‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 259 sur 413 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Indépendamment des palpitations, des syncopes et des affections douloureuses symptomatiques des affections du cœur, nous avons à considérer des troubles nerveux consécutifs à l'hypertrophie dans l'évolution qui conduit à la cachexie cardiaque. C'est d'abord la céphalalgie, qui peut être de plusieurs ordres. Tantôt c'est : 1° la céphalalgie fixe, douloureuse, à forme névralgique, qui accompagne les troubles anémiques produits par le rétrécissement aortique ; tantôt la céphalalgie lourde, gravative, portant au sommeil, indice d'une stase veineuse sanguine, avec injection de la face ; stase veineuse souvent en rapport avec un état de vénosité de sang, produit par les 'lésions pulmonaires consécutives.

2° Les vertiges sont de deux ordres : les uns tiennent à une irrigation insuffisante du cerveau, produite par un rétrécissement de l'aorte, comme ceux que présentent les convalescents, lorsqu'ils commencent à se lever, ou par une dégénérescence du myocarde, avec ou sans hypertrophie; plus tard, pendant la cachexie cardiaque, ils dépendent souvent de l'œdème cérébral.

3» L'insomnie et les cauchemars sont très fréquents chez les malades atteints d'affection cardiaque à la période de compensation, mais plus encore à l'époque de la cachexie cardiaque. Les anciens les qualifiaient de somnia terri fica. Les cauchemars consistent presque toujours dans des rêves où le malade croit tomber dans des précipices, se voit attaquer sans pouvoir se défendre, etc., ou il assiste à des batailles, à des assassinats, voit le sang couler, etc. J. Bouley racontait qu'un malade, voyant pendant le rêve des combats sanglants, ayant été soulagé par une saignée, revit, la nuit suivante, les mêmes gens, mais

désarmés ; qu'on lui avait donné ensuite de la santonine et qu'il les avait vus habillés en jaune. J'ai répété plusieurs fois cette expérience de la santonine chez des cardiaques atteints de eau- ■ chemars, sans que le phénomène se soit reproduit.

4° Les hallucinations ne sont pas rares non plus chez les malades atteints de cachexie cardiaque avec anémie, congestion passive ou œdème cérébral, c'est plus souvent le fait de l'asystolie que de la compression.

5° L'excitation maniaque et les hallucinations pendant le jour 1 ont été notées depuis longtemps. M. le docteur Fabre (1) a ras- • semblé, à cet égard, de nombreux documents. Selon M. Fabre, Sennert avait noté la fréquence des affections cardiaques chez les • fous. Bonet, Amatus Lusitanus, Sœmmering, Cruishanck, Lieu- • taud, Guislin avaient trouvé, à l'autopsie, des vices du cœur chez : des gens morts de folie. Bonet, Larrey, Meckel, Testa, Osiander avaient fait les mêmes remarques chez des criminels.

Nasse, dans un travail important publié en 1818, avait été plus loin et avait remarqué que la folie des cardiaques est une folie impulsive, poussant aux violences, au crime ou au suicide. I. Burrows avait fait sur les Anglais les mêmes remarques que Nasse sur les Allemands.

Saucerotte (2) avait fait remarquer qu'il y a une action réciproque des passions sur le cœur et du cœur sur les passions.

Morel a indiqué que les insuffisances des valvules cardiaques produisent des anxiétés, avec tendance au suicide. Chez les maniaques à accès périodiques, les exacerbations coïncident parfois avec les plus vives palpitations. Burmann a noté une anxiété hypochondriaque, liée aux affections cardiaques.

Raynaud avait donné, dans l'article Coeur du Nouveau Dictionr naire, l'histoire d'un malade dont les accès d'hypochondrie étaient liés à des accès d'asystolie. MM. Peter et Germain Sée ont observé un cardiaque atteint d'hallucinations, qui avaient été suivies d'une paralysie passagère. M. Peter a observé également un

(1) Fabre, les Relations pathogéniques des troubles nerveux, 1SS0, p.

(2) Sauccrolle, De l'influence des maladies du cœur sur les facultés intellectuelles et morales de l'homme, Pnris, 18M.

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