CHAPITRE LI
TRAITEMENT DE LA DÉTRESSE CARDIAQUE, DE L'ANGINE DE POITRINE ET DE L'ASYSTOLIE. — CORDIAUX.
Ici, comme dans le chapitre précédent, il faut bien tenir compte de la dyspnée qui appartient réellement à l'affection cardiaque, et ne pas la confondre avec la dyspnée produite par les lésions qui sont la cause ou la conséquence de la maladie du cœur. Ainsi, la dyspnée tenant à une congestion pulmonaire secondaire sera traitée d'abord par les ventouses sèches, la saignée et le tannin ; la dyspnée liée à l'œdème pulmonaire sera justiciable des vésicatoires et des diurétiques ; la dyspnée liée à l'hydrothorax, réclame la ponction ; et la dyspnée urémique, la diète lactée et le bromure de potassium.
Il faut surtout penser à cette dernière, que l'on confond très souvent avec la dyspnée cardiaque proprement dite. On sait que la dyspnée cardiaque s'est accusée d'abord seulement au moment de l'effort. Plus tard, la dyspnée cardiaque s'est montrée au repos d'abord dans le décubitus gauche au moment de l'hypertrophie, puis dans le décubitus droit, quand est survenue l'insuffisance tricuspide par dilatation ; enfin, elle est devenue l'orthopnée et a forcé le malade à quitter le décubitus dorsal pour prendre la position assise, alors qu'est survenu un œdème pulmonaire notable.
La dyspnée urémique, au contraire, se montre d'une manière soudaine par des excès de détresse qui ressemblent jusqu'à un certain point à l'asthme. Ces accès se produisent surtout au moment où le malade va s'endormir et cesse de contribuer volontairement à sa respiration. Le patient est pris alors de dyspnée et de cauchemars qui le réveillent en sursaut et le laissent encore quelque temps égaré par la représentation du rêve qui persiste.
Je répéterai donc ici ce qu'il faudra faire, pour ainsi dire, à chaque chapitre : avant de traiter directement le trouble cardiaque, faire disparaître les obstacles morbides de la circulation générale. Le traitement des symptômes cardiaques ne peut se faire sans cela.
Au point de vue thérapeutique, il faut comprendre dans un même chapitre les phénomènes de l'asystolie, c'est-à-dire la dyspnée, la lipothymie, la défaillance et la syncope. Ici, il ne s'agit plus de réprimer la violence des battements du cœur, mais, au contraire, de ranimer les contractions cardiaques et vasculaires. Cette indication est remplie par les cordiaux ou excitants du cœur et des vaisseaux. Ces cordiaux s'administrent de trois manières : par la bouche, par les voies respiratoires et par la voie sous-cutanée, c'est-à-dire la voie lymphatique.
Les cordiaux qui s'administrent par la bouche sont : le vin, l'alcool, le café, l'éther et les végétaux aromatiques, à principe volatil, connus en thérapeutique sous le nom de stimulants diffusibles.