‹ Diagnostic et traitement des maladies nerveusesChapitre 85 sur 322 · C. — Pseudo-réminiscences · texte numérisé non relu

C. — Pseudo-réminiscences

1° Dans certains cas, les souvenirs apparaissent dans la conscience, mais sont mal localisés dans le temps. Une malade atteinte de psychose polynévrilique présentait une amnésie partielle rétro-an térograde portant sur huit années de sa vie. Si on lui demandait ce qu’elle avait fait la veille, elle racontait comme tout récents les événements qui s’étaient passés huit années auparavant (1).

2° Dans certains cas, les souvenirs évoqués sont mal lora-

(I) V. Dévie et Roux, Province médicale, 1896, p. 97.

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lises dans l’espace; il y a erreur dans l’atlribulion des souvenirs : la même malade que précédemment nous raconta un jour qu’elle allait se marier, qu’elle avait vu son fiancé, nous donna son nom, la rue où il habitait, etc... Renseignements pris, c’était à sa voisine que s’attribuaient ces souvenirs.

D. — Hypermnésie

Des souvenirs oubliés peuvent réapparaître; des souvenirs anciens se présenter avec une vivacité accoutumée... toute notre vie ancienne paraît défiler devant nous en quelques heures...

Cette hypermnésie a beaucoup moins d'importance diagnostique que l’amnésie.

E. — Sensation du déjà vu

Phénomène très curieux consistant en ceci : en présence d’un paysage vu pour la première fois, d’une personne inconnue, d’un objet quelconque, nous avons la conviction intime, absolue, que ce n’est pas la première fois que nous avons cette sensation.

2° Les sensations actuelles.

Recherche des illusions et des hallucinations.

Nous avons vu plus haut comment les sensations pouvaient pécher par déficit, lorsqu’une excitation donnée ne provoque plus la sensation correspondante.

Nous allons voir comment une sensation peut apparaître en dehors de son excitant causal habituel.

Entre les illusions et les hallucinations il n’y a qu’une question de degré. Un sujet timoré, en présence d’un arbre qui oscille dans la nuit, croit voir un fantôme : c’est une

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illusion. [Jn aliéné persécuté entendant près de lui un bruit quelconque sans signification, y perçoit des paroles malveillantes, c’est encore une illusion. Le môme aliéné, quelque temps plus tard, croit entendre les mêmes paroles malveillantes dans le silence le plus profond : c’est une hallucination.

Tantôt l’hallucination est reconnue comme telle par le malade, qui sait qu à la sensation subjective dont sa conscience est témoin, ne répond rien d’objectif. Le diagnostic est alors facile, le malade signale lui-même la présence d hallucinations, qu’il suffit de préciser par l'interrogatoire.

Le plus souvent 1 hallucination n’est pas reconnue comme telle; le sujet est absolument persuadé de l’objectivité de la sensation qu’il éprouve. Le diagnostic est alors beaucoup plus difficile. Il se basera sur :

a) L attitude du malade. — Paraît-il écouter et converser avec un sujet absent? Son regard se porte-t-il vers un interlocuteur imaginaire? Semble-t-il terrifié par une scène effrayante? Des attitudes et des mouvements lascifs mettront sur la voie d’hallucinations génitales. Une salivation abondante, l’expuition répétée, l’expression de dégoût feront soupçonner des hallucinations de l’ouïe ou de l’odorat. Certains mouvements de défense, l’action de se gratter, mettront en éveil du côté de la sensibilité tactile.

b) L’examen du malade devra porter sur toute la sensibilité, mais spécialement sur le mode qui paraît enjeu dans l’hallucination présente ou ancienne.

Si l’hallucination auditive est unilatérale, le sujet lient la tête penchée et tournée de côté. Chez des sujets ayant des hallucinations de l’ouïe depuis très longtemps, on peut (Féré) voir au-devant du tragus des rides verticales qui seraient dues à la contraction répétée du muscle auriculaire antérieur profond.

Dans les hallucinations de la vue, on peut voir des alternatives de dilatation et constriction pupillaire.

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Dans les hallucinations psycho-motrices on peut, en examinant de près, voir quelquefois les lèvres et la langue remuer à l’insu du malade.

c) L'interrogatoire du malade, lorsqu’il est possible, nous permet de connaître quelles sont ses sensations actuelles, et il nous est facile de savoir si elles ont un objet auquel elles répondent exactement (sensation normale); si elles ont un objet auquel elles ne répondent pas exactement (illusion); enfin si elles n’ont pas d’objet (hallucinations).

Mais il faut savoir que certains sujets dissimulent soigneusement leurs hallucinations. Lorsqu’un malade atteint du délire des persécutions entre dans un asile, il ne larde pas à s’apercevoir que, si on le retient, si on refuse de signer sa sortie, c’est parce que le médecin considère comme pathologiques les sensations dont il lui a fait part (paroles en tendues, menaces, injures, sensation d’électrisation, etc.). Comme en dehors de son idée délirante le malade raisonne parfaitement bien, il comprend qu’il lui faut dissimuler tout cela, s’il veut obtenir son exeat. Il veut tromper son médecin, et y arrivera souvent, si celui-ci n’est sur ses gardes.

La recherche des hallucinations doit être méthodique et suivra l’ordre suivant :

1° Hallucinations sensorielles. — a) Vue; b) ouie; c) odorat; d) goût; e) tact.

2° Hallucinations de la sensibilité générale. — Interroger le malade : a) sur les contacts qu’il éprouve ; b) sur les sensations qu’il éprouve dans son corps, dans ses membres, dans ses viscères (1), c ) sur les sensations génitales (incubât, succubat).

3° Hallucinations verbales. — Sont de trois ordres :

(1) Certains malades disent n’avoir plus do corps ; ou bien leur corps a été changé, est en verre, on plomb, etc... ou bien, ils n ont plus d'estomac, plus de bouche... d'autres sont morts... sont immortels, etc...

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a) Hallucinations visuelles : mot écrit vu.

b) Hallucinations auditives : mot prononcé entendu.

c) Hallucinations psycho-motrices verbales : ces dernières

demandent quelques explications. Certains malades disent entendre une voix intérieure; ils insistent sur ce fait que ce n’est pas par l’oreille qu’ils entendent cette voix : elle leur parle dans leur estomac, dans leur gorge, dans leur tète

Séglas a montré que ces hallucinations ont leur siège dans la circonvolution de Broca : c’est une hallucination psycho-motrice ; c’est le souvenir des mouvements nécessaires à l’articulation d’un mot, qui éveille ce mot : ce souvenir devient une hallucination au même titre que le souvenir du même mot écrit.

3° Synthèse des souvenirs, des sensations anciennes et des sensations actuelles : les processus d’idéation.

Cette synthèse, l’idéation, peut être troublée : a) soit par un trouble de l’un de ses éléments (amnésie, délire amnésique— hallucination crue vraie et inlerprétée), b) soit par un trouble propre.

Objectivement, cliniquement on peut avoir :

1° Une exagération du processus de l’idéation, hyperidéation ; 2° une diminution l’hypo-idéation ; 3° une idéation anormale.

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