V. — Amnésies verbales
Un sujet entend et comprend, lit et comprend ce qu’il lit; écrit couramment. Mais voici que lorsqu’il veut exprimer sa pensée certains mots lui échappent complètement, il sait très bien quel est l’objet concret qu’il veut nommer, quelle est l’idée générale qu’il veut émettre, le mot manque, il l'ci oublié. Son interlocuteur comprend, il lui souffle le mot; celui-ci est émis sans difficulté et chaque fois qu’il revient dans le courant de la conversation il n’est plus du tout oublié. S’agit-il là d’une forme d’aphasie? Aphasie amnésique (Pitres) ou aphasie sus-corticale (Grasset). Quel est celui d’entre nous alors, qui n’a jamais été aphasique, au moins pour les langues étrangères?
(t) V. Séglas, Troubles du langage chez les aliénés ; Bibl. Cliarcot-Debove,
AMNÉSIES VERBALES
Le même sujet voit un mot écrit, il l’épelle, le lit correctement ; ou bien il l’entend, en a la représentation exacte, peut le répéter, l’écrire, le reconnaît même pour un mot appartenant à telle ou telle langue, sait souvent à quelle catégorie (substantif, verbe...) il appartient... Mais il ne sait quelle en est la signification. En un mot la représentation du mot est intacte, elle n’éveille pas la notion de l’idée correspondante. S’agit-il encore d’aphasie ? d’aphasie suscorticale ideo-sensorielle (Grasset) ? alors nous sommes tous plus ou moins aphasiques; à ceux qui en douteraient je conseille de relire Homère ou Sophocle.
II s’agit là d’un défaut de mémoire, et quoique les aphasies ne soient autre chose que des amnésies partielles, nous croyons qu’il y a confusion regrettable à confondre ces deux ordres de troubles.
Le mot est le substitut de l’image ou de l’idée. Le mot n'est pas seulement indispensable pour le langage ; il est nécessaire à tout raisonnement un peu complexe. Sans doute nous pouvons cérébrer sur des images, ou des idées pures, sans leur substitut, le mot. Mais ce raisonnement est toujours rudimentaire (I).
Le raisonnement opérant sur de simples images (idiots, animaux) est au raisonnement opérant sur les mots, ce que 1 arithmétique est à l’algèbre. Dans l’algèbre nous devons toujours saisir ce qu il y a sous le signe ; dans le raisonnement nous devons toujours savoir ce qu’il y a sous le mot. Si nous obéissions toujours a cetLe règle l’accord dans les discussions serait aussi facilement obtenu que sur un problème d algèbre. Dans tout raisonnement il y a un passage incessant de l’image concrète, de l’idée générale ou abstraite au substitut le mot et inversement : une représentation en eveille une autre. Ce passage peut être interrompu ; la représentation de l’i mage n’éveille plus celle de son substitut
(1) Voy.à ce sujet Ribot, Êoolulion des idées générales.
FONCTIONS DE RELATION
(amnésie du mol) ou inversement la représentation du mot n’éveille plus celle de l’idée ou de l’image (amnésie de l’idée).