COMPRESSION DE LA TRACHÉE
Fig. MO. Pouls radial droit.
Nous retrouverons du reste ce signe dans les cas d'anévrysrnes faux saccifonnes de l'aorte.
Fig, Hl. Pouls radial gauche.
Dans un autre cas que j'ai rencontré à l'hôpital de la Charité en octobre 1868, alors que je remplaçais le professeur M onneret, j'ai eu occasion de voir un malade dans des conditions analogues. La dilatation portait non sur la partie ascendante, mais sur la portion transversale de la crosse et s'accusait par un double souffle transversal placé sur la fourchette sternale. En arrière, il y avait de même le souffle trachéal sur la colonne vertébrale au niveau des premières dorsales. Mais chez ce malade la compression de la trachée et des nerfs respiratoires était considérable. Le professeur G. Sée, auquel je remis le service quelques jours après, crut devoir faire faire la trachéotomie pour soulager le malade. Malheureusement il mourut pendant l'opération. J'allai assister à l'autopsie le lendemain et je pus constater que la compression était bien produite par une dilatation de la partie transversale de l'aorte, par conséquent au-dessous de l'endroit où l'on avait pu faire l'ouverture de la trachée.
On comprend que d'autres organes du médiastin postérieur, œsophage, nerfs de toute sorte, puissent être comprimés par La dilatation aortique, mais je n'en ai pas observé d'exemple.
Marche, durée, terminaison.— ha début de la maladie de Hodg-
342 MALADIE DE I10DGS0N.
son est presque toujours silencieux et il est bien rare d'y assis- ' ter, à moins que ce ne soit en examinant un malade à un autre point de vue. Alors môme que la dilatation est visible, tangible, démontrable par les faits les plus caractéristiques, elle ne donne lieu qu'à peu de dyspnée et les gens se comportent comme tous les athéromateux.
Ils peuvent rester assez longtemps dans celte période, allant et venant, faisant leurs affaires, ayant à peine l'aspect cardiaque, puis à un momentdonné la cachexie cardiaque survient et marche très rapidement. Cette aggravation est due presque toujours ù une albuminurie par néphrite interstitielle. Il faut donc surveiller les urines et se défier d'une urémie rapide, alors môme qu'il y a peu d'hydropisie.
On peut môme voir survenir la mort subite, comme dans l'insuffisance aortique primitive (maladie de Corrigan). J'en ai eu encore cette année un exemple sous les yeux, sur un malade chez lequel j'avais reconnu, quatre ans auparavant, une dilatation de la partie transversale de l'aorte avec dilatation de la sous-clavière droite.
L'éliologie de la maladie donne lieu à des réflexions toutes particulières. Le plus ordinairement l'affection reconnaît la cause la plus ordinaire de l'athérome, c'est-à-dire l'âge, la constitution goutteuse et l'alcoolisme ; il faut y joindre le tabac et la syphilis.
La question d'âge ressort môme simplement des observations que j'ai fournies. Le plus jeune des sujets observés avait soixante ans, le plus âgé quatre-vingt-trois ; moyenne, soixante-huit ans.
La seconde condition est l'arthritis dans sa forme goutteuse. J'en ai rapporté plusieurs exemples, entre autres celui du président B... Chez les pauvres et à l'hôpital en particulier, l'athérome a pour facteur principal l'alcoolisme : c'est la troisième cause.
La quatrième est le tabac, qui cause tant d'angines de poitrine. En voici un exemple :
Observation LVI. Maladie de Hodgson produite par le tabac. — J.e sieur V..., négociant au Havre, vient nie consulter eu 1 874 pour des vertiges et de l'oppression. Je lui trouve une maladie de Hodgson avec dilatation de l'aorte ascendante et hypertrophie du cœur saus altération valvu-
ÉTI0L0G1E.
lairc. Croyant trouver la cause de cette affection clans un abus considérable qu'il avait fait et qu'il faisait encore du tabac, je le réduisis à deux cigares par jour.
Trois ans plus tard, le malade vient nie consulter de nouveau. Je constate chez lui un pouls large, dur, bondissant avec locomotion artérielle et pouls visible de Corrigan.
L'examen du cœur montre un cœur hypertrophié sans altération des orifices.
On entend à peine un prolongement du bruit systolique à la pointe.
L'auscultation de l'aorte donne un bruit de souffle dur, rugueux, dont le maximum se trouve au niveau du deuxième espace intercostal le long du bord droit du sternum. Dans cet espace, le bruit s'entend depuis la ligne médiane jusqu'à 4 centimètres en dehors du bord droit du sternum. Dans le troisième espace, le bruit y est également marqué, mais seulement auprès du sternum. Dans le premier espace, on ne l'entend plus.
11 y a des vertiges et de l'oppression, de la dyspepsie flatulente, la vue baisse et devient hypermétrope. Les jambes sont gonflées le soir. Malgré cela, depuis que le malade a réduit de beaucoup sa consommation de tabac, il y a une grande amélioration. Le malade, malgré sa dyspnée de temps en temps, peut faire ses affaires, tandis qu'au début les vertiges étaient tels et les facultés cérébrales si déprimées, qu'il était question pour le malade d'abandonner toute affaire.
La cinquième cause est la syphilis.
En 1877, au congrès du Havre, mon collègue M. Lancereaux ( I) vint faire une communication sur les lésions artérielles produites par la syphilis. Selon lui, ces lésions sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit.
Elles ont ceci de particulier, c'est qu'elles siègent de préférence sur les artères de la tête (vertébrales, tronc basilaire, sylviennes). Ce qui caractérise ces lésions, selon M. Lancereaux, c'est qu'elles sont circonscrites. Ainsi les îlols d'artérite produits par la syphilis ne mesurent pas plus de 1 à 2 centimètres et atteignent môme rarement cette longueur. Ces lésions débutent dans la tunique interne, dans le tissu non vasculaire.
11 se forme en cet endroit une sorte de pustule semblable aux îlots d'athérome. Lorsque ces petits foyers se vident dans la cavité artérielle, il en résulte des dépressions qui forment des sortes de petits anévrysmes, comme dans l'artérite ordinaire. D'autres fois, il se fait une oblitération de l'artère.
(I) Congrès du Havre, séance du 27 août 1877.
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M. Lancereaux pense que ces lésions peuvent être distinguées de l'athérome vulgaire par les caractères suivants : 1° le sujet est syphilitique ; 2° les lésions attaquent de préférence les artères encéphaliques, tandis que l'athérome vulgaire atteint les grosses artères, aorte, spléniques, mésentériques, rénales ; 3U le sujet est encore jeune, tandis que dans l'athérome le sujet a en général passé soixante ans ; 4° il existe souvent une certaine symétrie dans les lésions.
Cette possibilité de la syphilis comme lésion des artères m'avait beaucoup frappé, et je crois bien que j'ai observé depuis deux faits d'aorte syphilitique, bien que les symptômes ne correspondent pas tout à fait aux caractères donnés par M. Lancereaux.
"Voici les faits :
Observation LVII. Dilatation aortique [d'origine probablement syphilitique. — M. D..., âgé de cinquante-neuf ans, ancien militaire, vient me trouver le 8 octobre 1878, se plaignant de palpitations et de la sensation d'une barre de fer brûlante, située au-dessus du cœur, à gauche du sternum, puis de fréquents points de côté à gauche.
Fig. Ii2.
L'examen du cœur donne les résultats suivants :
La pointe est dans le cinquième espace, à 9 centimètres et demi de la ligne médiane. Le foie remonte au niveau du cinquième cartilage, le bord droit près du sternum. Le cœur est donc normal comme dimensions. L'auscultation des orifices du cœur ne donne rien d'anormal.