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CHAPITRE LIV

Les accidents dont il est question dans ce chapitre sont produits par la tension qui s'établit dans la veine sus-hépatique et la veine porte et produit la congestion du foie, la stase veineuse intestinale et finalement l'ascite.

On combat ces accidents par des purgatifs. Les médecins ont pensé depuis longtemps que les purgatifs pouvaient être rangés à cet égard en deux catégories : ceux qui agissent sur le foie et ceux qui agissent sur l'intestin grêle et font rendre à l'organisme une certaine quantité de liquide et que, par cela même, on a appelés hydragogues. Cette définition est très bonne, et Hulherford (1) (d'Edimbourg) a montré dans ces derniers temps qu'il y a une sorte d'antagonisme entre l'action exercée sur la sécrétion de la bile et l'action exercée sur l'intestin grêle. Quand l'action exercée sur l'intestin grêle est active, il y a peu d'augmentation dans la sécrétion biliaire ; ce n'est que dans des cas exceptionnels que les deux sécrétions ont été augmentées b la fois.

Parlons d'abord de l'action des sels purgatifs sur l'intestin.

4° Théorie de l' irritation locale. — Bretonneau avait essayé dose rendre compte de l'action des purgatifs en comparant leur énergie purgative à leur action irritante locale et il avait vu qu'un certain nombre de substances avaient une action purgative intense en ne faisant qu'irriter légèrement les tissus ; que d'autres avaient besoin, pour purger, d'exercer une action irritante locale très intense, par exemple les euphorbiacées, enfin

(1) Compte rendu des expériences de Rutlierford par M. Noël Gneneau de Mussy : De l'action physiologique des médicaments sur la sécrétion biliaire (Société de thérapeutique, séances du 24 mars et du 14 avril 1880).

que les purgatifs drastiques les plus intenses n'avaient pas d'action locale, par exemple la gomme gutte, l'aloès, le jalap, la scammonée, le turbith, le séné, ele,

11 fallait donc chercher une explication ailleurs, puisque le pouvoir purgatif n'était pas en rapport avec l'irritation locale.

2° Théorie de l'exosmose. — On chercha alors dans l'expérience de Dutrochet sur l'endosmose et dans celle de Graham sur la dialyse l'explication de l'action purgative des sels neutres. Poiseuille et Liebig croyaient qu'en portant dans l'intestin une solution saline concentrée on agissait vis-à-vis du sang pauvre en sels par la force de l'endosmose et qu'alors il sortait du sang une quantité de liquide jusqu'à ce que le titre de la solution fût le même des deux côtés des membranes vasculaires. Mais Aubert, en mettant dans l'intestin une solution de sulfate de soude ou de magnésie extrêmement diluée, obtint le même effet purgatif. Claude Bernard (I) fait observer que si cette théorie était vraie, on devrait s'attendre à ce que les substances minérales et cristallisables auraient un pouvoir, comme purgatifs, proportionnel à leur équivalent exosmotique. Le sucre, par exemple, dont le pouvoir exosmotique est considérable, devrait avoir une action purgative très prononcée. Claude Bernard conclut ainsi : Quelque ingénieuses que soient les explications mécaniques des phénomènes de la vie ; quelque satisfaisantes que soient les expériences sur lesquelles elles s'appuient, elles n'expliquent quelques actions qu'à la condition d'en négliger un plus grand nombre.

Buckheim a fait remarquer, de son côté, que le chlorure de sodium, qui passe rapidement au dialyseur, agit moins comme purgatif que le phosphate et le sulfate de soude, qui ont un pouvoir de diffusion beaucoup moindre.

Par là, la théorie de l'endosmose fut ruinée.

3° Théorie de l 'élimination élective. — En 1807, Iicadland (2) émit une nouvelle théorie. 11 pensa que les sels neutres étaient absorbés par l'estomac, qu'ils passaient dans la circulation et

(1) Claude Dernnrd, Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses, 1857, p. 85.

(2) Heûdland, Of the actions of médecines on the tystem, 1867.

qu'alors ils étaient éliminés en petite quantité par les reins, mais en grande quantité par l'intestin. Il se formait ainsi une sorte d'état calarrhal de l'intestin. La théorie de Headland s'appuyait sur ce qu'on trouve dans l'intestin du sulfate de magnésie en plus grande quantité au bout de plusieurs heures qu'au bout d'une demi-heure. On pouvait supposer seulement qu'il lui avait fallu ce temps pour y arriver. Mais la théorie de Headland reçut un fort appui d'une expérience de Carpentier (1). En effet, Carpentier fit la ligature du pylore et introduisit dans l'estomac du sulfate de soude et l'action purgative se produisit. Malgré cela, la théorie de Headland ne fut pas acceptée en Allemagne.- On pensa que le sel placé dans l'estomac avait agi par action réflexe, les nerfs splanchniques n'ayant pas été liés dans l'opération. D'autre part, Aubert et Rabuteau (2), et Buckheim ensuite, ont montré qu'en injectant 50 grammes de sulfate de soude dans la veine jugulaire d'un chien on n'obtenait pas de selles liquides. De même, les injections de solutions salines dans les vaisseaux des cholériques n'ont pas produit de diarrhée. La môme expérience a été reproduite avec le même résultat par A. Moreau, Vulpian (3), Jolyet et Gahours.

4° Théorie de ï arrêt de la résorption des sucs digestifs. — En 1804, M. Thiry (de Vienne) (4), et peu de temps après Radziejewski (de Berlin), ont soutenu la théorie suivante : Au lieu d'accepter l'hypothèse ancienne qui supposait que les purgatifs produisaient une transsudation des glandes de l'intestin, ils ont pensé que l'action du purgatif consistait d'une part à arrêter la résorption des produits de sécrétion glandulaire versés dans l'intestin et, d'autre part, à précipiter les mouvements périslaltiques de manière à vider en peu de temps les liquides qu'il contenait.

Le procédé employé par Thiry et reproduit par Radziejewski, et plus lard par Schiff, était assez original : il consistait à prendre une anse intestinale, à la séparer en deux sections pour l'isoler, puis à rétablir la continuité de l'organe en cousant les

(1) Huseman, Pharmacologie, t. Ier, p. 55.

(2) Rabuteau, Mémoires de la Société de biologie, 1868, p. 21. (8) Vulpian, Leçons sur les vaso-moteurs, p. 514 et 516.

(4) Thiry, Académie des sciences de Vienne, 1864.

deux bouts extrêmes ; l'anse détachée était ensuite fermée par un bout et attachée à la paroi par son extrémité béante. On avait ainsi une sorte de CEecum dans lequel on déposait des substances pour en examiner les fonctions à l'œil nu. Malheureusement, celte anse détachée ne tardait pas à s'atrophier et restait inerte sous les divers excitants.

Radziejewski, en constatant le peu de succès de ces moyens, en essaya un autre ; il fit l'analyse comparée des fèces normales et des produits rejetés par les purgatifs. 11 trouva bien que les fèces normales ne contenaient que 5:2 pour 100 d'eau, tandis que les garde-robes liquides' en renfermaient 85 pour 100 à la suite d'une purgation par le sulfate de magnésie. Il constata encore que les fèces naturelles étaient plus riches en potassium qu'en sodium, tandis que les garde-robes delà purgation renfermaient plus de sodium que de potassium. Radziejewski, ne trouvant en somme aucune différence entre les deux espèces de selles, en conclut qu'elles ne renfermaient que des produits de sécrétion normaux et qu'ils étaient purement et simplement rejelés par l'accélération du mouvement péristaltique.

11 y a là une erreur: l'expérience acquise sur l'homme nous montre que quand une substance se borne à activer les mouvements intestinaux, il y a une évacuation de l'intestin sans purgalion, une garde-robe normale, solide d'abord, molle et non moulée à la fin, mais non pas une selle de purgation ; c'est ce qu'on obtient tous les jours avec le podophyllin, le séné à petite dose, le thé, le café et le tabac.

La quantité de liquide semblait encore une objection à celte théorie, mais elle a été réfutée par Kiihne, quilprétend que les sucs fournis normalement par le pancréas et l'intestin représentent une quantité de liquide plus considérable que celle qui peut se trouver dans les selles diarrhéiques les plus abondantes.

Armand Moreau (1) a repris l'expérience de Thiry, en diminuant les mutilations ; il se contente de séparer une anse intestinale par deux ligatures après y avoir injecté 20 centimètres cubes d'une solution de sulfate de magnésie. Au bout de quelques

(l) A. Moreau, Société de thérapeutique, 23 juillet 1870.

heures, il sacrifie l'animal et y trouve une quantité de liquide bien supérieure à celle qu'il y a mise (dix à quinze fois autant); il en conclut qu'il y a une hypersécrétion intestinale.

M. Vulpian (1) a répété la même expérience chez des chiens curarisés et morphinisés ; il a constaté d'une part que les mouvements péristaltiques n'étaient pas augmentés, qu'une partie de la solution avait été absorbée et avait passé par les urines, enfin, que l'intestin renfermait une grande quantité de liquide catarrhal. Mais', dans ce cas, l'action n'est probablement pas une action irritative directe, il est croyable que le système des nerfs splanchniques y joue un rôle, car il a suffi à A. Moreau d'énerver par section une anse intestinale pour y faire transsuder une masse de liquide.

Nous voilà donc revenus à la théorie première : le sel purgatif fait affluer les liquides glandulaires par l'intermédiaire du système nerveux, comme les liquides sapides font affluer la salive à la bouche. Il suffit de penser à un mets savoureux pour que l'eau vienne à la bouche, et l'on sait que de même la peur produit la diarrhée.

Du reste, le rôle du système nerveux en pareil cas peut être soutenu par toutes sortes de preuves. Traube a montré que toute irritation des nerfs gastriques détermine par action réflexe des mouvements péristaltiques des intestins. Les dysentériques le savent bien, il leur suffit de boire quelques gouttes d'eau froide pour avoir immédiatement du ténesme et une garde-robe. L'huile de croton détermine des garde-robes alors qu'elle est encore dans l'estomac (Radziejewski). Après la section du pneumogastrique, l'huile de croton ne purge plus (Wood).

Buckheim et Kohlcr font exception pour certains purgatifs, tels que le jalap, l'élatérium, qui n'agissent qu'après avoir été en contact avec la bile et les sécrétions intestinales ; ceux-ci agiraient peut-être par irritation directe.

Quoi qu'il en soit, nous avons donc plusieurs sortes de purgatifs, les uns qui agissent sur les sécrétions de l'intestin grêle par action réflexe, d'autres qui agissent tardivement et peut-êlrfl

(I) Vulpian, Société de biologie, 1S73.

directement, et aussi ceux qui provoquent la sécrétion biliaire.

Au début des accidents abdominaux symptomatiques des affections du cœur, les premiers qu'on doit employer sont les purgatifs salins.

A. La crème de tartre, bitartrate de potasse (KO,HO,G6H4010), est un purgatif peu actif et peu usité aujourd'hui.

B. La crème de tartre soluble ou tarlrate borico - potassique (KCXBoOMWO10) se donne à la dose de 30 à 60 grammes.

G. Le tarlrate de potasse et de soude, sel de Seignette ou de la Rochelle (KO,NaO,C6HiO,,,8 Az), se donne à la dose de 30 à 60 grammes.

D. Le sulfate de soude (sel de Glauber) (NaO,S02,lOHO) est le plus sûr des purgatifs salins, il se donne à la close de 15 à 30 grammes dans du bouillon d'herbes ou dans un verre d'eau sucrée. On peut se servir de même des eaux minérales composées de sulfate de soude.

Rubinat (Espagne) 96s,00 par litre.

Marienbad (Autriche) 4 ,91 —

Franzensbad (id.) 3 ,15 —

Carlsbad (id.) 2 ,37 —

Miers (France i . . 2,67 —

Saint-Gervais (id.) 2 ,03 —

Châtel-Guyon (id.) i . . . . 1 ,70 —

Brides (id.) i . . . . 1 ,03 —

Aulus (id.) 1 ,01 —

E. Le citrate de soude se donne à la dose de 15 à 30 grammes.

F. Le sulfovinate de soude se donne à la même dose. Le sulfovinate est peu employé parce qu'il est altérable.

G. Le phosphate de soude est un purgatif très doux, un peu moins actif que le sulfate de soude; dose, 20 à 60 grammes.

II. Le sulfate de potasse est peu employé, parce qu'il donne trop de coliques.

I. Le chlorure de sodium est inconstant comme purgatif et fatigue l'estomac.

J. La magnésie lourde de Henry (oxyde pyromagnésique) ; A grammes.

K. Le sous-carbonate de magnésie, magnésie blanche ou magnésie anglaise.

L. Le sulfate de magnésie (sel d'Epsoni ou de Sedlilz); dose, 40 à GO grammes. On en fait disparaître la saveur en le dissolvant dans l'eau gazeuse ou mieux en faisant bouillir quelques minutes la solution saline avec 10 grammes de café torréfié.

Le sulfate de magnésie entre dans la composition de presque toutes les eaux minérales purgatives, il y est joint au sulfate de soude.

L'eau minérale purgative française de Montmirail (Vaucluse) renferme : sulfate de magnésie, 9^,31 par litre; sulfate de soude, 5S,06.

Les autres eaux purgatives sont étrangères; en Angleterre, Epsom, source froide, contient par litre 30 grammes de sulfate de magnésie.

Voici la composition des principales eaux allemandes :

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