ENDOCARDITE DU CŒUR DROIT; INSUFFISANCE DE LA VALVULE TRICUSPIDE
11 n'existe que très peu d'exemples de cette lésion dans la science.
Ebstein (l) et liokitansky (2) en ont cité des exemples. En voici un très bien observé par M. le professeur Peter, qui est un des plus complets.
Observation CV1II. Endocardite fœtale, reconnue avant la naissance par la constatation d'un bruit de souffle au premier temps. — Mort de Cenfant pendant l'accouchement. — Autopsie : endocardite du cœur droit ayant déterminé une insuffisance trieuspidienne ; énorme hypertrophie cardiaque, portant principalement sur les cavités droites. — La fdle J..., âgée de dix-sept ans, s'est présentée pour accoucher à l'hôpital de la Pitié, dans les derniers jours du mois de janvier 1880; elle fut reçue salle Notre-Dame, dnns le service de M. le professeur Peter, où je îa vis le lendemain matin.
Celte jeune femme, vigoureuse et bien constituée, no présentait aucun antécédent morbide digne d'être noté; elle n'avait jamais eu d'accidents rhumatismaux. Bien réglée depuis l'Age de Ireize ans, elle était devenue enceinte au mois de mai 1870, et sa grossesse, qui avait marché régulièrement, paraissait arrivée à son terme. Quand je l'examinai pour la première (ois, il n'y avait aucun commencement de travail ; la matrice, bien
(1) Ebstein, Vcrhandlungen der Schw. Gcsellschaft fier vaterlandischc Cultur, 1G février 1860.
(2) Rokilansky, Die Dcfccte der Scheidewand des Uerzens [Vathol.-anat Abhandluny, Vienne, 1878).
développée et de forme régulière, se laissait déprimer sans difficulté et permettait de reconnaître la présence d'un fœtus volumineux, doué de mouvements énergiques.
L'auscultation permettait de reconnaître les doubles battements du cœur fœtal, qui offraient leur maximum d'intensité au lieu d'élection, un peu à gauche de la ligne blanche, à quatre travers de doigt au-dessous de l'ombilic. Un peu d'attention suffisait pour faire voir que ces battements n'offraient ni le timbre ni le rythme habituels. Au lieu du tic-tac régulier, on percevait un bruit de souffle intense et d'une rudesse manifeste, presque immédiatement suivi d'un claquement sec et bref comme le second bruit normal ; puis venait un silence appréciable. Cette succession se répétait environ 130 fois par minute. En promenant le stéthoscope sur la région hypogastrique, on pouvait suivre les bruits suivant une ligne oblique allant de l'ombilic à la fosse iliaque gauche ; plus loin ils disparaissaient avec les pulsations fœtales elles-mêmes. En s'écartantun peu à droite de cette zone, vers la ligne médiane, on ne percevait plus qu'un bruit de souffle unique et très intense, qui s'éteignait progressivement à quelques centimètres plus loin.
En présence de ce fait, je me demandai un instant si je n'avais pas affaire au souffle ombilical de Nœgele, qui est parfois déterminé par la compression du cordon entre le fœtus et les parois utérines. Mais la limitation précise du phénomène morbide au foyer des battements cardiaques du fœtus, l'impossibilité de percevoir ceux-ci indépendamment du bruit de souffle, enfin l'absence de toute contraction utérine capable de provoquer la compression du cordon, tout cela contribuait à éloigner cette hypothèse. Je crus donc pouvoir admettre l'existence d'une endocardite ou, pour mieux dire, d'une lésion d'orifice, et je me promis de rechercher après la naissance la confirmation de ce diagnostic.
Je ne tardai pas à être satisfait : le lendemain matin, le travail de l'accouchement commençait à se manifester. Je constatai de nouveau la présence d'un bruit de souffle fœtal, occupant le premier temps et se prolongeant dans le petit silence; le second bruit était normal. Les battements, forts et réguliers, se faisaient entendre 128 h 130 fois par minute.
A quatre heures du soir, la dilatation du col était à peu près achevée, et la tête descendait dans l'excavation, en position occipito-iliaque gauche antérieure.
Le travail continua régulièrement, bien qu'avec lenteur, les contractions utérines se maintinrent énergiques, et enfin, a onze heures du soir, la tille J... accouchait, sans accident, d'un enfant du sexe masculin, bien conformé, pesant 3 550 grammes. Mais cet enfant était pâle, décoloré, en état de mort apparente, et, malgré tous les efforts, ne put être rappelé a la Tie; il avait évidemment succombé pendant la dernière période du travail.
L'autopsie fut faite vingt-quatre heures après, et ses résultats confirmèrent entièrement le diagnostic qui avait été porté avant la naissance. Le fœtus,