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CHAPITRE XLVIII

TRAITEMENT DES ENDOCARDITES.

L'endocardite peut se montrer d'emblée 'et représenter à elle seule la maladie, ou bien n'être que la première manifestation d'un rhumatisme aigu qui envahira peu de jours après les articulations. D'autres fois, l'endocardite apparaît plus tard comme l'une des affections symptomatiques du rhumatisme, de la blennorrhagie, de la scarlatine, de la variole, de la rougeole, de l'érysipèle, de la diphthérie, de la néphrite albumineuse.

Lorsqu'on se trouve en présence de l'une de ces maladies, et plus particulièrement du rhumatisme articulaire aigu, y a-t-il quelque mesure à prendre pour empêcher la maladie d'envahir l'endocarde? Faut-il seulement compter sur le traitement général de la maladie ou faire quelque chose de spécial? Il n'a pas manqué de médecins pour prétendre que le traitement par le sulfate de quinine, le nitrate de potasse, le tartrate de soude, empêchait l'endocardite de se produire et constituait par là le traitement préventif de l'endocardite. Stricker a avancé de même que le salicylate de soude avait cette heureuse propriété. Malheureusement, il n'en est rien, et le salicylate de soucie n'agit nullement sur le cœur ni avant, ni pendant, ni après l'endocardite. Peut-être, en atténuant les douleurs, évite-t-il des réflexes pénibles sur les nerfs cardiaques.

Herbert Davies (I) a été plus loin : il dit qu'en mettant des vésicatoires sur les articulations envahies par le rhumatisme, en aussi grand nombre qu'il y a d'articulations envahies, on fait une sorte de dérivation qui empêche l'endocardite. Je ne saurais me prononcer à cet égard.

(1) Herbert Davies, Clinkal Lectures and Reports of London Hospital, 1864.

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L'endocardite une fois déclarée, il faut d'abord la combattre localement. Ici, les saign'ées locales n'ont plus d'action ; le sacbet de glace, si utile dans la péricardite, n'a plus ici la même activité. Le mieux est d'appliquer immédiatement un vésicatoire • de la grandeur de la surface cardiaque. On peut y ajouter, comme le faisait Bouillaud, chaque jour, 40 à 60 centigrammes i de poudre de feuilles de digitale, dont l'action irritative entretiendra le vésicatoire, et peut-être y en aura-t-il d'absorbé.

On peut encore se contenter d'une large friction répétée tous • les jours deux fois avec de la teinture de digitale. J'ai pu m'as- ■ surer que l'absorption se faisait, en pareil cas, dans une certaine mesure, et que l'agitation cardiaque se calmait.

Quant au traitement général, il comprend d'abord le repos, . comme pour la péricardite, le repos et rabslimulation, c'est-à-dire i l'absence de toute excitation par le bruit, la lumière, la conver- • sation, etc., puis des boissons fraîches, acidulées ou neutres.

Doit-on, maintenant, continuer le traitement déjà prescrit, consistant dans l'administration du salicylate de soude et du sulfate de quinine? Oui, si ce traitement paraît agir sur la marche i du rhumatisme et si l'agitation cardiaque n'est pas grande, si le pouls n'est pas trop fréquent et s'il est régulier et sans altération du rythme.

Les antiphlogistiques, ici, ont peu d'action. La méthode des saignées coup sur coup, de Bouillaud, est justement abandonnée, ainsi que les mercuriaux conseillés par les Anglais, et cela à cause de la facilité avec laquelle le rhumatisme produit l'anémie. Mais si le pouls est fréquent, et surtout s'il est irrégulier, il faut arriver aux modérateurs du cœur.

La digitale est, ici, le premier médicament à employer ; il reste à déterminer la forme et la mesure.

On a justement abandonné la poudre de feuilles donnée en pilules, à cause de la difficulté de la tolérance par l'estomac. La macération et l'infusion, qui sont surtout diurétiques, ne sont pas aussi utiles, et, de plus, elles ont un peu l'inconvénient des pilules. Il vaut mieux recourir à la teinture. On l'emploie a la dose de 20 gouttes, répétée d'abord deux fois dans la journée, et on peut aller à 3 et môme \ grammes en augmentant progrès-

sivement ; mais il ne faut pas oublier que la teinture de digitale met au moins vingt-quatre heures pour faire sentir son action ; il faudra donc attendre deux jours pour augmenter. Une fois l'effet obtenu, au bout de trois ou quatre jours, on diminuera ou on suspendra tout à fait la digitale et l'on attendra, pour la reprendre, que son action qui se maintient pendant quelques jours commence à disparaître.

Les autres dépresseurs du cœur : vératrine, bromure de potassium, cbloral, sont loin de rendre les mêmes services.

Il n'en est pas de môme des préparations de muguet. L'alcoolature de convallaria maiaJis, à la dose de S grammes par jour, m'a paru régulariser le cœur en pareil cas, tout en soutenant le malade; mais mon expérience à cet égard ne date que de six mois, et j'ai besoin de nouvelles observations pour la confirmer.

Une fois la sédation obtenue par ces moyens, il faut se hâter d'arriver aux toniques, et en particulier aux préparations ferrugineuses, qui sont des sédatifs du cœur. En pareil cas, les préparations solubles sont les meilleures : le tartrate ferrico-potassique (I), l'eau martiale de Rousseau (2), l'eau ferrée gazeuse de Mialhe (3). On peut employer encore la solution de perchlorure de fer à 30 degrés (4), le citrate de fer (5) et le pyrophosphate de fer citro-ammoniacal (6).

(1) Le tartrate ferrico-potassique est soluble dans l'eau et l'alcool et n'a qu'une saveur styptique peu marquée; il s'associe très bien aux eaux alcalines, en particulier à l'eau de Vais (Saint-Jean), 25 à 40 centigrammes pour une bouteille. Le tartrate ferrico-potassique se donne à la dose de 25 centigrammes à 1 gramme par jour.

(2) L'eau martiale de Rousseau est ainsi composée : tartrate ferrico-potassique, 1 gramme; eau de Seltz factice, 1 000.

(3) L'eau ferrée gazeuse de Mialhe est ainsi composée : eau, 650 grammes ; bicarbonate de soude, 15; tartrate ferrico-potassique, 1; acide citrique transparent, 4.

(4) La solution de perchloruro do fer à 30 degrés (Adrian) se donne à la dose |e vingt goulles, répétées deux ou trois fois par jour dans do l'eau distillée édulcoréo avec du sirop do cannelle. Les Anglais donnent la teinture de sesquichlorure de fer à la même dose.

^ (S) Le citrate ferrique ou citrate de peroxyde de fer est un sol très soluble dans l'eau, donnant une solution stable ; sa saveur est peu accusée et disparait facilement dans les eaux minérales alcoolisées do Soulzmalt, JJussang, Vais, etc.

On peut omployer encore le citrato de fer ammoniacal.

(I) Le pyropbosphate de fer citro-ammoniacal do Robiquet se donne h. la

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Après le fer vient le quinquina, qui s'administre surtout sous forme de vin.

11 existe encore deux moyens thérapeutiques basés plus sur la théorie que sur la pratique, et qui sont recommandés par les • Anglais et les Allemands : c'est, d'une part, le traitement de I Richardson, qui consiste dans l'administration de l'ammoniaque à l'intérieur, dans le but de faire dissoudre les dépôts fibrineux i de l'endocardite, et d'autre part, le traitement de Gerhardt, qui consiste dans les aspirations d'une eau chargée de carbonate de soude (1). Cette médication jouit d'une certaine vogue en t Allemagne ; mais je n'ai pas d'expérience à cet égard.

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