NITRITE D'AMYLE
Le nitrite d'amyle ou azotile d'amyle (éther amylnitreux) a pour formule CsH11AzOa. C'est de l'alcool amyliqueC'ir'OH dans lequel ] équivalent d'H a été remplacé parle groupe azotite AzO.
Le nitrite d'amyle est un liquide mobile jaune pâle, dont la couleur se fonce si on le chauffe plusieurs fois, mais qui revient à sa teinte première par le refroidissement (Balard).Son odeur et sa saveur rappellent celles des poires mûres (Richardson), ou celle de la pomme de reinette (Veyrières) (1). Sa densité est égale à 0,877 ; sa vapeur est un peu rutilante; elle est aussi irritante et caustique et possède une densité de 4,03 (Balard), de 58,2 rapportée à l'hydrogène ; elle détone à 260 degrés (2). Le nitrite d'amyle bout à 99 degrés sous la pression de 756 millimètres (Guthrie), à 95 degrés (Rieckher), à 96 degrés (Balard).
Cet éther rougit fortement le tournesol (3).
Action pathogénétique. — Peu de temps après la découverte du nitrite d'amyle par Balard, Guthrie (4) avait reconnu à cette substance la propriété d'amener rapidement la coloration de la face, de rendre plus évidentes les pulsations des carotides et d'accélérer les battements du cœur; il le proposait déjà pour ressusciter les noyés, les suffoqués et les défaillants.
Depuis cette époque, le nitrite d'amyle a été étudié par un grand nombre de médecins et de physiologistes : Richardson (5), Gamgee, L. Brunton, Wood (Horatio), Jones (Talfort) (6), Wood (Goadhort), etc.
(1) Veyrières, Recherches sur le nitrite d'amyle, action physiologique et thérapeutique, thèse de Paris, 1874, n° 98.
(2) Wurlz, Dictionnaire de chimie.
(3) Dugau, Recherches critiques et expérimentales sur le nitrite d'amyle, thèse de Paris, 1879.
(4) Guthrie, Quarterly Journal of the Chemical Society , London, 1859.
(5) Richardson, Med. Times and Gazette, 1863, 1864, et Brit. and For. Med. Review, t. XXXI, janvier 18GS.
(6) Gamgee, Combinaison du nitrite d'amyle avec l'hémoglobine {Philosoph. Transact., 18G8). — Action physiologique du nitrite d'amyle, Leipzig, 18C9. — L. Brunton, De l'emploi du nitrite d'amyle dans l'angine de poitri?ie {The Lancet, vol. I, p. 9, 1865). — De l'action du nitrite d'amyle sur les vaisseaux. Travaux du laboratoire de Leipzig, 1 808.— Action simultanée de la strychni?ie
et du nitrite d'amyle (Journal of Analomy rnd Physiol., 1870-71, p. 92)
Wood (H.), Recherches expérimentales sur l'action du nitrite d'amyle (Ame-
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Ën 1873, le docteur Amez-Droz (1), de là ChaUx-de-Fonds, publia sur Cette substance tin travail étendu qui fut le premier dont j'eus connaissance.
J'engageai alors un de mes élèves, M. Veyrières, à faire une étude de cette substance. M. Veyrières s'est mis à en préparer une certaine quantité avec l'aide de M. Adrian, et en a consigné les résultats dans sa tbèse inaugurale de 1874. Du reste, j'en ai eu plusieurs échantillons à ma . disposition, les uns préparés par M. BoUgarel, aujourd'hui pharmacien à Fontainebleau ; d'autres, par M. Adrian et par M. Petit. J'ai consigné les résultats de mes recherches thérapeutiques dans le Traité de thérapeutique (2).
Depuis, l'étude du nitrite d'amyle a été faite par iin très grand nombre de médecins dont les noms viendront peu à peu, et qui sont fort bien recueillis dans la thèse de M. le docteur Dugan.
Le nytrite d'amyle est très volatil ; et si on le conserve dans un flacon, il s'en échappe Une odeur de pomme de reinette très forte; à plus forte raison, si le nitrite d'amyle a été mis dans un flacon rempli de sulfate de potasse, comme on le fait pour l'acide acétique. Le mieUx est de l'enfermer clans des capsules de verre, comme l'iodùre d'éthylé. On les brise au moment de s'en servir.
Il suffit de verser slir la paume de la main 8 à 10 gouttes de nitrite d'amyle pour obtenir des phénomènes très accusés. L'odeur du nitrite d'amyle est fraîche, rappelant celle de l'amylène. Sa vapeur, en arrivant dans les fosses nasales, y détermine une sensation de fraîcheur. Mais celte sensation de fraîcheur s'arrête à la gorge et ne se fait pas sentir, comme celle du chloroforme, jusque clans les dernières ramifications bronchiques. Au niveau du pharynx et du larynx, la sensation éprouvée est plutôt celle d'un chatouillement; aussi provoque-t-il souvent la toux. Presque aussitôt, on éprouve un sentiment deplénitude dans
rican Journal of med. scienc, juillet 1871, p. 39). — Jones (T.), Emploi du nitrite d'amyle contre te collapsus et les crampes du choléra (Brit. Med. Journal, 1871, et Practilioner, oct. 1871, p. 213).
(1) Amez-Droz, Élude sur le nitrite d'amyle (Archives de physiologie, 1S73,
(2) Traité de thérapeutique, par Trousseau, Pidoux et G. Paul, 9e édition, t. II, p. 83C, 1877.
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la tôle, mais plus eilcorc au visage, comme si l'on avail M des spiritueux. La face ne tarde pas à s'injecter, ies yeux deviennent brillants ; l'expression du visage s'illumine et prend un caractère gai. La turgescence du visage s'accentue bientôt davantage ainsi que la coloration rouge, qui dépasse de [beaucoup celle que produisent les émotions. Il est facile de constater à ce moment que non seulement les capillaires superficiels, mais que tous les vaisseaux de la tête, artères, capillaires et veines, sont dans un état de tension éfectile très manifeste. Les carotides battent avec force ; en même temps le pouls est accéléré et dépasse souvent 100 pulsations.
Ce qui est frappant, c'est que ces phénomènes sont limités à la tête exclusivement. A part cette excitation d'une région des vaisseaux périphériques, les autres organes de la circulation restent calmes, tant le cœur que les vaisseaux des membres et des viscères.
Au bout d'un temps assez court, quatre à cinq minutes environ, celte excitation diminue, et, au bout de dix minutes au plus, tout a disparu.
Il est remarquable que pendant le temps où celte excitation vasculaire céphalique est portée à son maximum, on n'éprouve pas de vertiges, à moins dé prolonger trop longtemps les inspirations de vapeurs de nitrile d'amyle.
Tels sont les phénomènes qu'on peut produire à volonté sur l'homme, et qui ne manquent presque jamais.
II s'agit maintenant de voir par quel mécanisme celle action se produit, et quels éclaircissements à cet égard donnent les expériences faites sur les animaux.
L'examen microscopique de la membrane intcrdigilalc de la grenouille a permis à Richardson et à Gamgee de voir chez la grenouille la dilatation des capillaires. Il y a chez cet animal, par conséquent,uneaction générale, peut-être due à ce quela dose administrée à la grenouille était proportionnellement plus grande.
En môme temps que celte distension des vaisseaux capillaires, Gamgce, Amez-Droz, Mayer et Friedrich (I) ont vu la tension
(1) Mayer et Friedrlcli, Action physiologique du nitrile d'amyle (Archiu f. exper. Pathologie iind Pharmacie, t. V, p. 55, 187G).
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sanguine s'abaisser. Cet abaissement de la pression sanguine a été constaté de même chez le lapin par Lauder-Brunton, Wood (H.), de Philadelphie, et Amez-Droz. Cette diminution a été de 30 millimètres.
Chez le chien, l'abaissement de la tension a été constaté également par Amez-Droz, qui l'a vue baisser de 80 à 100 millimètres.
L'examen du cœur a montré, comme chez l'homme, une augmentation dans la fréquence des battements chez le lapin (Lauder-Brunton, Amez-Droz, S. Mayeret J. Friedrich).
Ces trois faits : dilatation des capillaires, abaissement de la tension, augmentation des battements du cœur, sont corrélatifs depuis les lois établies par M. Marey. Disons que seuls Guttmann (1) et Eulenbourg n'ont pas constaté cette augmentation de fréquence du pouls.
Notons que Robert Fick, examinant les vaisseaux rétiniens pendant l'excitation vasculaire, ne les aurait pas trouvés dilatés.
Par quel mécanisme se produit cette dilatation vasculaire? A. Hunt, Filehne, Huizinga, R. Fick, Mosso (de Turin) (2), admettent une paralysie des vaso-moteurs. Cependant, si l'on a pris la précaution de paralyser d'avance les nerfs vaso-moteurs par une section préalable de la moelle au-dessous de l'atlas, comme l'a fait Lauder-Brunton, ou une section des nerfs vagues (Filehne), le phénomène ne se produit pas moins. On est amené à penser, comme Amez-Droz, que cette dilatation vasculaire, qui se fait en dehors de l'action de la moelle, indique une action directe du nitrite d'amyle sur les nerfs vaso-dilatateurs, ou bien que cette action sur les nerfs vaso-dilatateurs est le résultat de l'action du nitrite d'amyle sur le sang, action qui consiste dans une moindre oxygénation des globules et une augmentation de
(1) Guttmann, Des c/J'ets de quelques nouveaux médicaments (Société médicale de Berlin, 23 juillet 1873).
(2) A.. Hunt, De l'emploi du nitrite d'amyle (Brit. Journal of Dental Se., vol. XVI, 1S73). — Filehne, Influence du ?iilrite d'amyle sur la tonicité vasculaire (l'flugers Archiv, t. IX, p. 47c). — Huizinga, id., t. XI, 1S7G. — Mosso, Variatioîis du pouls sous l'influence du nitrite d'amyle, Turin, 187S.