‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 269 sur 413 · MODES DE TERMINAISON · texte numérisé non relu

MODES DE TERMINAISON

l'exophthalmie, qui, en général, paraît à la fin, disparaît également la dernière.

Tandis que les règles amènent souvent une exacerbation de la maladie, la grossesse, survenant, amène souvent une amélioration, parfois môme la guérison, si cette grossesse survient après une période d'aménorrhée.

La mort est la terminaison le moins fréquente. Chareot l'a vue 10 fois sur 40 ; Bellingham, 4 fois sur 22 ; Jaccoud, i fois sur 4 ; Hammond, i fois sur i\.

Quand la mort arrive, elle peut survenir de plusieurs manières :

\° Par les troubles cardiaques, alors surtout que la maladie de Basedow vient se greffer sur une maladie organique du cœur. Elle peut alors survenir soit par asystolie, soit par une syncope subite ;

2° Par des troubles pulmonaires, par exemple par l'hémoptysie (Hirch, Rail); par syncope respiratoire (Simon), par pneumonie (Eulenbourg et Guttmann), enfin par tuberculose pulmonaire (N. Gueneau de Mussy, Dobell) ;

3° Par des troubles cérébraux ; par des hémorrhagies méningées (Laqueur) ; par hémorrhagie cérébrale, par ramollissement dû à des embolies ou à des thromboses ; enfin par méningo-encéphalite diffuse ;

4° Par des gangrènes des membres, dues à des thromboses périphériques (Fournier et Ollivier) ; 5° Par dyspepsie et inanition.

Enfin il faut dire que la maladie peut se transformer et que, tous les phénomènes de la maladie de Basedow ayant disparu, j'ai vu la maladie remplacée par le diabète ou une néphrite parenchymateuse.

Diagnostic. — Lorsque la maladie est assez complète et occupe à la fois le cœur, le corps thyroïde et les yeux, le diagnostic est évident, et il n'y a pas lieu d'insister. Mais il faut faire le diagnostic dans les formes frustes : 1° Quand les palpitations existent seules, il faut reconnaître les périodes paroxystiques, pour pouvoir faire le diagnostic ; il sera aidé surtout par la recherche de tous les troubles nerveux :

troubles du mouvement, le tremblement, les mouvements choréiformes ; par les troubles de la sensibilité générale, les troubles des sens, les névralgies viscérales ; les troubles de la nutrition, de la caloriflcation, des sécrétions ; les troubles tropbiques ;

2° Si le goitre existe seul, il s'accusera par ses troubles vasculaires, parla forme paroxystique de la maladie et la coïncidence de l'excitation cardiaque ;

3° L'exopbthalmie est surtout remarquable par la symétrie, le peu d'altération des organes et des fonctions de l'œil, l'agitation cardiaque et les troubles nerveux généraux.

Pi-onostic. — Bien que la guérison soit beaucoup plus fréquente que la mort, la maladie de Basedow n'en est pas moins d'un pronostic grave. D'abord par les causes de mort, puis par les rechutes faciles et la longue durée de la maladie, qui ne guérit jamais complètement, Le pronostic est surtout grave, s'il y a complication d'une maladie organique du cœur, ou d'un ictère intense.

Etiologie. — Gomme causes prédisposantes :

Climat. Lebert prétend que cette affection est beaucoup plus commune dans l'Allemagne du Nord que dans la Suisse et la France.

Sexe. La maladie de Basedow est beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l'homme; cela est certain. Voici dans quelles proportions :

cas

femmes

hommes.

SO

N. Gueneau de Mussy. . . .

G. Sec

ÉTIOLOGIE. 0 <ï 3

Age. — La maladie peut se montrer dès l'enfance.

Rcvel a vu (in cas a 2 ans 1/2

Romberg 7 ans

Solbrig S —

Liégeois 12 — ■

Gardarelli 12 -

Trousseau 14 —

Pepper 13 —

Paul Gros 16 —

ïluchard 16' —

P. Gros 17 —

Grisolle admet l'âge de. . . 15 à 20 ans.

Jaccoud 20 à 40 —

Rendu 20 à 30 —

La maladie devient rare de quarante à cinquante el un ans.

Stokcs a cité un cas de 60 ans.

Pierre Marie 64 —

Fischer 65 —

Pedrono 75 —

Les causes prédisposantes de la maladie de Basedow sont multiples :

1° Les névroses, la neurasthénie, l'hystérie, l'épilepsie, les psychoses, les émotions morales tristes ;

2° Les altérations humorales et la dyscrasie; la chlorose, l'anémie produite par des lésions utérines ou des excès vénériens ; l'allaitement prolongé ou répété ;

3° Les cardiopathies organiques ;

4° L'adénopathie trachéo-bronchique ;

5° Les lésions organiques du médiaslin. J'ai vu un cas où la maladie de Basedow était liée à un cancer du médiastin et du cœur ;

C° L'hérédité.

Morell Mackcnsie a vu une jeune fille dont les deux tantes étaient affectées de la maladie de Basedow. Salbrig a vu la mère et le fils. Cheade a vu une femme malade, dont les trois nièces en étaient atteintes. Pepper, Rendu, Gantilcna ont décrit des faits semblables. Mais lo plus complet est celui d'OEsterreicher. L'observation intéressante .qui a été faite par QEsterrei-

cher(i), c'est que la maladie de Basedow, comme les autres névroses, peut être une maladie de famille.

Observation XCIV. — Une inère hystérique donne le jour à dix enfants. Deux de ces enfants, fille et fils, restent indemnes; mais la fille est hystérique et le fils épileptique ; les huit autres sont atteints à divers degrés :

1° Le fils aîné, âgé de soixante-six ans, a une double exophthalmie, avec hypertrophie du corps thyroïde et du cœur;

2° L'aînée des filles, soixante-deux ans, exophthalmie, palpitations, gonflement du corps thyroïde depuis longtemps;

3° La seconde fille, cinquante-huit ans, hystérique dès l'âge de douze ans, morphiomane, a eu de l'exophthalmie et des palpitations;

4° La troisième fille, cinquante ans, se plaignait depuis longtemps de palpitations. Le 1er avril 1883, elle est frappée d'apoplexie, suivie d'hémiplégie droite et d'aphasie. Trois jours après, l'exophthalmie survient et persiste;

5° La huitième fille, quarante ans, double exophthalmie, double hypertrophie du corps thyroïde, palpitations, hystérie;

6° Le troisième fils, quarante-sept ans, très nerveux, exophthalmie légère, corps thyroïde droit gonflé, palpitations fréquentes ;

7° La plus jeune fille, d'après les renseignements obtenus, présenterait les mêmes symptômes ;

8° Le dernier fils aurait une exophthalmie très prononcée et uu gonflement thyroïde modéré ;

Enfin, trois enfants de la fille aînée offrent les signes de la maladie de Basedow.

Analomie pathologique. — M. Rendu dit avec raison, dans un remarquable article du Dictionnaire encyclopédique, que, si Ton enregistrait tout ce qui a été signalé à l'autopsie des malades atteints de la maladie de Basedow, on y verrait figurer une foule de lésions qui ne lui appartiennent pas. Ajoutons, d'autre part, que les lésions du système nerveux cardiaque sont des plus difficiles à caractériser et que, s'il y en a, elles échappent le plus souvent.

11 faut noter, toutefois, du côté dn cœur, la dilatation et Phy-

(I) Wien. med. Presse, n° 11, 1S81, et Revue d'Hayem, t. XXVII, ior fasc, p. 217.

pertrophie ; du côté des vaisseaux, quelquefois de l'épaississement des tuniques et de la dilatation du calibre.

Du côté du corps thyroïde, le développement cirsoïde des artères (bronchocèle anévrysmale de Virchow), portant tantôt sur les artères thyroïdiennes inférieures, tantôt sur les supérieures. Ces artères peuvent arriver jusqu'au diamètre des carotides. L'hypertrophie porte également sur l'élément fibreux et l'élément épithélial de la glande thyroïde.

Les yeux n'ont montré que peu d'altérations en dehors de celles qui ont été décrites à la symptomatologie.

Du côté du système nerveux, on a trouvé un tronc du sympathique atrophié (Traube, Recklinghausen) ; une sorte de sclérose d'un ganglion cervical inférieur (Lancereaux, Reith Archibald) ; une sorte d'infiltration lipomateuse de ce môme ganglion (Mac Donnell); les deux sympathiques cervicaux atrophiés (Geigel) ; ou un état de névrite interstitielle (Virchow).

Du côté de la moelle épinière, dans la région cervicale, on a trouvé une oblitération du canal central (Geigel) ; une sclérose périépendymaire (Simon).

On voit que cette anatomie pathologique est encore peu avancée.

Quant à la pathogénie, elle est encore peu connue, et je renonce à décrire toutes les hypothèses qui ont été émises.

Voici une très belle observation de cette maladie que je citerai comme exemple parmi celles que j'ai pu observer :

Observation XCV. — Cécile S..., âgée de trente ans, journalière, entre dans mon service à l'hôpital Lariboisière le 10 février 1881 .

Le début de la maladie remonte à deux ans. A cette époque, la malade a été atteinte de rhumatisme articulaire aigu généralisé.

Pendant cette maladie, elle a éprouvé des palpitations qui ont persisté après la guérison et ont augmenté progressivement d'intensité jusqu'il ce jour. Dix mois après, la région thyroïdienne s'est gonflée tout, d'un coup et depuis est restée grossie Enfin, il y a six semaines, les yeux ont commencé à faire saillie au dehors, mais sans que la malade en ait eu conscience. Nous l'avons constaté, alors que la malade venait à la consultation de l'hôpital.

Au moment de l'entrée à l'hôpital, l'examen du cœur donne les résultais suivants: la région précordiale est soulevée en totalité h chaque systole. La

peau qui la recouvre est animée de battements visibles dans les deuxième troisième et quatrième espaces intercostaux du côté gauche, et plus bas à la poiutc.

La pnlpation confirmo ces constatations et permet de sentir un frémis- • sèment systolique.

Les dimensions du cœur sont normales. La pointe bat dans le cinquième espace intercostal, à 11 centimètres de la ligne médiane. Le bord supérieur du foie correspond à l'insertion du cinquième cartilage droit sur le ster- • num.

Le bord vertical est situé à 3 centimètres de la ligne médiane. L'auscultation indique que ni les bruits du cœur, ni le rythme, ne sont altérés. Ils sont plus forts à la pointe et plus éclatants, avec un timbre métallique à l'origine des gros vaisseaux.

A la région antérieure du cou, on constate une saillie uniforme et sans • bosselure, assez molle au toucher, animée de pulsations systoliques. Cette! saillie est bilobée, plus forte à droite qu'à gauche et fait corps avec le car- • tilage thyroïde, ainsi qu'on peut s'en assurer en faisant exécuter à la malade i des mouvements de déglutition.

La largeur de cette tumeur est de 13 centimètres. Sa hauteur varie. Sur la ligne médiane, elle est de o centimètres et laisse à découvert la saillie du corps thyroïde dite pomme d'Adam. Sur le côté droit, elle a 8 centi- ■ mètres et demi, et 6 centimètres seulement à gauche.

En palpant cette tumeur, on y sent un frémissement systolique très marqué. Sur toute la tumeur, on entend un bruit de souffle systolique. . Mais le point où ce bruit atteint son maximum est l'angle supérieur droit! de la tumeur. On y sent une artère très grossie, la thyroïdienne supérieure, , avec un frémissement cataire très fort; l'auscultation faite en ce point avec le stéthoscope double à caisse de renforcement y donne un bruit de souflle i râpeux, dur, d'une intensité telle qu'on a de la peine à le supporter. 11 en est de même à l'angle supérieur gauche de la tumeur, au niveau de l'un- mergence de l'artère thyroïdienne supérieure gauche.

Les carotides et jugulaires ne sont pas agitées.

Les yeux font saillie hors de l'orbite ; si on les repousse en arrière, il» • rentrent facilement, mais ressortent immédiatement au moment où la ; pression cesse.

Les paupières, gênées dans leurs mouvements, ne recouvrent qu'incoui- ! plètcmcnt le globe de l'œil.

Les pupilles se dilatent et se contractent normalement.

La vue est intacte; mais la malade se plaint de ce que la fatigue arrive rapidement, quand elle veut, lin".

Les autres symptômes sont de l'amaigrissement et de la pâleur cireuse des téguments. L'appétit est conservé, les digestions bonnes.

La malade est mise aux toniques, et ou s'apprêtait à prendre des tracés au cardiographe, lorsqu'elle est prise très rapidement d'un alTaisseiueut 1

Page 1