DES CORDIAUX ADMINISTRÉS PAR LA VOIE SOUS-CUTANÉE
Ici, nous rencontrons deux médications précieuses : les injections sous-cutanées de morphine et les injections sous-cutanées d'éther.
La méthode des injections sous-cutanées date de 1855, où elle fut inventée par Wood (d'Edimbourg), pour combattre les névralgies localisées et superficielles. On en a bien réclamé la priorité pour ïtynd, qui, en 1844, avait pratiqué à Dublin des injections de morphine et de créosote. Mais, pour moi, les véritables inventeurs de la méthode sous-cutanée sont les sauvages de l'Amérique du Sud, qui imprégnaient leurs flèches de curare. Quelle merveilleuse découverte ! imprégner une flèche d'un poison qui paralysera l'animal touché en un endroit quelconque du corps, et quel poison! un poison qui laissera la victime comestible et sans danger pour celui qui doit la manger.
Si l'on pouvait trouver de môme pour nos armes de guerre un poison qui mettrait l'ennemi hors de combat sans le tuer, ce serait un autre prodige. Il a fallu à cette méthode trois années pour pénétrer en France, introduite par Béhier, et trois autres années pour la faire pénétrer en Allemagne (1861).
Qu'est-ce donc que le tissu cellulaire sous-cutané dans lequel nous injectons des substances actives, et quel bénéfice y trouvons-nous ? Si nous donnons à cette voie d'introduction une
importance capitale, ce n'est pas seulement parce qu'elle demande une moins grande quantité de substance, c'est parce que l'action est plus rapide que par la voie digestive et plus sûre que par la voie pulmonaire.
Nous n'avons plus lieu de nous étonner de cette rapidité d'action, elle nous est démontrée expérimentalement et expliquée anatomiquement.
Expérimentalement, l'action est plus rapide et à moindre dose, sans altération de la substance par les sucs digestifs, comme cela se voit pour certains médicaments (l'extrait aqueux d'ergot). Anatomiquement, nous pouvons nous en rendre compte.
Virchow considérait les corpuscules du tissu conjonctif comme de véritables cellules ; il supposait que toutes ces cellules formaient un réseau parcouru par une véritable circulation. Il admit ainsi, à côté de la circulation sanguine et de la circulation lymphatique, une troisième circulation qu'il appela circulation plasmatique.
Cette idée fut soutenue par l'un de ses élèves, Recklinghausen, mais fut bientôt combattue par Kiihne et Henle.
Kuhne, élève de Claude Bernard, a pu montrer que ces corpuscules de tissu conjonctif n'ont pas de membrane d'enveloppe, qu'ils ne forment pas de réseau et qu'ils sont libres dans les espaces compris entre les faisceaux de fibrilles du tissu conjonctif. Henle a soutenu d'autre part que ces corps ne sont pas des cellules, mais seulement les intervalles des faisceaux de fibrilles.
M. Ranvier et M. Renaut ne repoussent pas l'idée d'une circulation plasmatique, elle peut se faire dans les espaces très dilatables existant entre les vaisseaux. M. Ranvier assimile les cellules plates qui tapissent les faisceaux aux cellules des membranes séreuses, et l'on sait que ces membranes absorbent les substances qu'on leur confie.
On peut donc considérer le tissu cellulaire sous-cutané comme l'origine du système lymphatique.
Injecter un liquide dans le tissu cellulaire sous-cutané, o'esl donc, en réalité, l'injecter dans le système lymphatique, c'està-dire dans l'antichambre du système sanguin.