CINQUIÈME ÉCOLE EXPÉRIMENTALE. PASTEUR
Pasteur ayant inoculé à un lapin, sous la dure-mère cérébrale, une parcelle de la moelle d'un chien mort de la rage, le lapin mourut au bout de quinze jours. En inoculant la moelle rabique de ce lapin sous la dure-mère cérébrale d'un second lapin, et ainsi de suite, d'un second à un troisième lapin, Pasteur constata qu'au bout du vingtième au vingt-cinquième passage, la durée de l'incubation de la rage n'était plus que de huit jours, et, au bout du quatre-vingt-dixième passage, la durée de l'incubation fut à peine de sept jours. A partir de ce moment, le virus était fixe; il tuait en sept jours.
Les moelles de ces derniers lapins, suspendues dans un bocal dans l'air desséché par un morceau de potasse, montrèrent un phénomène singulier. Plus l'on tardait pour se servir de ces moelles pour les inoculer, plus elles perdaient de leur virulence. On avait donc ainsi du virus progressivement atténué.
En inoculant à des chiens un petit fragment de ces moelles délayé dans un peu de bouillon stérilisé, et en commençant par une moelle de quinze jours, et en prenant chaque jour pour l'inoculation une moelle plus fraîche, Pasteur put inoculer peu à peu à des chiens des virus de plus en plus actifs et les mit ainsi à même de subir sans accidents ultérieurs l'inoculation de la rage des rues. Le vaccin était créé. La thérapeutique n'allait pas tarder à paraître.
Un enfant de Steige, en Alsace, le jeune Joseph Meister, âgé de neuf ans, fut mordu, le 4 juillet 1885, par un chien enragé qui lui fit quatorze blessures. Le docteur Weber, de Villé, cautérisa les plaies à l'acide phénique, mais conseilla à la mère de conduire son enfant à Paris auprès de Pasteur.
Pasteur fit venir MM. Vulpian et Granchcr, qui pensèrent que l'enfant était à peu près condamné et qu'on devait tenter les inoculations progressives. L'enfant subit treize inoculations jusqu'au 18 juillet. Le 27 juillet, l'enfant retourna en Alsace. Lo petit Meister vit toujours et n'a pas eu à subir les terribles conséquences de ses morsures!
Telle est la relation du premier fait de guérison de la rage après morsure, le plus beau certainement que la tbérapeutique . ait jamais enregistré!
Après lui vint le berger Jupille (de Villers-Farlay), un jeune garçon de quinze ans qui s'était jeté bravement à la tête d'un cbien enragé pour sauver un groupe d'enfants et qui, mordu cruellement par le chien dans la lutte, avait fini par le lier avec son fouet et l'assommer avec son sabot. Je ne puis ici énumérer un à un tous les cas de rage ainsi guéris successivement au laboratoire de Pasteur. Les vérités scientifiques ne se prouvent que par la répétition perpétuelle des mêmes phénomènes ; mieux vaut donner le total des observations au 31 décembre 1886.
On y verra deux séries. Dans la première, les malades ont été traités par la méthode première, celle qui a servi à guérir le petit Meisler. Elle était faite avec les moelles du quinzième au septième jour. La seconde série, traitée par la méthode intensive, a été faite avec des moelles plus actives jusqu'aux moelles d'un jour. On va voir quels en sont les résultats.
Enfin, pour dernière preuve de la confiance qu'on peut avoir dans la méthode, tous les médecins associés à Pasteur pour ces inoculations ont été eux-mêmes inoculés par la méthode intensive, afin de se mettre à l'abri des dangers que pourrait leur faire courir une inoculation accidentelle.
STATISTIQUE GÉNÉRALE DES PERSONNES FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES TRAITÉES A l/lNSTITUT PASTEUR JUSQU'AU 31 DÉCEMBRE 1886.
Personnes mordues et traitées 2 682
Morts 31
Mortalité 1,15 0/0
1» Personnes mordues par des animaux dont la
rage a été reconnue expérimentalement ou par
des observations vétérinaires. (Tableaux A et B
de la statistique.) 2164
Morts 29
Mortalité 1,34 0/0
2» Personnes mordues par des animaux suspects
de rage. (Tableau C.).' 51S
Morts 2
Mortalité 0,38 0/0