ALCOOLAT VULNÉRAIRE ET ARQUEBUSE
Je ne puis songer à entrer dans des détails sur toutes ces plantes ; je ne m'occuperai que des pripcipales.
l'alcoolat vulnéraire et l'arquebuse,
Bien longtemps avant que M. Pasteur découvrît les microbes dans l'air et que Lister créât la méthode antiseptique, on savait deux choses : c'est que les plaies exposées à l'air guérissaient moins bien que les plaies non exposées, et d'autre part, c'est que les substances aromatiques préservent les matières animales de la putréfaction. Cette dernière vérité, connue depuis les temps historiques, avait fait adopter, comme espèces vulnéraires, des plantes aromatiques. Le Codex, en effet, désigne comme espèces vulnéraires les plantes suivantes :
Feuilles et sommités d'absinthe, debétoine, de bugle, de calament, de chamoedrys, d'hysope, de lierre terrestre, d'origan, de pervenche, de romarin, de sanicle, de sauge, de scolopendre, de scordium, de thym, de véronique, les fleurs d'arnica, de piedde-chat et de tussilage.
Lorsque les Arabes eurent inventé l'alcool, on distilla ces plantes et l'on en fit une teinture qui porta le nom d'alcoolat vulnéraire, ou eau d'arquebusade, ou eau vulnéraire spivitueuse (1).
Mais les blessés ne se bornèrent pas à se panser avec cette eau d'arquebusade, ils en burent et trouvèrent que c'était un excellent cordial. Aussi l'usage s'en est-il conservé, et, quand un homme du peuple vient à être blessé, il va relever ses forces opprimées par le choc produit par le traumatisme, en allant boire un verre de vulnéraire. Ce vulnéraire porte encore dans beaucoup de contrées, à Lyon par exemple, le nom d'eau d'arquebusade ou, plus couramment, d'arquebuse. Ce mot d'ar-
(1) L'alcoolat vulnéraire est fait avec les plantes suivantes : feuilles fraîches de ; absinthe, angélique, basilic, calament, fenouil, hysope, marjolaine, menthe poivrée, origan, romarin, rue, sarriette, sauge, serpolet, thym; de chaque, 100 grammes. Ajoutez : sommités fleuries d'hypericum, 100; lavande, 100; alcool à 80 degrés, 1000. Macérez dix jours. Pour faire l'alcoolat vulnéraire, on prend les espèces précède' nies employées pour la teinture vulnéraire, on met macérer pendant six jours dans 4 500 grammes d'alcool à 60 degrés, et l'on distille pour obtenir 3 000 grammes d'alcoolat.
quebuse est probablement l'origine d'une autre locution : boire un canon. En effet, quand l'un buvait une arquebuse, il la buvait dans un verre de petit calibre, et celui qui buvait du vin buvait dans un verre de gros calibre. Le petit calibre s'appelait arquebuse, le gros calibre s'est appelé canon. De là l'expression populaire de l'homme qui va boire un verre de vin : il va prendre un canon.
L'arquebusade est, en effet, une liqueur aromatique ; quand elle est bien distillée, elle a une saveur homogène qui se termine par un bouquet aromatique. Les dégustateurs de profession expriment cette unité par cette phrase : « Ça va d'un train, ça finit bien. »
Plus tard, on a sucré l'arquebuse, qui est devenue la chartreuse et, par contrefaçon, la bénédictine, la trappistine, etc., etc.
L'eau de mélisse des Carmes, ou alcoolat de mélisse composé, se rapproche beaucoup de l'arquebuse ; c'est une liqueur non sucrée (1).
A côté de ce cordial, nous en avons un nouveau à ajouter : le muguet (convallaria maïalis).
Dans le chapitre consacré à la matière médicale, j'ai dit tout ce qu'on sait du muguet à l'heure qu'il est. On peut voir, par la relation que j'ai donnée de son action pathogénétique, que le muguet est un véritable tonique du cœur et surtout un tonique du myocarde.
11 faut seulement l'employer à haute dose. J'ai l'habitude de prescrire l'alcoolature à la dose d'une cuillerée à café (4 grammes) dans un demi-verre d'eau sucrée à prendre en unefois. Cette close peut être répétée deux fois par jour, en cas d'ataxie cardiaque ou d'arythmie.
C'est un cordial que je crois appelé à beaucoup d'avenir et qui remplacera probablement l'alcoolat de mélisse des Carmes.
(I) L'alcoolat de mélisse composé est le produit de la distillation des plantes suivantes : mélisse fraîche en fleur, 900 ; zestes frais de citron, 150; cannelle de Ceylan, 80; giroflée, 80; muscades, 80; coriandre, 40; racine d'angéliquc, /|0; alcool h 80 degrés, 5 000. Macérez quatre heures et distillez.