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CHAPITRE XIV

L'endocardite chronique, qui a pour processus le plus ordinaire l'induration et la rétraction du tissu conjonctif, est rarement générale. Plus encore que l'endocardite aiguë, elle a de la tendance à se localiser, et à se localiser soit sur les valvules du cœur, soit sur les orifices, soit dans leur voisinage. Ces localisations varient avec l'âge comme pour l'endocardite aiguë. Chez le fœtus, c'est le cœur droit qui est atteint le plus souvent et, dans cet organe, son orifice artériel. Dans l'adolescence et l'âge adulte, c'est la valvule mitrale qui est la plus atteinte ; chez les vieillards, ce sont les valvules sigmoïdes de l'aorte.

Les lésions de l'endocardite chronique sont constituées surtout par l'hyperplasie du tissu conjonctif, qui forme là comme dans tous les viscères une induration qui atrophie les éléments voisins, puis se rétracte pour former des corps durs sans élasticité, sans souplesse, analogues à des cicatrices, qui subissent plus tard la transformation fibreuse ou calcaire.

Si l'endocardite chronique succède à l'endocardite aiguë verruqueuse, les végétations deviennent dures, cornées et forment une espèce de scie, soit au bord de la valvule, soit un peu plus haut, près de l'orifice.

Souvent la lésion n'est pas limitée à une valvule, elle atteint les cordages tendineux et l'extrémité libre des muscles papillaires,

Si l'endocardite amène un tel processus qui a pour fin l'induration et l'immobililé des valvules, des cordages et des muscles papillaires, si elle rend les orifices à la fois étroits et sans clôture suffisante, elle n'est pas le seul processus qui puisse y conduire. Nous verrons plus loin que la myocardite peut aine-

ner, de son côté, aux mômes résultats; mais comme elle agit plutôt auprès des orifices et des valvules que sur ces organes mêmes, nous pouvons la négliger pour le moment, sauf à faire quelques correctifs, lorsque viendra la description et le diagnostic de la myocardite.

. Il est assez difficile d'établir la fréquence des lésions valvulaires par rapport aux autres maladies. Voici les chiffres que nous possédons.

Les tableaux dressés dans les instituts pathologiques de l'étranger, où toutes, les lésions sont relevées avec soin, nous donnent les chiffres suivants :

Chambers. . , 17 pour 100.

École de Prague et Wurzbourg, 7 347 autopsies, 677. . 8 à 9 — Frommolt à Dresde, 7 870 autopsies, 277 3,5 —

Relevés pris sur les malades :

Duchek 2,4 pour 100.

Rosenstein Ià2

Nous sommes mieux fixés sur la fréquence de l'altération de chacune des valvules.

Oriûce milral.

Aortique.

Tricuspide.

Pulmonai

Barcley. . . .

Ormerod . . .

lis

Bamberger . .

Forget ....

Kaulis ....

Sperling . . .

Total. . .

Cœur gauche.. . 1001 Cœur droit. 57(1).

Presque tous les auteurs ont fait un chapitre sur les phénomènes généraux produits par les lésions valvulaires. Je ne l'entreprendrai pas en raison de la diversité de leurs évolutions, que j'exposerai beaucoup mieux dans un résumé après avoir établi les conséquences de chacune des lésions. Toutes peuvent conduire, il est vrai, à la cachexie cardiaque [lorsque tous les or-

Dkt. encyclopédique, art. GcEun, t. XVIII, 2« série, p. b23, 1870.

ganes auxiliaires sont forcés et détruits à leur tour. Ceci sera l'objet d'un chapitre spécial.

Ce qui est commun à chacune de ces lésions, c'est qu'il est rare qu'on assiste à leur début. On peut quelquefois, dans le cours d'un rhumatisme ou d'une autre affection, constater une lésion cardiaque non soupçonnée jusque-là, mais ce n'est qu'exceptionnellement qu'on peut les surprendre certainement à leur début. J'en donnerai l'exemple suivant : Un malade vient se faire soigner pour une première attaque de rhumatisme, il sort guéri, sans qu'on puisse rien constater au cœur. Il revient une seconde fois pour une seconde attaque, cette fois on constate une lésion. On a de la tendance à croire que le début de cette affection coïncide avec cette seconde attaque ; mais s'est-on assuré que depuis la première attaque il ne s'est pas fait sourdement et peu à peu une lésion d'endocardite chronique, encore inappréciable à la première attaque? Nous verrons plus loin, quand il sera question d'établir un diagnostic entre l'endocardite chronique et l'endocardite récente, combien ce diagnostic est difficile. Je ne m'arrêterai pas davantage sur ce sujet, bien plus préoccupé de porter la lumière sur des questions solubles que de m'appesan Lir sur des problèmes dont la solution n'est pas encore possible.

J'étudierai donc les lésions des valvules et des orifices dans leur ordre de fréquence.

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