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DES INTERMITTENCES VRAIES

Ces intermittences vraies ont été reconnues depuis longtemps par Laennec, Bouillaud et d'autres comme compatibles avec la santé. Je connais des exemples d'intermittence vraie ayant duré vingt, trente et môme quarante ans sans qu'il y ait eu de maladie du cœur ou autre. J'ai soigné, entre autres, une dame chez laquelle on avait constaté des intermittences vraies dès l'âge de quarante-huit ans. Cette dame est morte à quatre-vingt-sept ans, de vieillesse pure et simple sans maladie. J'avais constaté les intermittences pendant les trois dernières années de sa vie.

M. le professeur Lasègue, qui a étudié ces intermittences d'une manière toute spéciale, est moins rassuré à leur endroit (I). Pourtant M. Lasègue ne confond pas, comme Stokes et Richardson, les intermittences cardiaques ou intermittences vraies, intermittences du pouls avec les fausses intermittences.

« Lorsqu'on dit qu'on constate des intermittences du cœur, on admet implicitement que l'organe fonctionne régulièrement, en dehors des suspensions qui viennent de temps en temps et plus ou moins périodiquement rompre la série. » Le cœur bat normalement, impulsion et rythme, pendant un nombre plus ou moins considérable de pulsations, puis il s'arrête pendant un temps difficile à mesurer exactement, pour prendre son cours. Il arrive accidentellement que les suspensions semblent elles-mêmes obéir à une sorte de rythme, elles se répètent toutes les quatre, cinq, six, huit pulsations, mais jamais cette périodicité n'est constante. Elle cesse au bout de peu de minutes et même, pendant sa courte durée, elle n'est pas aussi rigoureuse qu'on le croirait en se fiant aux récits des malades; immédiatement après l'intermittence, la première contraction cardiaque semble habituellement plus énergique; quelquefois, elle n'est séparée de la seconde contraction que par un intervalle plus bref que celui qui s'interpose entre les pulsations suivantes. Le plus souvent, ce surcroît d'impulsion est imaginaire. C'est bien là, en effet, le caractère de l'intermittence vraie, mais il faut avoir soin de rappeler que c'est au cœur et non'pas au pouls qu'il faut la rechercher, sans

(î) Las&guo, Des intermittences cardiaques {Archives générales 'de médecine, l. II, p. o/ii, 1872).]

quoi on prend pour des intermittences vraies ou cardiaques des intermittences du pouls ou intermittences fausses.

M. Lasègue insiste sur cet autre caractère que les intermittences vraies ne sont pas produites par ce qui provoque ordinairement les palpitations, comme l'exercice, l'hystérie.

« Les malades, sinon tous, ont la conscience de ces intermissions cardiaques, ils en sont avertis par une sensation particulièrement incommode et ne les découvrent pas par hasard en se tâtant le pouls. Les sensations qu'ils en accusent sont de plusieurs espèces. Les moins attentifs ou peut-être les moins sensitifs déclarent percevoir seulement l'impulsion vive qui suit la prolongation du silence; ils se plaignent d'une palpitation revenant à intervalles inégaux ; à un degré plus élevé, ce repos cardiaque s'accompagne d'une sorte d'angoisse nécessairement très passagère, mais ce retour des battements accusés par une impulsion exagérée termine le malaise, peut-être en rendant au malade sa sécurité. » Dans une troisième catégorie, les malades décrivent leurs impressions multiples avec des détails utiles à noter. Ils rencontrent les deux incommodités qui viennent d'être mentionnées : l'angoisse pendant la suspension, le choc au retour des battements, mais de plus ils constatent une sensation précordiale ou plutôt épigastrique très accusée.

En ceci ils diffèrent des malades atteints d'intermittences du pouls ou intermittences fausses; ces derniers, atteints d'affections organiques plus ou moins graves, n'ont pas conscience de leurs intermittences et ne s'en aperçoivent qu'en se tâtant le pouls.

L'intermittence vraie n'est pas un signe de maladie du cœur, ella ne figure ici que pour montrer combien elle diffère de l'intermittence fausse, qui est au contraire un signe d'affection organique.

L'intermittence vraie indique chez certains sujets un peu d'athérome, elle est alors à peu près constante, et les malades, inquiets au début, finissent par s'y habituer et se bornent à les constater sans s'en préoccuper.

L'intermittence vraie passagère est très commune dans le cours d'affections aiguës passagères, par exemple d'angines légères. Laennec l'avait indiqué. Il est important de le savoir, sans quoi

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