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CHAPITRE XLIV

Au début de toutes les sciences comme de tous les arts, il est deux problèmes qui s'imposent d'abord et que je dois résoudre. Quoi est le but de la thérapeutique ? quelle méthode faut-il suivre pour l'étudier avec fruit?

Voyons d'abord quel est le but de la thérapeutique :

11 semble, au premier abord, que rien n'est plus simple. La thérapeutique, a-t-on dit de tout temps, est l'art de guérir les malades ou tout au moins de les soulager. Cela est évident. Mais si l'on cherche quelles sont les limites de la thérapeutique et ses rapports avec les autres sciences médicales, la confusion ne tarde pas à paraître.

Beaucoup d'auteurs, je pourrais dire presque tous, l'ont définie ; l'art d'employer les médicaments. Ils se sont vus aussi lôl arrêtés par la définition du médicament qu'ils n'ont pu donner, cl, au lieu d'arriver à une classification des médications ou des actions thérapeutiques, ils n'ont pu fournir qu'une classification des médicaments empruntés à une science différente de la thérapeutique, c'est-à-dire à l'histoire naturelle, à la chimie ou à la toxicologie.

Il nous faut donc préciser exactement le but de la thérapeutique et la différencier particulièrement de la pharmacologie, de la chimie et de la toxicologie.

Au début de la médecine, au temps d'Ilippocrale, la définition de la thérapeutique se confondait avec celle de la médecine elle-mCine, qu'on définissait également l'art de guérir, car, à pelte époque, la thérapeutique était toute la médecine ; mais,

peu à peu, les connaissances acquises qui n'avaient pas pour but immédiat le traitement des malades ont tellement grandi, qu'il a fallu diviser la médecine en un certain nombre de sciences différentes qui ont chacune leur but et leur méthode.

Parmi ces sciences, il en est qui ont été créées de bonne heure, mais il en est aussi qui n'ont pu établir leur indépendance et leur autonomie que dans ces temps derniers. Je veux parler, par exemple, de la physiologie, qui ne date, en réalité, que de notre siècle, et dont l'affranchissement ne s'est fait que par une série de progrès que devra accomplir la thérapeutique pour conquérir l'indépendance qu'on lui refuse encore.

Au siècle dernier et dans ceux qui l'ont précédé, la physiologie ne constituait pas une science indépendante, elle n'était qu'un appendice de l'anatomie. On faisait connaître en détail tous les aspects des organes, puis on se bornait à dire quelques mots de leur usage.

Ce n'est que depuis les travaux de Bichat, de Pourfour-Dupetit, de Magendie et de Claude Bernard surtout, que la physiologie a posé ses bases.

Jusque-là, les anatomistes prétendaient qu'eux seuls étaient les physiologistes, puisqu'ils connaissaient mieux que les autres la forme et les rapports des organes.

Au commencement du siècle, cette prérogative leur a été disputée par les chimistes, qui sont venus réclamer en disant que la vie n'était autre chose que la transformation perpétuelle des substances en rapport avec l'organisme et qu'ils étaient mieux que personne en état de connaître les mutations dans la composition des aliments, de nos humeurs, de nos tissus et de nos excréta.

Les physiologistes, en créant la méthode expérimentale, se sont affranchis des anatomistes et des chimistes et sont allés étudier eux-mêmes ces sciences voisines qui ne sont plus aujourd'hui que les auxiliaires de la physiologie. Ils ont donc créé leur méthode, et, de ce jour, la physiologie n'a plus été une dépendance de l'anatomie ou de la chimie, elle a eu son domaine propre.

Eh bien ! c'est cette indépendance qu'il nous faut conquérir pour la thérapeutique ; et, au lieu d'aller emprunter à l'histoire

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