‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 208 sur 413 · DES INTERMITTENCES FAUSSES · texte numérisé non relu

DES INTERMITTENCES FAUSSES

on risquerait de s'alarmer sans raison, et je me rappelle qu'au début de ma pratique la constatation de ce fait, dont je ne connaissais pas alors la portée, m'avait inquiété sans raison.

Enfin, l'intermittence vraie peut encore se montrer dans certaines maladies que M. le professeur Lasègue désigne ainsi : ce sont des sortes d'état cachectiques prémonitoires qui indiquent que le malade est en incubation d'une maladie plus ou moins grave des organes de la nutrition, par exemple d'un phlegmon en apparence spontané, une bronchite générale, etc., état de cachexie prémonitoire qu'on trouve chez les gens surmenés, par exemple avant l'explosion des maladies qui prennent immédiatement chez eux des proportions inquiétantes. Ces intermittences disparaissent à la fin de la maladie pendant la convalescence.

C'est donc un signe pronostic important, dont il est bon de tenir compte dans la pratique ; mais on voit qu'il s'agit ici de tout autre chose que de maladie du cœur.

DES INTERMITTENCES DU POULS OU INTERMITTENCES FAUSSES, FAUX PAS DU CCEUR (BOUILLAUD), ARYTHMIE.

L'intermittence vraie ne portait que sur un point du rythme : la périodicité. L'intermittence fausse est plus complexe. Le pouls est irrégulier; il est inégal, d'une fréquence variable, tantôt rapide, tantôt lent, et, quand il est très altéré, il devient confus par sa fréquence et insensible par sa petitesse.

L'intermittence du pouls radial ou carotidien, alors que le cœur n'a pas cessé de battre, est, au contraire, un signe d'affection organique du cœur. 11 indique que la systole cardiaque a été impuissante à chasser le sang jusqu'au bout des artères.

L'insuffisance de la systole peut tenir, en pareil cas, à deux causes différentes : ou bien la valvule veineuse est insuffisante et l'effort du ventricule s'est épuisé à refouler le sang dans un sens contraire à son cours normal, ou bien les valvules sont intactes, et la contraction du myocarde a été impuissante à fournir la pulsation artérielle.

Enfin, d'autres causes peuvent encore amener la fausse intermittence : si le pouls est trop fréquent, il peut se faire que la

systole ait commencé avant que la diastole préalable ait eu le temps de remplir le ventricule ; ou bien qu'un rétrécissement milral n'ait laissé pénétrer dans le ventricule qu'une quantité de sang insuffisante.

On aurait pu se demander si, en pareil cas, le défaut d'énergie du myocarde ne tient pas à ce qu'un seul des deux ventricules se contracte, tandis que l'autre reste au repos ; il n'en est rien. M. François Franck a montré que, dans les fausses intermittences, l'énergie peut bien baisser plus dans le ventricule gauche que le droit. Mais jamais l'un ne se contracte sans l'autre (i), et si l'un des deux ventricules paraît ne pas s'être contracté (le gauche), c'est qu'il a une plus grande résistance à vaincre pour accuser sa contraction.

En somme, les causes de l'intermittence du pouls sont variables :

1° L'insuffisance mitrale (systole avortée par reflux mitral) ;

2° Le rétrécissement mitral (systole avortée par réplétion incomplète du ventricule) ;

3° L'altération du myocarde (systole avortée par défaut d'énergie) ;

4° L'agitation du cœur (systole avortée par contraction anticipée et réplétion incomplète);

5° L'action de la digitale et du chloral (systole avortée par action toxique). On y pourrait joindre les autres poisons du cœur.

Tels sont les résultats que nous donne l'analyse physiologique ; en clinique, les chosôs sont plus simples. L'insuffisance mitrale, chez les jeunes sujets, alors que le myocarde est encore sain et les autres organes de la circulation sont encore vigoureux, ne donne pas lieu à des intermittences du pouls. L'énergie de la contraction du myocarde y supplée. Aussi peut-on dire, en pratique, que, si les intermittences vraies ne sont pas produites par les médicaments (digitale, chloral), elles indiquent un étal de dégénérescence du myocarde.

Tant que les organes de la circulation sont suffisants, les inter-

(1) François Franck, Académie des sciences, 16 avril 1877, et Travaux du laboratoire de M. Marey, t. III, p. C4, 1877.

mittences sont rares, alors que le myocarde est déjà altéré, mais si le cœur déjà malade doit surmonter des obstacles nouveaux dus à des affections secondaires, si le malade est atteint d'œdème des membres, c'est-à-dire de paralysie veineuse, de néphrite interstitielle ou d'autre cause d'augmentation de la tension aortique, les systoles avortées deviennent plus fréquentes et l'on a l'arythmie (i).

L'expérimentation physiologique nous a donc éclairés, en pareil cas, sur la valeur de l'insuffisance mitrale, des palpitations, de l'action du chloral (celle de la digitale était connue) ; mais ce qu'elle a fait encore, c'est l'étude de l'influence de l'intégrité ou de l'altération du myocarde.

Or en clinique, c'est là qu'il faut en arriver.

Qu'on veuille bien revoir les deux chapitres consacrés l'un à l'innervation du cœur, l'autre au myocarde et à ses maladies, on y trouvera cette preuve donnée par toutes les recherches expérimentales : que le rythme du cœur n'est pas sous^la dépendance du système nerveux, qu'il est une propriété du myocarde, etpar suite que l'arythmie est la preuve de la lésion du myocarde.

L'arythmie du pouls indique donc l'altération du myocarde^ Elle montre par là que les conditions de résistance du sujet fléchissent, que sa maladie est devenue réellement organique. Nous verrons, au chapitre du traitement, que le meilleur moyen de combattre cette affection consiste moins dans le traitement du muscle que dans la diminution des résistances et l'augmentation de l'activité nerveuse.

Page 1