‹ Diagnostic et traitement du cancer de l'estomacChapitre 20 sur 47 · SYMPTOMES TIRÉS DE L'EXAMEN DES DÉCHETS DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

SYMPTOMES TIRÉS DE L'EXAMEN DES DÉCHETS DE LA NUTRITION

Ici, nous abandonnons le domaine de la clinique, pour entrer dans celui de la « chimie. » En prononçant ce mot, nous ne nous dissimulons pas les orages qui, par certains côtés, s'amassent sur notre tête. La clinique ne vous suffitelle pas? Faut-il encore que vous vous adressiez à cette science « accessoire! » — Ce mot lâché nous fait rougir de honte.

À notre humble avis, si l'on doit blàmer les chimistes qui deviennent des médecins de hasard, — car personne n'est content de son sort, — il faut aussi désapprouver les médecins qui s'accrochent triomphalement aux « immortels principes, » à ce qu'on est convenu d'appeler « l'arsenal de la clinique, » et repoussent systématiquement tous les secours que peut leur apporter la chimie, semblables à ceux dont parle Lasègue, qui, « drapés dans leur ignorance systématique, se vantent de rester étrangers à un progrès qu'ils réprouvent, et se contentent d'entretenir, dans un loisir facile, le feu sacré de la tradition. » Il serait fàcheux que le chimiste se substituàt au médecin, mais leur union ne peut donner que d'excellents résultats.

Cette question de principe réglée, entrons directement dans le sujet.

Il y a peu d'années, des savants, constatant que la déter-

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mination de la nature cancéreuse d'un produit morbide était impossible dans l'état actuel de la science, mais qu'elle présentait cependant une grande importance dans la pratique, se sont adressés à la chimie biologique, afin d'étudier les phénomènes intimes de la vie, fidèles en cela aux principes énoncés par Lavoisier, disant que la vie est une « fonction chimique. »

Cest dans cet ordre d'idées que le professeur Rommelaëre, de Bruxelles, a fait des recherches d’un haut et puissant intérêt.

Voici quelles sont ses conclusions, publiées dans un livre paru en 1883 (1) : « La malignité d’un produit morbide dépend de la déviation nutritive de l’ensemble de l'organisme ; l'un des signes de cette déviation se traduit par l'hypo-azoturie. »

Cette proposition, que Rommelaëre érige en loi de physiologie pathologique, n’est rien moins que l'origine et la genèse du cancer. La découverte de la pathogénie de cette grave affection serait donc chose faite, et mise à la portée de tout le monde, puisqu'il suffirait de doser l’urée d’un malade pour savoir s’il est, ou non, atteint de cancer. Cette théorie, toute pleine d'applications pratiques d'une simplicité séduisante, est encore fort peu connue en France. Elle à été exposée à la Société médicale des Hôpitaux, le 25 juillet 1882, par notre maître, M. Dujardin-Beaumetz.

Nous allons en donner un court résumé, regrettant de ne pouvoir citer plus longuement l’auteur.

L'anatomie pathologique, dit-il, est impuissante à définir le cancer, car elle tient compte exclusivement de la cellule, et néglige le terrain où cette cellule puise les éléments de sa nutrition et de ses transformations. Eh bien! c'est dans ce terrain, terrain d'évolution des tumeurs, qu'il faut chercher

(1) Du diagnostic du cancer, par le professeur Rommelaëre, Bruxelles, Manceaux, 1883,

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l'explication de la bénignilé ou de la malignité des tumeurs. Quel que soil le tissu de néoplasme, une tumeur est maligne quand la nutrifion de l'organisme est viciée. Si la vitalité de celui-ci est en défaut, la cellule à laquelle il a donné naissance, participera de ces mêmes caractères. C'est cet état particulier que l’on désigne sous le nom de diathèse, expression qui na pas de sens au point de vue anatomo-pathologique, mais qui en à un réel en clinique.

Cette diathèse répond à une lésion nettement définie, localisée dans la lymphe.

Comment se produit cette lésion? — La lymphe apporte aux lymphatiques d'abord, puis au système veineux, les déchets de la nutrition cellulaire. Si la nutrition cellulaire est altérée,. le sang puise une partie de ses éléments à une source viciée; sa composition sera donc modifiée. L'organisme souffre alors par apport de matériaux altérés. Il y a rétention de matières qui ne font pas partie des principes immédiats du corps physiologique. Ces éléments agissent autrement que les principes immédiats. Ils donnent naissance à des produits nouveaux. Ce travail absorbe l’activité de l’économie. Les cellules qui entrent dans la constitution des produits morbides perdent de plus en plus de leur activité morbide; elles donnent naissance à des produits de plus en plus imparfaits, qui entretiennent en l'aggravant la déviation nutritive. Quand l'organisme en est là, il se trouve dans un cercle vicieux qui n’est rompu que par la mort.

Voilà, trop brièvement sans doute, l'intéressante théorie de Rommelaëre.

La conséquence pratique est qu'il faut étudier les produits de la nutrition intime, c’est-à-dire la lymphe, mais cette analyse n'étant pas précisément facile, il faut s'adresser aux sécrétions excrémentitielles.

« Toutes les fois qu'on doutera de la nature cancéreuse d'une localisation morbide, il y aura lieu d'analyser l'urine

rendue par le sujet en 24 heures, en ayant soin de faire porter l'analyse sur plusieurs jours consécutifs. Si la quantité durée que renferme cette urine est notablement et constamment supérieure à 12 grammes, on peut presque certainement exclure le cancer comme cause du mal. »

Il a soin d'ajouter que cette hypo-azoturie n'est pas un signe pathognomonique d’une valeur absolue. « Elle se rencontre en effet dans les cas de tuberculose pulmonaire et de néphrite parenchymateuse ; parfois aussi dans des cas d'inappétence ou d'abstention alimentaire prolongée. »

Au point de vue chirurgical, l'intervention sera légitimée, quelque soit le siège de la tumeur, quand l’état de la nutrition organique se rélèvera avec des caractères d’intégrité, qui permettront d'espérer un travail réparateur.

Il résulte de tout cela que l'urométrie urinaire pourrait rendre des services considérables dans le diagnostic des affections cancéreuses en général, et en particulier dans le cas qui nous occupe, le cancer de l'estomac.

C'est ce que le professeur Rommelaëre a cherché à prouver dans son travail qui renferme un total de 50 observations, divisées en deux catégories de cas :

1° Les cancers dont le diagnostic avait pu être établi sans le secours de la mensuration organique ;

2 Les cas dans lesquels les symptômes cliniques étant de nature à faire admettre la malignité cancéreuse, l’analyse de l'urine à permis de modifier le pronostic.

Nous ne cilerons que ce qui a trait au diagnostic différentiel du cancer de l'estomac, et nous donnerons seulement le tableau général, renvoyant pour le détail des observations à l'intéressante brochure de Rommelaëre.

Le procédé d'analyse a été celui du professeur Depaire, de Bruxelles.

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