensité du souffle diminue considérablement lorsque le malade passe du décubitus horizontal à la position assise ou debout. Il se peut même que le bruit de souffle disparaisse complètement, pour reparaître aussitôt que le malade est couché.

En présence de ces caractères communs, il faut faire un diagnostic différentiel, pour éviter de les confondre. Je suis convaincu, pour ma part, que plusieurs des bruits que M. Potain a considérés comme extracardiaques n'étaient que des bruits anémo-spasmodiques de l'artère pulmonaire. J'en trouvela preuve dans les citations suivantes, que j'emprunte aux travaux des élèves de M. le professeur Potain :

M . Choyau dit, dans sa thèse (1) : « Ainsi, il m'est arrivé bien des fois, dans la consultation des hôpitaux, d'ausculter des malades dont le cœur battait avec une énergie extrême, par suite d'une émotion et de la marche, et de constater chez eux un bruit de souffle qui n'existait plus après un quart d'heure ou une demiheure de repos. Les femmes chloroLiques m'ont bien des fois présenté cette particularité, et je ne serais pas éloigné de croire que certains souffles cardiaques, dits d'anémie, reconnaissent les mômes causes que les bruits qui font l'objet de cette thèse. »

(1) Progrès médical, 1 juillet 1877, Des modifications des souffles extracardiàques, p. 522.

Page 1