ORIGINE SYPHILITIQUE DANS CERTAINS CAS
Je constate à droite du sternum de l'impulsion dans les trois premiers espaces intercostaux, avec de la matité et un bruit de souffle dans cette région. Dans le premier espace intercostal, le bruit s'entend jusqu'à 3 et 4 centimètres du bord du sternum ; dans le deuxième espace, il va jusqu'à S centimètres, et dans le troisième, de 3 à 4 centimètres.
Le souffle part du troisième espace intercostal, remonte jusqu'à la carotide droite un peu au-dessus de la fourchette du sternum et disparaît dans la carotide gauche. Le souffle est systolique et assez vibrant. Le deuxième bruit est mal frappé, un peu fuyant, un peu soufflant.
Le pouls est grand et régulier, plus développé à droite qu'à gauche ; la locomotion artérielle est visible à droite, peu marquée à gauche.
L'impulsion et les autres signes indiquent bien une dilatation aortique récente qui n'a pas encore produit l'hypertrophie du cœur.
Le malade ayant eu antérieurement la syphilis, il est traité à l'iodure de potassium à la dose de 1 gramme par jour. Sous l'influence de ce traitement, les troubles cardiaques ont été très amendés, au point de devenir méconnaissables. Le malade est mort l'année suivante d'un cancer à l'estomac avec vomissements noirs, etc.
Observation LVIIL Anévrysme vrai de l'aorte, probablement d'origine syphilitique, très amélioré par le traitement. — Le sieur D..., âgé de soixante et un ans, est allé autrefois, en 1846, faire la guerre à la reine Pomaré pour soumettre l'île de Taïti : il y a rencontré la syphilis et n'y pensait plus depuis longtemps, lorsqu'en 1876, trente ans plus tard, il fut pris d'ulcérations de la cloison du nez qui en amenèrent la perforation et menaçaient de tout emporter, ne cédant aucunement au traitement vulgaire. Lorsque je le vis pour la première fois, la cloison était tellement perforée, que je craignis l'affaissement prochain du nez. Je le mis à un traitement antisyphilitique rigoureux et tout fut bientôt guéri de ce côté.
Il n'en était plus question depuis un an au moins, lorsque le malade vint me retrouver au mois d'octobre 1877, se plaignant d'éprouver depuis .trois mois une douleur fixe siégeant à droite du sternum et s'aecornpaguant de palpitations.
En examinant la poitrine, je trouve un peu de voussure au niveau du troisième cartilage droit.
La palpation y perçoit des pulsations assez fortes. En appliquant la tète pour ausculter, je me sens soulevé par un choc énorme siégeant à droite du sternum.
L'examen du cœur me donne les résultats suivants :
La pointe bat clans le quatrième espace intercostal (le thorax est très long), à 12 centimètres et demi de la ligne médiane. Le foie correspond à l'insertion du cinquième cartilage. Le bord inférieur a son obliquité normale.
H n'y a ni bruit de souffle cardiaque ni bruit de souffle aortique.
MALADIE DIS I10DGS0N.
Traitement : iodure de potassium, oO centigrammes pur jour. Teinture de • digitale à l'extérieur.
Apres trois semaines de ce traitement (21 mai 1878), le malade a senti une grande amélioration dans ses troubles fonctionnels. Plus de douleur, plus de palpitations. Il ne reste plus au malade qu'un peu d'essoufllement quand il doit gravir une côte ou monter un escalier.
Cependant, à l'examen direct, la voussure parait augmentée ; elle semble vouloir soulever les deuxième, troisième et quatrième cartilages droits. Cette tuméfaction a 0 centimètres de largeur, 6 centimètres de hauteur et 1 centimètre de saillie.
Cette même région est mate à la percussion; de plus, elle est le siège de mouvements d'expansion évidents. 11 est vrai qu'ils sont beaucoup moindres qu'ils n'ont été; ils n'existent plus dans le premier espace intercostal; ils sont très faibles dans le second, mais encore marqués dans le troisième.
L'auscultation ne constate aucun bruit de souffle, mais la tète est soulevée par les battements, surtout au niveau du troisième espace intercostal, et dans une étendue qui s'écarte de 4 centimètres du bord du sternum.
Quand le malade veut se coucher, il est pris d'étouffement et de toux avec suffocation. Les secousses de la toux sont si violentes qu'elles ébranlent tout le corps. Enfin, quand le malade a beaucoup toussé et craché, il peut s'endormer.
A l'auscultation, on trouve sous la clavicule droite de la respiration faible. En arrière, cette respiration est encore faible dans la partie supérieure, mais cependant elle s'entend mieux qu'en avant. On entend, en outre, sur la colonne vertébrale, an yiiveau des neuf premières vertèbres dorsales, un bruit de souffle trachéal.
La déglutition est difficile, le passage des aliments parait gêné au niveau de la partie inférieure du cou.
Fig. 113.
Enfin le pouls est large et bondissant, plus fort au bras gauche qu'au liras droit.
On continue le même traitement par l'iodure de potassium.
Trois semaines après (13 juin), le malade revient; l'amélioration a fait des progrès considérables, la saillie des côtes a disparu. Le malade est encore oppressé quand il est couché sur le dos, mais la déglutition est devenue facile. 11 y a encore un peu de gène au niveau du deuxième espace intercostal droit. Le pouls reste fréquent et bondissant.
Un mois plus tard (10 juillet), la saillie du côté n'est plus appréciable. 11 n'y a plus que l'impression normale du cœur à gauche. Rien dans les espaces intercostaux du côté droit. Rien d'anormal à l'auscultation. Plus de gêne dans la poitrine, plus d'oppression dans le décubitus horizontal ; le malade n'est tourmenté que par la toux, qui survient de temps en temps et s'accompagne de sifflement. L'appétit est devenu bon, il n'y a plus de gène de la déglutition.
Le pouls reste large et bondissant, il n'y a plus de palpitations et le malade peut monter facilement les escaliers. On continue le traitement.
Le 1er octobre. Le malade est toujours satisfait. Pas de palpitations, pas de douleurs. On sent toujours cependant une légère pulsation le long de la crosse de l'aorte. Cette sensation est profonde et s'accuse moins par l'application de la main que par l'application de la tète qui ausculte. Pas de bruit de souffle.
Peu de gêne dans la respiration, si ce n'est dans le décubitus dorsal ; le décubitus sur le côté gauche est redevenu possible. Toux fréquente, expectoration. A l'auscultation, on trouve en arrière du poumon gauche, au niveau du lobe supérieur, uu bruit de souffle à l'inspiration sans aucun raie, bruit de souffle ayant le timbre aspiratif que donnent les bronches comprimées. Pas de matité. Sifflement laryngé dans l'expiration. Traitement mixte.
Depuis, il n'est jamais revenu me voir.
C'est là un fait très curieux d'une amélioration considérable, si ce n'est une guérison d'un anévrysme vrai de l'aorte. Je n'aurais certes pas obtenu un pareil résultat si je n'avais eu l'idée qu'il pouvait s'agir d'une affection syphilitique.
11 est encore un fait que je dois signaler ici, c'est la coïncidence possible d'une maladie de Iloclgson et d'une lésion du sommet du poumon droit. J'en ai observé et j'en observe encore un exemple évident.
Observation L1X. Arthritis, rétraction symétrique des deux aponévroses palmaires, nodosités d'Heberden, induration au sommet du poumon droit, dilatation anévrtjsma tique de la partie ascendante de la crosse de l'aorte. —
F... (Barthélémy), figé de soixante-deux ans, entre à l'hôpital Lariboisière, salle Saint-Henri, n° 9,1e 18 octobre 1880.
L'aspect extérieur du malade est bon, le visage est coloré, il ne paratj pas trop' vieux pour son âge, il vient à l'hôpital parce qu'il tousse et a de l'étouffement.
11 est atteint depuis plus de vingt ans d'une rétraction de l'aponévrose palmaire des deux mains, rétraction symétrique entraînant la flexion complète des doigts auriculaires et la flexion incomplète des annulaires. Les mains présentent, en outre, des nodosités d'Ileberden.
La maladie dont il se plaint actuellement a commencé il y a deux ans et demi par une bronchite de moyenne intensité avec des hémoptysies. La maladie continuant, la perte des forces et l'amaigrissement sont survenus et le malade a dû prendre le lit définitivement. Après avoir passé neuf mois à l'hôpital Lariboisière dans le service de M. Fernet, il a voulu sortir.
Au moment de l'entrée à l'hôpital, je constate une certaine déformation de la poitrine avec saillie de la première pièce du sternum, et des deux côtés, affaissement des côtes, avec amaigrissement des muscles pectoraux'. La toux est fréquente, catarrhale, n'entraînant presque jamais des vomituritions après les repas. L'expectoration est modérée, composée de crachats muqueux assez isolés les uns des autres, mais pas franchement nummulaires.
Le poumon gauche est sain et ne présente d'autres phénomènes que de l'inspiration saccadée sous la clavicule gauche.
Du côté droit, on trouve d'abord sous la clavicule des traces de cautérisations faites avec des pointes de feu et un cautère.
On y trouve de la matité à la percussion en arrière avec du souffle dans l'inspiration et l'expiration, du retentissement de la toux et de la voix et de la bronchophonie.
En avant, sous la clavicule, on trouve de la matité dans les deux premiers espaces intercostaux. On constate en même temps un peu de gargouillement et de souffle, mais on est étonné de voir ce bruit en partie couvert par un bruit de souffle vasculaire.
Ce bruit de souffle aortique se trouve dans les trois premiers espaces intercostaux, s'étendant à 4 centimètres en dehors du sternum et même un peu plus dans le deuxième espace, où il a son maximum d'intensité à 4 centimètres en dehors du bord sternal ; dans le premier et le troisième espace il est moins intense. Le bruit est systolique, couvre toute la systole et est terminé par un claquement sigmoïde bien frappé. C'est là un fait évident de dilatation aortique dans la partie ascendante et surtout au niveau du grand sinus.
L'exploration du cœur donne les résultats suivants : la pointe bat dans le sixième espace à il centimètres et demi de la ligne médiane, le bord supérieur du foie correspond à l'insertion du sixième cartilage. L'abaisse-
MALADIE DE IIODGSON ET PIITHISIE.
ment est de 4 centimètres. Le bord vertical est à 3 centimètres de l;i ligne médiane. 11 y a donc de l'hypertrophie surtout h gauche.
Cependant, les battements n'ont pas d'énergie, le choc de la pointe est faible, à cause du bord du poumon emphysémateux qui la dépasse. Aussi est-il impossible de prendre aucun tracé avec le cardiographe.
Les renseignements donnés dans cette observation sont pris dix mois nprôs l'entrée. La feuille contenant l'observation prise au début indique qu'il y avait en plus, lors de l'entrée du malade, une gêne du cœur droit avec reflux des jugulaires et un peu de souffle systolique à l'appendice xipboïde, faisant croire à une insuffisance tricuspide.
Sous l'influence du repos, du régime et du traitement, ces phénomènes ont complètement disparu, le malade a le teint frais et peut être considéré comme guéri relativement, ses lésions restant immobiles sans évolution. L'aimée dernière, le malade a été repris de phénomènes cachectiques et est entré dans le service de mon collègue Duguet à l'hôpital Lariboisière, où il est mort.
L'autopsie a montré l'exactitude de tous les points du diagnostic sauf un. La lésion du sommet du poumon, que nous croyions être une caverne à parois indurées ou calcaires, était formée par une masse solide d'un tissu lifficile à déterminer accolée à la bronche dont elle transmettait les bruits.
i„Tels sont les renseignements que j'avais à donner sur la maladie de Hodgson; on voit que son étude peut être considérée comme aussi avancée que celle des lésions d'orifice. Ajoutons que la maladie de Hodgson est de beaucoup la plus fréquente de toutes les maladies étudiées dans ce livre, à part l'anémie.
Si l'on veut faire le parallèle des deux sortes d'insuffisance aortique , de l'insuffisance aortique primitive ou maladie de Corrigau, et de la maladie de Hodgson, où l'insuffisance est secondaire, on pourra faire les remarques suivantes :
MALADIE DE COMUGAN. MALADIE DE nODGSON.
Sujets jeunes.
Sujets âgés de cinquante ans et plus.
1° Insuffisance existant dès le début de la maladie.
1° Ne se produisant que longtemps après le début de la maladie.
2° Un seul bruit de souffle au moment de la tension des sigmoïdes.
2° Presque toujours deux bruits, le premier systolique, rude et court; le second, doux et prolongé.
3° Siège du bruit de souffle au- dessous de l'orifice aortique.
3° Siège du premier bruit au-dessus de l'orifice aortique, et du second au-dessous.
■i° Timbre doux. 40 Timbre rude pour le premier
bruit et quelquefois même pour le second.
5° Pouls large, visible et bondis- 5° Pouls dur atheromateux , avec
sant. reptation.
6° Sujets rhumatisants. 0° Sujets goutteux, alcooliques.