TRAITEMENT DES TROUBLES DU LANGAGE
La plupart des aphasies sont justiciables d’un traitement symptomatique, la rééducation (1).
Lorsque l’enfant fait son apprenlissage du langage, il s’établit des connexions particulières dans une zone spéciale de la corlicalité de son cerveau, la zone du langage. Mais cette zone peut être entièrement détruite (encéphalopathies de l’enfance) et cependant l’enfant apprendra à parler correctement. C’est donc que les connexions nerveuses nécessaires au langage ont pu s’établir ailleurs.
De même chez l’adulte, si la zone du langage est lésée, la rééducation peut établir ailleurs des connexions nouvelles ; la suppléance se fait d'autant plus facilement, que la lésion étant plus limitée les parties restantes peuvent servir à la rééducation de parties nouvelles.
Rééducation des aphasiques
2° Les aphasiques moteurs.
Les résultats sont variables suivant le type d’aphasie.
A. Les aphasiques moteurs purs, sans troubles de l’écri-
(1 ) Voir à ce sujet : Gutzmann, Arch. f.psych., vol. XXVIII, fase. 2, 1896 ; — üanjou, Essai de traitement pédagogique de l’aphasie motrice, Rev. internai, de l'enseignem. des sourds-muets, avril-mai 1 «OC; — l’aphasie étiez l’enfant, traitement pédagogique, Rev.inlern. de l’enseignem. des sourds-muets, oct. 1896: — Férê, traitement pédagogique deJ’aphasio motrice, Diol , 1895, p. 735 ; — le traitement pédagogique delà surdité et en partic.de la surdité mentale, lien, internat, de l’enseignem. des sourds-muets, avril-mai, 1896 ; — Rééducation des aphasiques, Rev. gêner, de clin, et de thèrap., 12 décembre 1896 ; — Thomas et Roux, Biol., 1893, p. "33 , Thomas et Roux, Biol., 1897.
RÉÉDUCATION DES APHASIQUES
ture, ni de la lecture, ni de l’audition ; par lésion souscorlieale, se rééduquent très facilement.
En effet la notion du mot est intacte, d’autre part la coordination des mouvements volontaires des organes de la parole se fait bien. 11 suffit de rétablir la connexion entre ces deux éléments.
Le malade dans ce cas n’a pas besoin d’éducateur ; par l’audition verbale qui est intacte il se rend compte de chaque défectuosité de sa parole ; s’il s’attache à les corriger, il y arrive très facilement
C’est pour cela qu’on voit habituellement cette forme d’aphasie disparaître très rapidement : le malade a fait instinctivement sa propre rééducation.
IL — Les aphasiques moteurs avec agraphie, troubles de la lecture et de l’audition verbale.
La rééducation est ici plus difficile, il manque au malade deux éléments : la décomposition du mot en syllabes, l’épellation ; la coordination des mouvements nécessaires à la parole.
a) C est à I épellation qu’il faut d’abord s’adresser; nous savons que c est au défaut d épellation que sont dus les troubles de la lecture et de l’écriture (V. p. 176 et 177).
Le malade doit se servir de ce qui lui reste de son centre du langage dans sa zone postérieure : il apprendra à parler en lisant. On lui fera épeler un livre comme à l’enfant qui apprend à lire.
b) En même temps se fera la coordination des mouvements de la parole. Un mot, une fois lu et compris, sera décomposé en syllabes, chaque syllabe sera répétée jusqu’à ce que son émission soit correcte. Puis deux, puis trois syllabes seront réunies et émises ensemble.
I oui la coordination des mouvements de la parole, les sensations parties de la langue, des lèvres... sont de la plus grande utilité. Pour 1 émission de chaque syllabe, l’éducateur doit montrer au malade quelle position donner à la
FONCTIONS DE RELATION'
langue, aux levies, elc... Le malade s exercera à reproduiie ces différentes positions, et pour cela s’aidera au besoin d’une glace (1).
Dans cette rééducation il faut de la patience, ne pas vouloir aller trop vile; ne prononcer un mot entier que lorsque chacune des syllabes a été prononcée correctement. La rééducation se fait d’autant plus facilement que le malade a moins de troubles de la lecture et de l’écriture, c'est-à-diie ou il était plus cultivé (V. p. 176). La portion saine du centre du langage fait l’éducation des portions nouvelles : le centie auditif verbal sert de correcteur.
C. Les aphasiques moteurs par aphasie sensorielle. — V. plus loin.
2° Les aphasies de réception.
A. La cécité verbale pure. — La rééducation parait devoir être ici assez difficile. Le sujet doit réapprendre complètement à lire. II lui faudra retrouver la signification de chacune des lettres, de chacun des signes. 11 pourra appeler à son aide la mémoire motrice de la main ; en suivant avec la plume le contour des lettres, il pourra éveiller leur notion dans la zone du langage (J. -B. Charcot).
B. La surdité verbale pure. — Les mêmes considérations peuvent s’appliquer à la surdité verbale pure. Le malade devra réapprendre la valeur de chaque son. Il s’aidera également de la mémoire motrice en répétant les mots entendus.
C. Aphasies sensorielles par lésion de la partie postérieure du centre du langage, avec troubles de la parole et de l’écriture.
On s’adressera tout d’abord au trouble de la parole articulée : celle-ci est défectueuse (jargonaphasie) parce qu’elle
(J) C'est là la méthode employée pour l'éducation des sourdsm uels.
TROUBLES PSYCHIQUES 187
n’est plus surveillée, dirigée, corrigée par la partie sensorielle du centre du langage.
C’est alors surtout que la méthode d’éducation des sourdsmuets (reproduction d’altitudes données des lèvres, de la langue...) rendra de grands services. Avant de faire prononcer une syllabe, un mot, l’éducateur fera voir et fera reproduire l’altitude voulue. Le malade s’exercera ensuite devant une glace. Les sensations internes parties de la langue, des lèvres, du larynx, de la cage thoracique viendront ainsi exercer la surveillance qui était auparavant dévolue à la partie sensorielle du centre du langage.
Lorsque la jargonaphasie aura disparu, on s’adressera au trouble de la lecture et de l’audition. Ces derniers disparaîtront très facilement, car il est probable que même à l’état normal, l’audition verbale met enjeu les deux hémisphères; l’hémisphère droit étant sain supplée très facile-, ment. Il n’en est plus de même des troubles de la lecture, c’est toute une éducation nouvelle à faire, et il faudra y procéder comme chez l'enfant.
3° TROUBLES PSYCHIQUES
11 ne peut être question ici de faire un exposé complet du diagnostic des maladies mentales. Nous indiquerons la façon de découvvir les troubles psychiques, mais non de les interpréter. En présence d’un malade, notre seul but sera de répondre à cette question : y a-t-il des troubles psychiques ?
En présence d’un aliéné, il faut :
1° Avoir pris auprès de l’entourage des renseignemenls minutieux : a) sur tous les membres de sa famille; b) sur ses antécédents personnels; c) sur le début et l’évolution de l’affection actuelle.
dn L aborder franchement, se présenter comme médecin, et s il manifeste de la défiance ou de l’irritation, prendre
FONCTIONS DE RELATION
Pour prétexte les soins donnés à l’un des siens, femme, enfants, etc. Eviter toute feinte, tout subterfuge.
3° Regarder, observer, laisser parler.
4" Interroger.
5° Faire un examen somatique rigoureux et complet.