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III. — Idéation anormale

A. — Idée fausse. Délire

Le délire aboutit à l’idée fausse, mais il est bien évident que l’idée fausse ne suffit pas à caractériser le délire. L’idée est délirante lorsque non seulement elle est fausse et même

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manifestement fausse; mais lorsqu’elle s’est formée on dehors des processus normaux et résiste aux raisonnements les mieux conduits et à la preuve de sa fausseté.

Mécanisme. — a) Idée délirante par point de départ anormal. Nous avons vu que dans l’illusion ou l’hallucination tantôt le sujet les reconnaît comme telles, saitqu’elles n’ont pas d objectivité, tantôt au contraire il croit fermement, invinciblement à leur objectivité. Dans ce dernier cas, les illusions et hallucinations sont le point de départ d'un raisonnement qui même bien conduit aboutit à l’idée fausse, délirante.

b) Idée délirante, par troubles du raisonnement et jugement.

Dans ce cas il peut n’y avoir ni illusions, ni hallucinations ; ce sont les sensations normales qui servent de point de départ au raisonnement, mais celui-ci est faussé.

Séméiologie. — 1° Le délire est diffus lorsque le trouble porte sur tous les phénomènes intellectuels. Le type du délire diffus est le délire fébrile et aussi celui de la confusion mentale.

2° Les idées délirantes systématisées.

Le trouble ne porte alors que sur certaines catégories d’idées. Tant que le malade parle de sujets étrangers à son délire, il raisonne très bien, paraît absolument sensé. Aussi ces malades sont-ils souvent très difficiles à examiner : il s’agit de dépister l’idée délirante; quelquefois le malade, dont c’est le sujet préféré, s’étend complaisamment sur cette idée. Mais d’autres fois il se défie, sait qu'on veut l’amener sur ce sujet et résiste.

Les idées délirantes sont extrêmement nombreuses, et nous ne pouvons ici qu’énumérer les principales.

1° Les idées de grandeur sont habituellement faciles a déceler, il suffit d’interroger le malade sur sa personne, sa fortune, sa condition sociale, ses projets.

2" Les idées de persécution sont plus souvent dissimu-

TROUBLES PSYCHIQUES

lées : il ne faudra pas contrecarrer le malade, l’aborder de biais, lui demander s’il est vrai qu’on lui en veut, qu’on

cherche à lui faire du mal par quels moyens on le

fait, etc

3° Idées de culpabilité. — Le malade, au lieu d’accuser ses voisins d’être la cause de ses maux, se condamne luimême: il a fait une mauvaise première communion... il a commis des vols, des crimes... c’est pourquoi il sera damné. . . il est indigne d’être enterré enterre sainte... les gendarmes sont venus... on va le gui llo tiner, etc.. .

4° Idées de négation. — Le malade dit n’avoir plus de

nez, plus de cœur, plus d’estomac il n’a plus de corps,

il est mort et par une déduction logiquement bizarre,

puisqu il est mort, il ne peut mourir, il est immortel

o° Délire d'énormité. — Il est immense, sa parole ébranle les murs, et c'est pour cela qu'il parle bas... ses urines inonderaient le monde, et il n’ose pisser... Il est colossalement endetté, doit cinq milliards, etc...

B. — Idée fixe

La condition normale du raisonnement, de la comparaison, du jugement est la polyidéation, en vertu de laquelle les idées défilent successivement dans la conscience.

Dans l’idée fixe, la même idée envahit la conscience et y demeuie, en chassant toutes les autres : c’est la convulsion de l'idée.

Tantôt il s’agit d’un phénomène purement intellectuel sans valeur émotive; plus souvent il s’y joint un état émotif, angoissant, très pénible, c’est ['idée fixe obsédante.

4" Troubles de l’émotivité.

La faculté de ressentir des émotions normales peut être augmentée, diminuée, troublée.

FONCTIONS DE DELATION

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A Hyper-émotivité. — Elle est très fréquente, mais il est très difficile, parmi les gens qui rient ou pleurent sans raison, de reconnaître s’il s’agit d'un trouble de l’émotivité elle-même, ou d’un trouble de son expression.

B. Ilypo-émotivité. — La même remarque s’applique à l’hypo-émotivité. Cesgensqui paraissent in différents à tout, qui apprennent sans troubles les plus grands malheurs, n’éprouvent-ils réellement aucune émotion, ou bien ne la laissent-ils pas paraître?

C. Emotions morbides. — Toutes les émotions sont susceptibles de devenir morbides soit par leur intensité, soit par les conditions anormales dans lesquelles elles apparaissent.

1° Les émotions sthéniques, la joie, la colère se voient dans la manie, le délire des grandeurs, le début des intoxications.

2° Les émotions hyposlhéniques, la tristesse, se rencontrent dans la neurasthénie, la mélancolie, la dernière période des intoxications.

3° L’émotion sexuelle et l’émotion religieuse, l’érotisme et le mysticisme vont très souvent de pair. Il faut en rechercher la cause dans les antécédents héréditaires et personnels, dans l’éducation.

4° Deux troubles de l’émotivité sont surtout importants à étudier, ce sont les obsessions et les phobies.

Toutes deux consistent essentiellement en un sentiment profond d’angoisse extrême, de souffrance morale indéfinissable. Ce sentiment d’angoisse est-il provoqué par une hallucination ? c’est l’hallucination obsédante. Accompagne-til une idée fixe, qui s’installe dans la conscience? c’est l’idée fixe obsédante. Est-elle le résultat d’une question que se pose le malade, et à laquelle il ne peut trouver une réponse? c’est le délire du doute. En même temps qu’il éprouve cette angoisse, le malade est-il invinciblement poussé a prononcer un mot, le plus souvent ordurier ; à accomplir un

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acle criminel on non, elc... ? c’est l'impulsion obsédante. Le substratum de celle émotion morbide, de cetle angoisse est donc très variable. Celle émotion ne disparaît que lorsqu’à disparu l'hallucination ou l’idée fixe ; lorsqu'une réponse à la question a été trouvée ; lorsque la parole a été prononcée, l’acte accompli.

Les 'phobies s’accompagnent d’un sentiment d’angoisse très analogue, et de plus de tous les signes objectifs de la peur : immobilisation, faiblesse des jambes, effrondrement, tremblement, pâleur, petitesse du pouls, sueurs froides, etc. Les phobies sont provoquées par une sensation actuelle, toujours la même pour le même sujet, excessivement variable chez différents sujets. On a créé un grand nombre de mots pour désigner des variétés de phobies, suivant leur excitant causal (agoraphobie, aichmophobie, sidérodromophobie, zoophobie, etc...). Cela est parfaitement inutile, car il n’est pas un objet dont l’action sur les sens ne soit susceptible de déterminer l’apparition d’une phobie. On pourrait créer autant de variétés de phobies qu’il y a de noms dans le dictionnaire.

5° Troubles de l’activité volontaire. — Aboulies. — Impulsions.

L activité volontaire peut être troublée en totalité ou en partie.

A. En totalité: a) Dans l’excitation maniaque, au début de la paralysie générale, dans certaines intoxications commençantes, il y a une exaltation générale de l’activité volontaire.

b) Dans la dépression mélancolique, la neurasthénie, les intoxications, les infections, l’activité volontaire est au contraire profondément déprimée.

H. En partie : a ) Les aboulies : certains sujets sont incapa-

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blés d’exécuter un acte quelconque, parce qu’ils ne peuvent pas vouloir cet acte. Quelques-uns ne peuvent pas vouloir écrire, et il faut bien se garder de les confondre avec des «graphiques, ou avec les malades atteints de crampe des écrivains. D’autres ne peuvent pas vouloir se lever et marcher ; et il ne faut pas les croire ni paralytiques, ni ataxiques. Les aboulies peuvent d’ailleurs se systématiser sur tous les actes de la vie : il n’en est pas un que le malade ne puisse être incapable d’exécuter par aboulie.

b) Les impulsions : c’est le contraire de l’aboulie; malgré lui, malgré la résistance qu’il essaie d’opposer, le malade est forcé d’exécuter certains actes, qu’il voudrait ne pas exécuter. Tantôt cet acte est exécuté sans que le malade en ait conscience, sans qu’il s’en souvienne aussitôt après. Tantôt le malade a parfaitement conscience, mais il ne peut résister; s’il essaye de résister, il éprouve ce sentiment d’angoisse que nous avons vu caractériser l’obsession, à un tel degré qu’il est bientôt obligé de céder. Dès qu’il a cédé l’angoisse disparaît, remplacée par une sensation de bien-être.

6° Les sentiments moraux et affectifs.

Absence.

Développement exagéré. - Perversions.

Ce sont surtout les antécédents du malade, les actes qu il a commis, la façon dont il se comporte avec ses amis, qui mettront sur la voie. Dans l’interrogatoire il faut tenir çompte d’une dissimulation bien naturelle.

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