LE STÉTHOSCOPE ADHÉRENT
Avec cet instrument, la possibilité de faire passer le stéthoscope de main en main ou plutôt d'oreille en oreille est des plus faciles. Si l'on vient à y fixer, comme au stéthoscope flexible ordinaire, un tube double, l'auscultation biauriculaire donne aux bruits du cœur une intensité incroyable, inconnue jusque-là dans l'auscultation du cœur et des vaisseaux.
Le tube double permet également de faire écouter deux audi-
Fig. U. — Stéthoscope adhérent avec caisse de renforcement, disposé pour l'auscultation biauriculaire.
teurs ou même quatre, en mettant à chacun des tubes un ajutage bifurqué. On peut môme faire faire par deux personnes l'audition biauriculaire, ou bien encore l'auscultation biauriculaire par une personne pendant que deux autres font en même temps l'auscultation monoauriculaire.
Mais l'auscultation différentielle, qui était à peine exécutable avec les appareils ordinaires, devient au contraire des plus simples avec les stéthoscopes adhérents. Supposons, par exemple, un malade atLeint de rétrécissement de l'orifice de l'aorte, avec
fi0 EXAMEN CLINIQUE DU COEUR NORMAL.
insuffisance de valvules. Il se produit deux bruits pathologiques : le premier, systolique, ascendant et rude, a son maximum dans le deuxième espace intercostal droit, près du sternum; le second, postsystolique, descendant et doux, a son maximum dans le quatrième espace intercostal droit, près du sternum, parce que l'affection n'est pas très ancienne. Je place un pavillon adhérent au niveau du siège maximum du premier bruit dans le deuxième espace intercostal, et un second pavillon adhérant au niveau du maximum du deuxième bruit dans le quatrième espace, et je réunis les deux tubes par un ajutage bifurqué à un tube unique. Ces deux bruits viennent, l'un après l'autre, se faire entendre dans le môme tube et dans une seule oreille.
J'ai rendu témoins de ce fait plusieurs de mes collègues de l'Académie, dans la séance où j'ai présenté ces instruments (3 mai 1881).
Enfin, à ce tube récepteur de deux foyers, on peut adapter des divisions dichotomiques et réaliser les différentes combinaisons auscultatives représentées dans la planche ci-contre.
Je ne doute pas que ces nouveaux instruments, qui m'ont déjà permis de localiser plus exactement certains bruits pathologiques, par exemple le bruit du souffle anémique dans l'artère pulmonaire, ne permettent de jeter des lumières nouvelles sur les résultats de l'auscultation du cœur et surtout sur leur diffusion par l'enseignement.
Bruits du cœur normaux. — Quand on pratique l'auscultation du cœur d'un homme sain, on entend deux bruits successifs : le premier est sourd, assez grave, profond ; le second est plus clair, plus aigu, plus bref, plus superficiel; il ressemble au claquement que forme une membrane qui se tend. Le point où le premier bruit s'entend le mieux, et cette localisation se fait surtout avec le stéthoscope, se trouve à la pointe du cœur. Le point où s'entend le mieux le second bruit se trouve dans le second espace intercostal, près du sternum, et surtout à gauche du sternum. Cela tient à ce que l'artère pulmonaire est plus superficielle que l'aorte et se trouve plus rapprochée du bord gauche du sternum que du bord droit. L'intervalle qui sépare le premier bruit du second se nomme petit silence; celui qui sépare le se-
GALANTEfLFILS APABIS
Fig. i2.
cond bruit du premier, en suivant le rythme, se nomme yrand silence. Nous verrons plus tard quelle est la durée de chacun de ces bruits et de ces silences.
Le premier bruit paraît être la somme des bruits produits par les phénomènes suivants :
Contraction du muscle cardiaque [Laennec (.1), Ludwig et Dogiel (1868), Wintrich (1873)] ;
Choc du cœur contre la paroi (Magendie, Skoda (1839), Comité de Londres, Chauveau, Faivre, Marey) ;
Vibration du sang (Gendrin) ;
Frottement du sang contre les parois et les orifices (Comité de Dublin, Pigeaux) ;
Tension des valvules auriculaires [Hope, Rouanet (183-2), "Williams (1835), Skoda, ComiLé de Philadelphie, Chauveau, Faivre, Marey, Wintrich (1873)];
Abaissement des valvules sigmoïdes (Bouillaud).
Le deuxième bruit parait dû au redressement brusque des valvules sigmoïdes. Cette théorie est adoptée par tout le monde (Hope, Rouanet d'abord (1832), les autres ensuite).
(1) Laennec, Auscultation médiate, 1819.