‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 260 sur 413 · HÉMIPLÉGIE · texte numérisé non relu

HÉMIPLÉGIE

malade, atteint d'affection cardiaque, qui a présenté des hallucinations passagères avec délire.

M. Fabre a observé également la tendance au suicide. Ces accidents sont, en somme, assez rares.

Voici les principales statistiques rapportées par M. Limbo (1) :

Esquirol 11 cardiaques sur 68 mélancoliques, 16 pour 100.

Webster 12 —

Bayle 16 —

Calmeil 31 — — 100 aliénés, 31 —

Lawrence *2

Asile de Vienne. . 75 - - 602 — 12 —

Voppel 12 - — 75 — 16 —

Thyermann. ... 14 —

Dufour 44 - — 61 — 72 -

Ce qui constituerait une moyenne de 22 pour 100.

Cette moyenne est un peu exagérée, sans doute ; mais Morel, Griesinger, Marie, Burmann, qui ne donnent pas de chiffres, reconnaissent la fréquence de cette coïncidence.

Notons, toutefois, que, chez un certain nombre, les alcooliques, par exemple, la lésion du cerveau n'est pas la conséquence de l'affection du cœur, mais que toutes deux relèvent d'une cause commune.

Mais il est d'autres affections cérébrales, dont ne parlent ici ni M. Limbo ni M. Fabre, et qui ont une importance plus grande encore.

G" L'hémiplégie passagère, par anémie cérébrale, sans altération du tissu, se montre de temps en temps dans le cours des affections cérébrales, alors que le myocarde est altéré soit par la myocardite, soit par l'hypertrophie arrivée à la période de dégénérescence graisseuse. En voici, entre autres, un exemple des plus nets :

Observation XC1. — Une dame, Agée de soixante-quatre ans, que je soignais depuis fort longtemps pour des affections légères, fut prise, au commencement de l'année 1877, do palpitations et de dyspnée causées par une myocardite à forme chronique. Le cœur n'était pas très grossi; les ori-

(1) Limbo, Contribution à l'élude des cncèphalopathies d'origine cardiaque (Thèse de Paris, 1878).

fices étaient sains, ne donnant aucun bruit de souffle. Mais le rythme du cœur était extrêmement troublé, le pouls faible; la dyspnée et le vertige survenaient au moindre effort.

J'engageai cette dame à prendre, pour se soutenir, quelque boisson alcoolique. Elle me dit alors qu'elle avait dans son armoire une liqueur de famille analogue à la teinture vulnéraire, et me proposa de me la montrer pour juger si elle était convenable. Elle monta sur une chaise, prit dans sa main droite la bouteille qui était pleine, descendit et posa la bouteille sur la table. Elle était à peine assise qu'elle eut un instant de vertige, que je reconnus à la fixité de son regard. Je vis sa bouche se dévier vers la gauche ; je la priai de me donner sa main droite, elle ne le put pas, le bras était complètement paralysé, la jambe dans le même état, la sensibilité très obtuse. Le pouls était très faible et désordonné. J'appelai sa domestique et nous lui fîmes boire de son cordial, ainsi que nous excitâmes la circulation périphérique avec des sinapismes. La parole ne fut pas perdue, et la malade assista en pleine connaissance au traitement.

Au bout de trois quarts d'heure, la sensibilité revint, le mouvement commença cà reparaître; je la fis coucher. La paralysie s'était produite devant moi après un effort, alors que son cœur surmené tombait dans une sorte de collapsus. Il était quatre heures du soir. Quand je revins la voir • le soir à huit heures, le mouvement était complètement revenu partout et la malade mangeait son potage, tenant sa cuiller avec la main qui avait été paralysée et s'en servant sans aucune gêne.

L'accident avait eu lieu le 10 avril; l'arythmie ne fit qu'augmenter, et le 24 juillet, trois mois et demi après, elle mourut en quelques heures d'une attaque d'apoplexie.

D'autres auteurs ont signalé des convulsions après des vertiges ; mais il est probable que, chez un malade, les convulsions étaient produites bien plus par l'urémie que par une simple anémie du cerveau ; car, dans l'urémie, les convulsions sont peut-être, comme celles qui accompagnent les grandes hémorrhagies, le fait de l'anémie des centres nerveux.

7° L'apoplexie cérébrale se rencontre souvent dans le cours des maladies du cœur et particulièrement dans les formes qui i amènent une grande hypertrophie du cœur. Mais faut-il ad me lire que cette apoplexie soit le fait direct de l'impulsion plus grande donnée au sang des artères ? Les auteurs de la première moitié de ce siècle le croyaient. Depuis 1857, une théorie nouvelle, sou- • tenue par Kirkes, tend a faire croire que l'augmentation de la tension dans les vaisseaux est moins le fait de l'hypertropbie du

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cœur que le résultat de l'altération des vaisseaux par l'endartérite déformante. Cette nouvelle théorie paraît aujourd'hui généralement acceptée.

8° Le ramollissement cérébral peut être le fait d'une embolie ou d'une thrombose. D'une manière générale, on peut dire que l'embolie, qui a pour cause une lésion éloignée, se présente, le plus souvent, chez des sujets relativement jeunes, tandis que la thrombose, qui suppose des lésions des vaisseaux de l'encéphale, est bien plus une maladie des vieillards.

L'embolie cérébrale se montre dans le cours de l'endocardite, de la thrombose des ventricules ou après les thromboses des grosses artères.

Tandis que la thrombose n'a pas de lieu d'élection et peut se présenter dans une région quelconque du cerveau, l'embolie passe plus souvent par la carotide gauche que par la droite.

Les artères vertébrales y donnent beaucoup moins passage que les carotides, et encore (d'après M. Duret) l'artère vertébrale gauche est parcourue par les embolies plus souvent que la droite.

Il en résulte que les embolies s'arrêtent bien plus souvent dans les noyaux centraux qu'à la périphérie.

Dans ces cas, le ramollissement par embolie est, le plus ordinairement, le ramollissement blanc, et l'on voit moins souvent l'infarctus entouré d'un cercle hémorrhagique que dans les autres organes.

Si l'embolie est le produit d'une maladie infectieuse, c'est un abcès qui se produit. Dans d'autres cas, il peut arriver que la thrombose s'organise et que l'artère redevienne perméable (Joffroy (1), Murchison (2) et Ogle).

Il n'est pas toujours facile de distinguer la thrombose de l'embolie et de l'apoplexie. Si les phénomènes paralytiques sont progressifs, on doit supposer la thrombose par endartérite ; mais, si les phénomènes se présentent avec la soudaineté de l'ictus, on peut avoir affaire néanmoins à une thrombose, comme à une embolie ou à une hémorrhagie.

(1) Joffroy, Gazette médicale, 1869.

(2) Murchison et Ogle, Transacl. of the Palhological Society, Bd 19, 1869.

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