OI
— 96 2000 15 36 Août 4° 2000 25 62
— 4 2200 29 52 Urines alcalines; abondant —- > 2000 11 52 dépôt de matières blan- — 6 2150 19 26 châtres qui, examinées au — 9 1700 17 40 microscope, montrent des — 10 13800 12 82 cristaux de phosphate am- — 41 41500 14 28 moniaco-magnésien; le 9, — 12 1900 17 01 les urines sont redevenues
acides.
REMARQUE. — Ce diagnostic est un problème vivant; il n'y
a pas de tumeur mais une teinte cachectique complète, des vomissements noirs, un état d'affaiblissement bizarre, qui semble parfois faire des progrès, et en résumé le malade demeure stationnaire. D'autre part, il y a une quantité considérable d'urée qui n'est même pas en rapport avec son ali-
mentation, et dont on ne s'explique guère l'origine. C'est de lui dont M. Dujardin-Beaumetz disait à la Société Médiciale (1): « J'ai l'intime persuasion qu'il a un cancer de l'es. tomac. » — Ce malade peut être rapproché du précédent. Tous les deux ont excité au plus haut point notre curiosité, pendant toute l'année qui vient de s'écouler.
Voici maintenant deux observations de cancer, reconnus à lautopsie, dont l'un (obs. XLIV) avait été diagnostiqué pendant la vie, et qui ont présenté d’abord un taux d'urée normal, lequel est devenu ensuite très inférieur à l'approche de la mort.
OBSERVATION XLIV (personnelle).
Carcinome de l'estomac; Autopsie.
Dugenet Pierre, 77 ans, macon, entré le 27 mars 1884, salle Woilly n° 14, hôpital Cochin, service de M. Dujardin-Beaumetz. Pas d’antécédents héréditaires ni personnels ; alcoolisme.
Le malade avait toujours eu un excellent appétit et une santé parfaite, lorsqu'il y à 18 mois il fait une chute d’un lieu élevé; il n'eut que des contusions. Mais, à partir de ce moment, il remarque que son appélit diminue, ses digestions deviennent mauvaises, il a des douleurs stomacales et des renvois acides ; il est obligé de cesser son travail. -—- Ce malade est affligé d’un caractère très désagréable: il est très difficile de lui tirer des renseignements. — Enfin, il se plaint actuellement d’anorexie, de régurgitation, de vomissements noirs fréquents. Il est faible et a la teinte légèrement terreuse. La palpation fait sentir une tumeur à l'épigastre.
On le met au régime lacté et au lavage ; mais, au bout de peu de jours, il refuse catégoriquement le lavage. 11 resté ainsi pendant plusieurs mois, atone, ne voulant prendre aucune nourriture, accusant des douleurs trés-vives à l'estomac, maugréant chaque fois qu'on l'approche. -— La tumeur est sentie assez faci. lement. — [lse renferme dans un mulisme absolu dont il ne sort que pour passer de vie à trépas, le 17 août.
(1) Séance du 26 juillet 188%, loc. cit,
Re Cas
Examen des urines : Pàles et troubles, légèrement acides ; pas d’albumine ni de sucre.
Date. Urine. Urée. Régime et observations Avril 30 890 gr: 10 sr. 89 1 pot de lait; soupe. Mai 2 MATE 18 2%
— 3-# 1220 49 49 Juin 1410 1950 49 PA | — 44 420 4 83 — 49 660 7 60 — 14 500 6 40 — 16 000 1 0% — A 800 T 16 —- 18 800 T 16 — 19 190 ) 80 — 20 200 2 04 Autopsie. — À l'ouverture du cadavre, on constale au niveau
du pylore la présence d'une masse dure, irrégulière, formée à la fois par l'estomac, le duodénum, le colon transverse, et le foie, dans laquelle il est impossible de reconnaitre, à première vue, la part qui revient à chacun de ces organes. Elle est adhérente au diaphragme par un tissu dur, épais. — En détruisant ces adhérences pour ouvrir la cavité abdominale, ïl se produit une ouverture à la partie antérieure du lobe gauche du foie, ouverture qui donne issue à un liquide gris sale. A cet endroit, la paroi était très mince, et cette rupture se serait sans doute produite sous peu. En introduisant son doigt par cette ouverture du foie, on pénètre dans l'estomac.
L'Estomac éant ouvert suivant sa grande courbure, si l'on regarde sa face interne, on {trouve au voisinage du pylore et à la naissance du petit cul-de-sac, une série de bourgeons carcinomateux. L'orifice pylorique n’est cependant pas rétréci, et per-. met très largement le passage du doigt qui, dirigé à gauche pénètre dans le duodénum, et, en haut, dans la cavité formée au dépens du foie, cavité ouverte au début de lautopsie et que nous décrirons tout à l'heure. |
En fendant la masse par sa partie inférieure, ainsi que le duo-, dénum, on peut se rendre compte de la disposition de la tumeur : elle occupe sur le duodénum, à partir du pylore, une longueur de 5 à 6 centimètres, La surface de seclion à un aspect grisâtre
QU
avec des points blanchâtres laissant écouler, à la pression, un peu de suc cancéreux ; elle ne crie pas sous le scalpel, quoiqu'assez dure au palper.
La tumeur forme ainsi une gouttière à la partie inférieure, tandis qu'à la partie supérieure de la pièce ouverte et étalée, on trouve la cavité dont nous parlions plus haut, et qui peut contenir à peu près une orange.
Toute la face interne de l’excavation et de la tumeur présente l'aspect d'une muqueuse tomenteuse, avec des bourgeons mollasses, gélatineux, se laissant arracher et détruire assez facilement, des brides qui, en plusieurs points, cloisonnent la cavité. — En aucun point, on ne trouve trace d’hémorrhagie.
En faisant une coupe de la portion du foie qui sert de paroi à la cavilé, on voit qu’elle est formée de deux couches : l’une, interne, blanc-rosée, assez dure, d’une épaisseur de 1 centimètre en moyenne, faisant à la coupe un léger bourrelet, ressemblant comme aspect à la partie inférteuie de la tumeur, mais moins colorée par les matières stomacales : — l’autre, superficielle, se continue avec lé tissu hépatique, et est constituèe par le tissu hépatique mollasse et manifestement malade, qu'on ne peut reconnaitre que gràce à sa continuité. Ces deux couches ne se pénètrent pas l'une l’autre, et semblent comme séparées par une membrane. En certains points de cette paroi, cette couche superficielle n'existe pas.
En pratiquant une coupe antéro-postérieure, portant sur la ligne médiane du foie, à gauche de la vésicule biliaire, on constate que la partie inférieure de la moitié gauche de ja face inférieure du foie,jusqu'au hile, est adhérenteà la tumeur, et fait corps avec elle.
A la coupe, le foie est mollasse, se laisse déchirer facilement. Les lobules, jaunàtres, entourés de cercles rouges, deviennent saillants à la coupe.
La vésicule biliaire est complètement adhérente à la tumeur.
Poumons. : Rien à noter, si ce n'est des adhérences pleurales à droites, à la base et en avant avec les plèvres costale et diaphragmatique.
Cœur : mou, feuille morte, cœur gauche dilaté. Reins : petits ; substance corticale très peu épaisse. Rate. Prostate. Colonne vertébrale : rien.
l'examen histologique fait par notre ami Sapelier, interne du service, a montré que la Lumeur élait un épithelioma.
REMARQUE. — Il faut noter ici la contradiction entre la clinique et la loi de Rommelaëre. Le taux de l'urée était relativement élevé, alors que le cancer était diagnostiqué par les signes ordinaires. La diminution a coïncidé avec l'absence de nourriture et l'arrivée de la cachexie finale.
A remarquer également l'influence du traumatisme sur l'apparition de la maladie.
OBSERVATION XLV (Personnelle).
Cancer de l'estomac, reconnu à l'autopsie.
Jiavorie Jeanne, 57 ans, blanchisseuse, entrée le 21 juin 1884, salle Briquet, hôpital Cochin, service de M. Dujardin-Beaumetz.
Pas d'antecédents héréditaires ni personnels ; alcoolisme très probable ; bonne sante antérieure.
Il y a trois mois, diminution de l'appétit, douleurs après les repas, renvois acides ; pas de vomissements d'aucune nature.
Actuellement la malade a bonne figure. Elle se plaint de chaleurs montant de l'estomac à la gorge, de renvois acides, de douleurs épigastriques après les repas, s’accentuant par la pression; pas de vomissements. — L'estomac est dilaté: pas de tumeur; — constipation. — Les autres fonctions sont bonnes. — Elle a les pupilles ponctiformes, ce qui me porte à examiner les réflexes rotuliens : ils sont abolis, mais il n’y a pas d’incoordination motrice.
T. — Lavage et gavage. Le premier lavage, que nous pratiquons nous-même, amène une grande quantité de liquide sale, de matières alimentaires à peine modifiées, et surtout un assez grand nombre d'énormes haricots rouges complètement intacts ; ils doivent être là depuis 4 mois, d’après la malade, qui dit n’en avoir plus mangé depuis ce temps-là, au moins. Ce traitement amène une amélioration considérable. Pendant 1 mois, sa santé est aussi satisfaisante que possible ; elle ne maigrit pas du tout et à de l'appétit.
22 juillet. — Elle est prise d’un vomissement glaireux abondant (un vase); glace et eau chargée d'oxygène.
23 juillet. — Hier soir, vomissement noir.
24 juillet. — Autres vomissements noirs. Depuis ce moment, la malade a des douleurs très vives qui nécessitent des injections de morphine.
30 juillet. — Mieux, l’état s'améliore.
> août. — Les vomissements ont repris et sont presque continus, jour et nuit; mais elle ne vomit que des liquides glaireux, et son lait: elle s’affaiblit, ne dort plus; la pression n’est pas douloureuse, les vomissements seuls le sont; plus de vomissements noirs. A la palpation, la paroi stomacale est indurée, mais on ne sent pas de tumeur.
8 août. — Un peu de mieux pendant 2 ou 38 jours, puis elle rotombe dans la prostration, ne prenant que des petites quantités de lait.
Le jeudi 14, elle est complètement atone ; mort le 15.
Examen des urines. — Acides, pas d’albumine ni de sucre.
Date. Urine. Urée. Réeime et observations.
Juin 25 820 gr. 8 gr. 39 Gavage et lait.
— 26 1.050 17 48 — 27 1.020 18 28 — 28 1.000 28 18 — 30 2.500 41 62 Août. 4 400 b 63 — 515100 3 07
A partir du à, il devient impossible de recueillir les urines.
Autopsie. — A l'ouverture du cadavre, on constate que la région épigastrique est occupée par une tumeur dure, mamelonnée, qui a fait adhérer le mésentère, le duodénum et une partie du pylore. à
Estomac. — Dilaté. La muqueuse présente une coloration violacée dans toute son étendue. Les parois s’épaississent à mesure qu’on s'approche du pylore. L'orifice pylorique admet à peine la pulpe de l'index : au-dessous de lui, on trouve une sorte d’infundibulum de 2 à 3 cent. de haut, et limité par un bourrelet dur et résistant. A la face externe, à droite de l'orifice pylorique, on trouve une masse irrégulière et bosselée qui, à la coupe, présente l'aspect et la dureté du squirrhe, L’anneau qui
PAT ee circonscrit l’infundibulum crie également sous le scapel, sans cependant présenter à l'œil nu laspect squirrheux. Dans les replis gastro-hépatiques et au voisinage de la masse néoplasique, on trouve 5 à 6 ganglions qui ont subi la dégénérescence squirrheuse.
Poumons. — Emphysème ; congestion à la base droite.
Cœur. — Valvules aortiques athéromateuses à la base.
Foie. — Cirrhotique ; la vésicule biliaire est très distendue, il existe une petite adhérence entre le foie (au niveau du bord antérieur) et la masse néoplasique.
Reins, Utérus, Rate, Colonne vertébrale. — Rien.
L'examen histologique fait par le D' Sapelier, a montré qu'on avait affaire à de l’épithélioma.
REMARQUE. — La cachexie a manqué absolument.Le cancer, latent pendant de longues années sans doute, n'avait donné lieu à aucun trouble, jusqu'au jour où, l'orifice pylorique se rétrécissant de plus en plus, n’a plus permis le passage des aliments, ni par suite, la nutrition. Il n'y a eu là qu'un trouble purement mécanique. — Le dosage de l’urée est très caractéristique. Après les premiers lavages, qui nettoient l'estomac, l'assimilation se fait mieux, et le taux monte chaque jour. Nous le cessons alors pour ne le reprendre qu'au moment où la malade ne se nourrit plus et dépérit rapidement ; et nous n'obtenons plus que 3 à 5 grammes par Jour, au lieu de 41 grammes pendant le gavage.
Ces faits, unis à ceux de l'observation précédente,ont une importance capitale. 8
Enfin, voici, pour terminer, une observation très courte de tumeur de foie.
OBSERVATION XLVI (Personnelle.)
Cancer du foie.
Wige Jean, 43 ans, entré le 1% juillet 1884, à l'hôpital Cochin, service de M. Dujardin Beaumetz, salle Chauffard, n° 16. Pas d’antécédents. Malade depuis six mois; actuellement,
CT te
tumeur assez volumineuse dans la région du foie et faisan] corps avec lui; cachexie ; le malade se nourrit très peu; sort le 17 juillet sur sa demande.
Examen des urines. — Très acides, pas d’albumine ni de sucre ; troubles avec abondant dépôt de phosphates.
Date. Urine. Urée. Régime et observations.
Juillet 4 d00gr. 10 gr. 24
— 7 41250 25 61 Urine de 2 jours; ce qui
— 0) 200 9 60 donne 12 gr. 80 pour un
— 40 800 13 32 jour.
REMARQUE. — Nous donnons ici cette observation, quoi-
qu'elle n'appartienne pas à l'estomac. Mais elle nous a paru intéressante à relater, à cause du taux élevé de l’urée, malgré la présence d'un cancer dont le diagnostic avait été fait par M. Dujardin-Beaumetz, et malgré la cachexie.
En résumé, parmi les observations qui précèdent, quelquesunes sont d'accord avec la loi de Rommelaëre, d’autres sont en contradiction formelle avec elle.
Dans la première série de cas (urée au-dessous de la normale), nous avons, un cancer probable, une tumeur du foie, un cancer (autopsie) et un kyste hydatique suppuré (autopsie). Le cancer (autopsie) ne prenait aucune nourriture.
Dans la deuxième série (urée au-dessus de la normale) nous avons un ulcère et 3 gastrites chroniques dont l'état général était assez satisfaisant, deux gastrites ulcéreuses (obs XLII et XLIII) dont l'une est considérée comme un cancer, par M. Beaumetz, deux cancers, dont l'urée n’a baissé qu'aux approches de la mort, c'est pourquoi nous les avons mis dans cette catégorie ; — Enfin, un cancer du foie.
Voici 2 tableaux résumant les dosages :
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