‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 314 sur 413 · SON BUT · texte numérisé non relu

SON BUT

naturelle, à la chimie, à la toxicologie, les bases d'une classification thérapeutique, comme l'ont fait tous nos devanciers et même nos contemporains, il nous faut les trouver dans les actions thérapeutiques elles-mêmes.

Personne ne me contredira si je viens dire que, quelles que soient nos connaissances au sujet de la place qu'un de nos médicaments tient dans la nature, je n'en pourrai conclure son action thérapeutique. On sait qu'une même famille peut renfermer des substances inoffensives tout aussi bien que des substances éminemment toxiques. Par conséquent, ce n'est pas la notion de l'espèce, du genre ou de la famille d'une substance végétale qui nous fera connaître sa valeur thérapeutique. Il nous faut donc déjà repousser toute classification des agents thérapeutiques en minéraux et végétaux, et de ceux-ci en mono ou dicotylédonées, etc.

J'en dirai autant des propriétés chimiques, qui ne sont pas de nature à nous faire préjuger des actions thérapeutiques. Toute classification des agents thérapeutiques fondée sur la classification adoptée par les chimistes est donc inacceptable. J'aurais cru pouvoir me dispenser de le dire si je n'avais entre les mains un traité de thérapeutique anglais parvenu à sa cinquième édition et traduit en allemand, le Manuel de thérapeutique de M. Sydney Ringer (1). En effet, cet auteur a pris pour base de sa classiticalion la liste des corps telle que les chimistes la donnent.

I Ainsi, le premier médicament est l'eau ; puis le second, l'oxygène;

' le troisième, le peroxyde d'hydrogène ; le quatrième, le charbon ;

: le cinquième, l'acide carbonique ; le sixième, l'azote, etc. Pour

tj. les végétaux, l'ordre n'est plus suivi également. On y trouve l'opium entre le cyanure de potassium et la noix vomique, etc. 11 en est de même du traité de Nolhnagel et Kosbach (Nouveaux éléments de matière médicale et de thérapeutique, traduction de J. Acquier avec une introduction du professeur Bouchard).

Aussi l'on voit dans la même classe la potasse caustique, le carbonate de soude, le sulfate de soude, le nitrate de potasse, etc.

(1) Traduit par Oscar Thainayn, médecin à Huile (Stuttgard, P. Enke 1877, in-8» de G70 pageB). '

Caustiques, purgatifs, diurétiques, etc., tous confondus dans la même catégorie. Je ne m'y arrêterai pas davantage.

11 faut nous appesantir davantage sur la distinction qu'il y a à faire entre la toxicologie et la thérapeutique, car la 'plupart des traités de thérapeutique ont pris pour base l'action physiologique ou plutôt l'action toxicologique des médicaments. Ici, je n'ai que l'embarras du choix. Je pourrais citer à peu près tous les traités de thérapeutique d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie et même de France.

Je prendrai pour exemple la classification de M. le professeur G. Sée. Je le cite textuellement :

« Chaque poison agissant sur un système ou sur un organe important dans la hiérarchie vitale, ses localisations sont spéciales comme son mode d'action, et l'élimination elle-même se fait par des voies électives. Ce sont ces données acquises à la science qui nous guideront dans l'appréciation des médications de l'asthme (1). »

Yoilà donc une classification hardiment basée sur la toxicologie ; aussi trouvons-nous : 1° les anesthésiques ; 2° les médicaments cardiaques et vasculaires ; 3° les poisons soporifères et télaniques; 4° les poisons des nerfs moteurs et des muscles, etc.

Je cite cette classification moins pour en critiquer l'auteur que pour montrer la difficulté du problème. Cette classification est, en grande partie, calquée sur celle de Giacomini, comme je le montrerai plus loin ; et, si M. le professeur G. Sée l'a adoplée. c'est qu'il n'en connaissait pas de meilleure.

Comment se fait-il donc que l'on confonde chaque jour la toxicologie et la thérapeutique? Leur but et leur méthode sont complètement opposés, bien qu'elles puissent s'éclairer l'une par l'autre.

La thérapeutique prend l'homme malade et cherche à le ramener à la santé ; son point de départ, c'est l'état pathologique, son but, c'est l'état normal physiologique.

La toxicologie, ou la connaissance des propriétés physiologiques des médicaments, prend, au contraire, des organismes

(I) G. Séo, arl. Asthme (Dictionnaire de médecine et de chirurgie).

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sains, les trouble peu à peu par ses drogues et les dérange jusqu'à ce que l'organisme cède et que le sujet de l'expérience succombe. Son point de départ, c'est l'état physiologique ou la santé; son but, c'est la maladie et la mort, car il faut aller jusque-là pour se rendre compte de toute la puissance d'une substance.

Le médecin qui fait de la thérapeutique vit au milieu des malades et n'arrive qu'après bien des années à établir le diagnostic et le pronostic des maladies qu'il veut modifier. Le savant qui poursuit, au contraire, la connaissance des propriétés physiologiques des médicaments, vit dans un laboratoire au milieu des animaux qu'il soumet à ses expériences ; il s'habitue peu à peu à connaître leurs mœurs, leurs besoins, leurs allures, sans quoi il risquerait fort de ne voir qu'une seule chose, c'està-dire l'agonie, l'affaiblissement sur le train postérieur, les convulsions et la mort.

Dans cette erreur qui force le médecin à aller du médicament à la maladie et non pas de la maladie au médicament, il arrive qu'on ne peut comprendre dans les agents de la thérapeutique les aliments comme l'eau, le lait, le bouillon, le vin, etc. , et bien moins encore des forces négatives comme le repos, la diète et l'isolement, qui sont pourtant des agents si actifs.

Les agents physiques tels que le chaud, le froid, l'électricité, la pesanteur, les actions mécaniques n'y ont pas place, pas plus que l'hydrothérapie.

L'histoire de la matière médicale, de son rôle dans la nature, de ses propriétés chimiques et pathogénétiques peut bien éclairer la thérapeutique, mais elle en est complètement distincte par son but et par sa méthode. Elle constitue une science à part et ne doit être nullement confondue ave la thérapeutique. La thérapeutique pourra y trouver des connaissances précieuses, mais elle ne doit lui emprunter ni sa méthode, ni ses classifications.

Quel avantage la thérapeutique a-t-clle retiré de la connaissance aujourd'hui si complète des accidents produits par le plomb, le mercure, le phosphore, l'opium, l'alcool, etc. ?

Quelle est la médication qui découle directement de la con-

naissance de ces diverses intoxications ? Le traitement de la syphilis n'a pas attendu pour s'établir que nous connussions les maladies des étameurs de glace, et nous ne savons même pas aujourd'hui si ces malheureux sont, par le fait de cette intoxication, à l'abri de la vérole.

Il a bien fallu l'abandonner, cette classification basée sur les actions dites physiologiques et qu'il faut appeler pathogénétiques, et le professeur Gubler, qui l'avait acceptée un instant, l'a abandonnée pour se résigner, faute de mieux, dans le Commentaire thérapeutique du Codex à une simple classification alphabétique.

Il en est de cette confusion comme des lettres qu'on écrit dans une langue étrangère. Si un Anglais, un Allemand, un Italien vous écrit une lettre en français, cette lettre pourra être bien écrite en français, mais elle sera pensée en anglais, en allemand ou en italien. Si un Français écrit, au contraire, une lettre dans une langue étrangère, elle pourra bien être écrite en anglais, en allemand ou en italien, mais elle sera pensée en français. C'est ce qui arrive pour la matière médicale et la thérapeutique : on écrit sur la thérapeutique et l'on pense en toxicologiste.

Cette confusion de la toxicologie et de la thérapeutique n'est pas un fait rare. En France, et plus encore à l'étranger, elle est à l'ordre du jour ; on la reconnaît aux caractères suivants : Les médecins qui confondent ainsi la thérapeutique avec la matière médicale s'intéressent moins souvent aux modifications produites dans les maladies qu'aux traces de l'action de leur médicament ; tournant pour ainsi dire le dos au malade, ils n'ont d'yeux que pour le médicament, et vous les trouvez à l'affût des portes de sortie par lesquelles s'en fait l'élimination pour y saisir au passage, dans l'urine, la sueur, la salive, etc., la substance au sort de laquelle ils s'intéressent.

Pendant qu'ils guettent ainsi au passage le médicament qui n'arrive pas encore, leur imagination invente toute une odyssée pour leur objet chéri. Ils le voient arriver dans l'estomac ; là, dans ce milieu à réaction variable, ils le voient résister aux faibles, céder aux forts, s'allier à ceux qui ont avec eux une

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