CAILLOTS ET POLYPES DU CŒUR
L'histoire des concrétions sanguines trouvées dans le cœur pourrait faire remonter bien loin dans l'histoire de la médecine ; mais il est inutile de remonter plus haut que la découverte de la circulation du sang. Encore les débats du jour, faits sur celte question, sont bien obscurs.
Depuis Hélidée, de Padoue (1550), jusqu'à Vesale, on ne sait qu'une chose, c'est qu'on rencontre dans le cœur des grands morceaux longs pituiteux. Avec Vesale, Carmani, Baillou, Th. Eraste, la constatation se renouvelle, mais on pense que ce sont des vers.
De 1633 à 1684, on commence à regarder le fait comme pathologique. Bartholetti, Bartholin, Malpighi, William Gould, les décrivent comme des polypes analogues à ceux des fosses nasales et de l'utérus. Hoffmann (1715), puis Boerhaave, van Zwieten, Sénac, Gamisi, étudient leur évolution.
Vers 1739, une nouvelle doctrine est soulevée par Pasta ; les caillots ne sont pas, dans le cœur, des phénomènes morbides, c'est un simple phénomène cadavérique qui se reproduit dans la palette de la saignée. Mais depuis, Gorvisart, Burns, Testu, Kreysig, Laennec, Andral, Bouillaud et Legroux contribuèrent à établir nettement la distinction des caillots formés pendant la vie de ceux qui se forment soit pendant l'agonie, soit après la mort. Enfin, de 1846 à 1856, Virchow établit la doctrine de l'embolie.
Rappelons d'abord la distinction des caractères des caillots formés après la mort dos caillots formés pendant la vie.
Les caillots formés pendant l'agonie ou après la mort se présentent sous deux formes: 1° en gelée molle; 2° avec une texture fibreuse élastique :
1° Tantôt les caillots forment une gelée molle, noirâtre, d'une consistance homogène qui ne peut donner lieu à aucune difficulté ;
680 NÉOPLASIES ET PARASITES.
2° D'autres fois, les caillots ont une texture fibreuse, élastique, une consistance solide et une couleur généralement blanche ou rosée.
Ils sont formés de couches stratifiées, superposées dans un ordre qui dépend de la position du cadavre. Ils sont formés de globules amassés aux parlies déclives. Au-dessus se trouve la fibrine en couche plus ou moins épaisse.
Ils sont volumineux, jaunâtres, et renferment une grande quantité de sérosité. En outre, ils sont très élastiques et ont un i aspect gras.
Ils remplissent incomplètement les cavités dont ils ont pris la i forme (ventricule droit, veine et sinus). Ceux du cœur se prolongent dans les gros vaisseaux, dans les veines et forment de 1 grands cordons blancs qui peuvent être tirés de la veine, comme . l'épée du fourreau (1).
Les caillots formés pendant la vie ont une consistance beau--) coup plus ferme, presque celle de la chair musculaire. Bouillaud les comparait au gluten, à la fibrine préparée et aux fausses i membranes des séreuses. Legroux les a comparés plus justement I aux concrétions des anciens sacs anévrysmaux.
Leur couleur varie selon leur ancienneté et leur proportion de globules. Ils adhèrent aux parois. Ces adhérences ont été classées s en trois degrés par Legroux (2) :
1° Elles peuvent être formées par une agglutination facile à' détruire, produite par un liquide plastique; ces adhérences sont toujours partielles ;
2° Dans le second degré, l'adhérence se fait par toute l'éten- due. Les deux surfaces, celles du caillot et du vaisseau, quand on les sépare, présentent un aspect dépoli ; mais il n'y a pas en- core de vaisseaux qui les réunissent ;
3° Au troisième degré, il y a une fusion complète entre les i deux tissus, et la dissection a peine à les séparer.
Richardson a constaté que le poids spécifique de ces caillots de la vie est plus élevé que celui des caillots posl mortew.
(1) Voir Lcmarchand, T/ièsc inaugurale, Paris, 1SG2 ; Bucquoy, Des Concrétions sanguines (Th&so d'agrégation, 1863).
(2) Legroux, Tliùsc inaugurale, 1827.
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Le caillot récent est grisâtre, demi-transparent, élastique. Il est formé d'un réseau fibrillaire presque complètement dépourvu d'éléments granuleux ou globulaires.
Le caillot ancien est opaque, jaune et friable. Il est composé d'une association de fibrilles qui se dissocient et se chargent de granulations grossières et de globules granuleux.
En 1827, Legroux pensait, comme Laënnec, Andral, Bouillaud et M. Hardy, que les caillots pouvaient s'organiser ; en 1856, il reconnut qu'il s'était trompé. Mais Cruveilbier avait prouvé qu'ils ne peuvent se pénétrer de vaisseaux sanguins. Robin et Yerdeil ont montré également que la fibrine épanchée ou exsudée ne s'organise jamais. MM. Bucquoy et Broca ont montré que ce qui s'organise, ce n'est pas le caillot, mais que ce dernier provoque l'exsudation d'une lymphe plastique qui s'organise.
Dans le cœur, les caillots formés pendant la vie portent le nom de concrétions polypiformes, de polypes sanguins, de caillots fibrineux du cœur. Ils sont de deux ordres : les uns autochtones, les autres emboliques.
Les caillots autochtones sont, d'après Bouillaud (1), plus fréquents dans les cavités droites que dans les cavités gauches ; plus fréquents, en outre, dans les oreillettes que dans les ventricules. Cela tient à ce que la disposition à la coagulation est plus marquée dans le sang veineux que dans le sang artériel. Jobn Simon (2) a fait l'expérience suivante :
Un fil passé au travers d'une artère donne clans l'artère, au bout de vingt-quatre heures, quelques flocons fibrineux, la même expérience faite sur une veine donne un caillot cruorique.
Legroux (3) faisait remarquer que, contrairement à l'opinion de Bouillaud, les caillots se forment surtout dans les ventricules et dans l'oreillette gauche.
Dans chacune de ces cavités, ils peuvent être libres et adhérents. Ils sont alors fixés soit aux valvules, soit aux parois ; s'ils tiennent aux valvules, ils peuvent être fixés soit au bord libre, soit à la surface des valvules, soit aux cordages tendineux.
0) Traité des maladies du cœur.
(2) John Simon, Lecture on rjcneral patkolorp,, lecture V.
(3) Legroux, Thèse inaugurale, 1827, et Gaz. hebd., 18S6.