CANCERS
Le cancer est la néoplasie qui se rencontre la plus fréquente clans le cœur, ce qui ne veut pas dire qu'on l'y trouve souvent. Kœhler(l) en a trouvé 6 cas sur 9118 autopsies. Tanchon (2), également 6 cas sur 8289 autopsies; Willigk (3), 9 cas sur 4 547 autopsies, comprenant 477 cancéreux.
Le plus souvent, le cancer du cœur est un cancer secondaire, prolongement d'un cancer des organes voisins, médiastin, œsophage, etc.
Observation XCVIL Goitre et exophthalmie ; cancer du corps thyroïde et du médiastin antérieur; cancer du cœur. Mort subite. — Le sujet de cette observation est le sieur Gustave Dubois, âgé de vingt-sept ans, mouleur en fonte. Ce malade est entré à l'Hôtel-Dieu le 8 juillet 1868, salle Saint- Benjamin, n° 10, dans le service de M. Léger que je remplace en ce moment.
Ce qui frappe au premier aspect, c'est une dyspnée intense en même temps qu'une déformation singulière du corps, par laquelle la moitié supérieure, le thorax, le cou, la tète et les bras ont augmenté de volume, tandis que la moitié inférieure, le ventre et les membres inférieurs sont amaigris. •
On trouve immédiatement la cause de la dyspnée dans une augmentation de volume du corps thyroïde. Cet organe a pris un développement exagéré et tel qu'il forme au-devant du cou une masse allongée transversalement qui occupe la moitié antérieure de la circonférence du cou. Le périmètre antérieur de cette tumeur est de 20 centimètres. Toutes les parties du corps thyroïde ont contribué à ce développement, aussi bien la partie moyenne, que les parties latérales. Cette tumeur a ce caractère particulier qu'elle n'est pas mobile, elle semble fixée parles muscles sterno-mastoïdiens qui passent au-devant d'elle.
La plupart du temps, le malade est assez calme, sa respiration se fait assez facilement sans trop de fréquence, vingt-huit fois par minute, mais deux fois par jour, le soir et le matin, à la fin de la nuit, la dyspnée devient violente et spasmodique ; cet accès dure plus d'une heure, lin dehors de ces deux accès, le malade en présente dans la journée une foule il autre:beaucoup moins intenses et passagers qui se produisent chaque fois que le malade fait un mouvement avec effort. On entend alors une respiration q>" devient bruyante et produit dans l'inspiration comme dans l'expiralion le sifflement particulier connu sous le nom de cornage.
(1) Kœhler, Uebcr Krebs (Schein Krebskrankheiten, Slullgard, 1853).
(2) Tanchon, cité par Schrœltcr, Krankbciten des Herzens, p. 300.
(3) Willigk, Prager Vierteljahrschrift, 1S56.