‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 385 sur 413 · DES INJECTIONS SOUS-CUTANÉES DE CHLORHYDRATE DE MORPHINE · texte numérisé non relu

DES INJECTIONS SOUS-CUTANÉES DE CHLORHYDRATE DE MORPHINE

L'opium est la première substance qui ait été injectée dans le tissu cellulaire sous-cutané. Wood avait pris, pour cet usage, de la liqueur de Battley, qu'il avait étendue d'eau. Lobel (de Vienne) avait injecté d'abord une solution d'opium brut, puis une solution d'extrait d'opium. Le sel qu'on emploie le plus ordinairement est le chlorhydrate, sous la formule suivante :

Chlorhydrate de morphine 20 centigrammes.

Eau distillée bouillie 20 grammes.

Cette solution est relativement stable, il ne s'y développe pas de conferves et de cristaux. En pareil cas, il suffit de faire bouillir la liqueur pour redissoudre les cristaux, détruire les conferves et filtrer. De cette manière, la solution redevient active.

On peut employer encore les petits morceaux de gélatine imprégnés de chlorhydrate de morphine qu'on peut faire dissoudre au moment de s'en servir.

On en injecte une seringue, c'est-à-dire 1 centigramme, 2 au besoin, dans les cas graves.

Les injections sous-cutanées de morphine dans les accès de détresse cardiaque ont été employées d'abord par Levy (1) (de Venise), puis par Al. Renault (2), 1874, puis par le docteur Vibert(du Puy), 1875 (3), enfin, par M. Huchard, 1877 (4). Ce dernier a insisté surtout sur l'utilité de combattre les anémies cérébrales consécutives aux affections aortiques et à l'asystolie par la morphine. Selon lui, la morphine congestionne le cerveau et par conséquent fait cesser l'anémie cérébrale et, par suite, la dyspnée. 11 semble que chaque] injection de chlorhydrate de morphine dans la peau soit une injection de sang dans le cerveau et le résultat le plus rapide de cette injection est de ranimer les mouvements respiratoires. La môme année, Gubler a

(I) Société de médecine de Strasbourg, 1868.

(-2) Al. Renault, Influence des injections sous-cutanées de morphine contre la dyspnée [Union médicale, 187'.).

(•S) Vibert, Journal de thérapeutique, 1N75. Ci) Huchard, Journal de thérapeutique, 1877.

fait, dans son journal (i), le parallèle des indications des injections sous-cutanées de morphine et de la digitale. 11 arrive à dire également que la digitale est utile à la fin de la période de tolérance et que, plus tard, c'est à la morphine qu'il faut avoir recours.

En effet, au moment de la cachexie cardiaque, ces injections de morphine soulagent tellement les malades qu'ils les réclament avec instance et que malgré soi on est obligé de les multiplier. On a commencé par 1 centigramme par jour et peu à peu il faut arriver à 2, 3, 4 et même S injections par jour. Puis l'unité thérapeutique de 1 centigramme devient insuffisante et il faut faire des injections de 2 centigrammes, qu'on ne pourra plus suspendre jusqu'à la fin de l'agonie du malade.

Au point de vue de la théorie, on peut supposer que la morphine constitue un excellent vaso-dilatateur (2) qui amène, par suite de la dilatation des vaisseaux périphériques, l'abaissement de la tension intravasculaire et une diminution du nombre des battements du cœur. Cette théorie, soutenue en partie par MM. Dujardin-Beaumetz et Bucquoy (3), n'est pas acoeptée par M. Ferrand, qui croit à une action directe sur la cellule cérébrale.

Quoi qu'il en soit, les injections sous-cutanées de morphine rendent les plus grands services dans les cas de dyspnée cardiaque et d'asystolie, et ces injections sont entrées aujourd'hui dans la pratique journalière.

INJECTIONS SODS-CUTANÉES d'ÉTHER.

On peut de même employer les injections sous-cutanées d'éther, recommandées dans ces derniers temps par le professeur Verneuil. On en fait quatre à la fois de chacune I centimètre cube et on les répète au besoin deux et même trois fois par jour.

Ces injections ont le pouvoir de réveiller la caloriûcation et la circulation, mais elles n'ont pas l'activité des injections de morphine.

(1) Gubler, Journal de thérapeutique, 1877, p. 361 et suiv., et 1878.

(2) Picart et Rebclet, Sociélé de biologie, 4 mai 1878.

(3) Société de thérapeutique, 13 novembre I87S.

Page 1