‹ Diagnostic et traitement du cancer de l'estomacChapitre 23 sur 47 · PREMIÈRE SÉRIE DE CAS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉRIE DE CAS

OBSERVATION XXXIII (personnelle).

Kyste hydatique du foie, ayant offert les symptômes du cancer de lPestomac; Autopsie.

Louise Graindorge, 60 ans ; entrée le 26 mai 1884, à l'hôpital Cochin, salle Briquet, n° 2, service de M. Dujardin-Beaumetz. Pas d'antécedents héréditaires personnels ; a eu quatre enfants bien portants ; pleurésie en 1878. — Sa santé toujours bonne et appétit excellent.

Le 11 avril 1584, elle est prise subitement d’une grande fatigue qui s'accompagne de vomissements noirs ; le même jour, elle rend par les selles des matières noires. Elle se met au lit avec de la fièvre, des douleurs dans l'eslomac se propageant vers l'épaule droite, des vomisssments noirs survenant de temps à autre ; elle ne peut plus garder aucun aliment, et rend tout ce qu’elle prend.— Au bout de huit jours, l’états’améliore un peu, mais l'appétit ne revient pas; les vomissements persistent, quoiq'’e rares, et elle a toujours du mœælena. C’est dans cet état qu'elle entre à l'hôpital.

La malade est faible, mais la figure est assez bonne. Les symptômes généraux sont ceux que nous venons de décrire. — A l'examen local, la région épigastrique est douloureuse au toucher et submate :; les parois stomacales semblent épaissies ; pas de tumeur, l'estomac ne parait pas dilaté.

La région du foie est douloureuse au toucher, le foie dépasse de 3 centimètres environ le rebord des fausses côtes, pas de tumeur à la palpation.

Rien dans l'abdomen; il n’y a pas d’ascite, ni d'œdème. Poumons et cœur sont sains.

On porte le diagnostic da carcinôme en nappe de l'estomac avec propagation à l’épiploon gastro-hépatique. La malade est mise au régime lacté et à la poudre de viande.

Au bout de quelques jours de ce traitement, les douleurs et les vomissements cessent, mais l’anorexie persiste ainsi que la fièvre vespérale.

Dans le courant de juin, la malade est prise de diarrhée ; elle

11,20 0 maigrit de plus en plus, sans revêtir la teinte terreuse ordinaire ; le 19, elle est prise de délire, son état s'aggrave de plus en plus, et elle meurt le 23 juin.

Examen des urines : colorées, acides, pas d’albumine, pas de sucre.

Date. Urine. Urée. Régime et Observations.

Mai 30 530gr. 7gr.46 Régime lacté. Poudre de viande. 81 500 8 32

Juin 3 9500 5 82

— 4 120 1 69 Urine sous elle.

— T7 210 7) 95 A partir du 14, il n’a plus été

— 9 260 3 833 possiblederecueillir ses urines.

— 12 4130 1 ne)

Le diagnostic du cancer de l'estomac était donc établi, et par la clinique, et par la loi de Bommelaëre. On va voir quelle surprise nous ménageait la table d’amphithéâtre.

Autopsie. — En ouvrant le cadavre, on pénètre, au niveau des dernières fausses côtes droites, dans une vaste poche qui laisse écouler un liquide purulent. Elle occupe la région de l'hypochondre droit, et une grande portion de la cavité thoracique du même côté, s'étendant depuis les dernières fausses côtes jusqu’à la troisième côte en haut et jusqu’au sternum en dedans. Le diaphragme, repoussé en haut, forme la partie supérieure de la poche. I1 s'écoule environ un litre à un litre et demi d’un liquide purulent qui renferme un grand nombre de poches hydatiques de dimensions différentes, et dont la plus grande a un diamètre de 20 centimètres.

Les parois de cette poche sont épaisses de trois quarts de centimètre, d’une couleur gris-noirâtre ; la face externe est lisse, la face interne est anfractueuse avec des dépôts fibrineux.

Nous nous trouvons donc en présence d’un kyste hydatique suppuré, développé aux dépens de la face convexe du lobe droit du foie.

Le poumon droit atrophié, occupe le reste de la cavité thoracique : la plèvre droite est adhérente à la poche à sa partie pos-

LE en térieure et inférieure. Il y a de l'emphysème dans les lobes moyen et supérieur, et de l’hépatisation dans le lobe inférieur. Le poumon gauche, refoulé en haut et en arrière, est peu diminué de volume.

Le foie est complètement refoulé à gauche, car sa place est prise par le kyste; à la coupe, il laisse échapper un liquide jaune. L'estomac ne se voit pas; pour le découvrir, il faut enlever Je foie qui le comprime et le cache complètement. Il ne présente aucune lésion.

Les autres organes sont sains.

REMARQUE. — Cette observation montre: 4° qu’il peut y avoir des vomissements noirs dans les cas de kystehydatique du foie, l'estomac étant absolument sain ; 2° que la viciation de la nutrition, marquée par la diminution de l’urée, peut se trouver chez des malades atteints de lésions tout autres que les lésions cancéreuses.

Ce premier résultat est donc en contradiction formelle avec la loi de Rommelaëre.

OBSERVATION XXXIV (Personnelle).

Cancer probable de l'estomac.

Tripier, Marcellin, 54 ans, cordonnier, entré le 10 juin 1884 à l'hôpital Cochin, service de M. Dujardin-Beaumetz; salle Woillez, n° 18.

Père mort tuberculeux, mère morte hydropique (?). Pas d’antécédents personnels; pas de rhumatisme ; — alcoolisme (3 litre de vin par jour).

Bien portant jusqu'en novembre dernier, il remarque à ce moment là que son appétit diminue; ses digestions deviennent difficiles et longues ; —- pas de vomissements ; après les repas, douleurs vives siégeant à l’épigastre et s’irradiant vers l’ombilic et les lombes. Puis, il se met à maigrir rapidement; ses digestions deviennent de plus en plus pénibles ; l'appétit diminue ; il est constipé. — Un médecin le met au lait. — il entre à l'hôpitel.

Le malade est amaigri, et offre la teinte terreuse; il n’a pas d’appétit, et se plaint de douleurs vives à l'estomac, s’accentuant

Ge

par la pression, durant continuellement; ses selles sont régulières.

A l'examen: pas de dilatation; les parois sont épaissies indurées dans toute l'étendue de l'estomac; la région épigastrique donne de la submatité à la percussion : il n'y a pas de tumeur appréciable. — Pas d’ascite, ni d'œdème.

Quoique le tableau clinique soit très incomplet, on porte le diagnostic de cancer de l'estomac.

On donne au malade un pot de lait, de la soupe et des grogs à la poudre de viande.

— Le malade s’affaiblit assez rapidement pendant les jours qui suivent, sans présenter de symptômes particuliers. Les quelques aliments sont assez bien supportés. — Et le malade sort à la fin de juin, ne voulant plus rester à l'hôpital.

Examen des urines : colorées, pas de sucre ni d’albumine.

Date. Ürine. Urée. Régime et observations.

Juin 12 MO gr. 6Ggr.82 1 pot de lait; soupe; grogs à

— 13 580 8 71 la poudre de viande.

— 96 410 8 40 Dépôt très abondant de mucus — 97 600 15 91 et d’urates.

Dans les 8 derniers jours, lé taux de l’urée s'était élevé un peu. — Il serait donc difficile de dire ce que serait devenu le diagnostic, si l’autopsie avait eu lieu.

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