‹ Diagnostic et traitement du cancer de l'estomacChapitre 40 sur 47 · TRAITEMENT MÉDICAL · texte numérisé non relu

TRAITEMENT MÉDICAL

Au point de vue thérapeutipue, on pourrait considérer deux périodes dans le cancer de l'estomac: la première, pendant laquelle, s’il n'y a pas évolution nutritive, il y a au moins équilibre entre l'assimilation et la désassimilation: période eufrophique ; la seconde pendant laquelle la désassimilation l'emporte, la nutrition s'arrête, le malade brüle sa propre substance, période hypotrophique. — C'est ce qu'en d’autres termes, le professeur Jaccoud a appelé dyspepsie et cachexie. — Dans la première, on emploierait le traitement ordinaire des maladies de l'estomac; dans la seconde, on chercherait surtout à soutenir les forces. — Mais, en réalité, ces deux périodes ne sont Jamais bien indépendantes l’une de l’autre ; aussi, le traitement doit-il être entièrement subordonné à l'expérience du médecin traitant. Qu'il y ait cancer ou non, le traitement doit être le même, du moment que le soupçon existe. On pourra ainsi obtenir, dans certains cas, une guérison définitive, dans d’autres, une amélioration durable. ]

Les indications du traitement ne se tirent pas du cancer lui-même, mais bien des phénomènes accessoires. On sait la valeur des innombrables remèdes secrets proposés contre cette maladie. On n’agit donc pas sur le mal Jui-même, mais sur les désordres locaux ou fonctionnels qui l’accompagnent. À ‘quelque période que l’on prenne le cancer, il est un double but que l’on doit poursuivre :

1° Parer aux désordres dûs à la présence du cancer, ou l’accompagnant ;

2° Exploiter ce qui reste de la fonction stomacale.

I. — Dans le premier paragraphe, nous avons deux choses à étudier, le traitement local, et le traitement des différents symptômes en même temps que des troubles fonctionnels. Nous ne nous occuperons pas de la thérapeutique des symptômes. La douleur, les vomissements, l'hématémèse seront traités par les moyens ordinaires, et nous renvoyons pour cela le lecteur aux ouvrages classiques (1); les indications et les contre-indications sont absolument les mêmes que dans la gastrite chronique, l’ulcère, etc. Nous dirons quelques mots du traitement local, qui à pris dans ces dernières aneées une grande extension. —, Voici, rapidement, quelles sont les médications nouvelles, dont l'application varie suivant les cas. |

Et d'abord le lavage de l'estomac. On connaît l'histoire de la pompe de Küssmaul, du siphon de Fauché et de leurs diverses modifications. Pour commencer le lavage, nous conseillons le tube de Debove construit par Galante, dans lequel la partie qui pénètre dans estomac est plus rigide sans avoir rien perdu de sa souplesse. Quand le malade est habitué, il est peut-être préférable de se servir du tube de Fauché. — Le manuel opératoire est des plus simples. H suffit de remplir l'entonnoir du liquide destiné au lavage; le liquide passe dans l'estomac ; Flentonnoir étant abaissé, établit un siphon qui permet la sortie du liquide. On répète cette manœuvre Jusqu'à ce que le liquide ressorte propre.

Pour faire ces lavages, on se sert d'eau tiède (2) bicarbonatée sodique (2 grammes par litre) ou sulfatée sodique

(1) Dujardin-Beaumetz, Lecons de Clinique lhérapeutique, Paris, Doin, éditeur, 4° édition.

(2) Nous avons eu dans le service une pneumonie survenue à la suite de

lavages à l’eau froide (Obs. XLI). Est-ce la cause réelle de la pneumonie? Nous croyons bon de signaler ce cas,

(6 grammes par litre). On peut aussi se servir d'eaux minérales naturelles; c'est ce qui se pratique à Chàtel-Guyon (Puy-de-Dôme) dont les eaux thermales et magnésiennes se prêtent admirablement à cet usage.

Quand le malade à une tendance aux hémorrhagies, on met dans de l'eau simple une cuillerée de perchlorure de fer par litre.

Si les liquides, séjournant dans l'estomac, y subissent la fermentation putride, il faut avoir recours aux solutions antifermentescibles: résorcine (1 pour 100), — chloral (1 pour 100), — charbon de Belloc, 2 à 4 cuillerées à bouche pour un lavage.

S'il existe des douleurs très vives de l'estomac, en emploie: les solutions de bismuth, l'eau chloroformée, l'eau sulfocarbonée. Les solutions de bismuth, nommées par M. Dujardin-Beaumetz, laits de bismuth, « consistent à maintenir en suspension dans 500 grammes d'eau 2 cuillerées à bouche de sous-nitrate de bismuth et d'introduire ce mélange par le tube à lavage. Au lieu de le retirer immédiatement, vous attendez 3 à 4 minutes, de manière que le sous-nitrate de bismuth se dépose sur la muqueuse stomacale, puis vous amorcez de nouveau le siphon, et vous retirez l'excédent de la solution. » — L'eau chloroformée a été indiquée par Regnault et Lasègue. On en fait prendre au malade une cuillerée à bouche le matin, à midi et le soir. En voici une formule :

Eau saturée chloroformée...... 150 grammes.

Eau de fleurs d'oranger....... D0 — Fandeteutn Tr se ane 100 —

L'eau sulfo-carbonée a été tout récemment essayée dans le service. Elle s'obtient en agitant de l’eau avec du sulfure de carbone, dans un ballon; on décante avec soin, et on a un liquide légèrement odorant et très aseptique. On la

donne coupée avec de l'eau rougie, 4, 5 ou 6 cuillerées par Jour. On en à obtenu d'excellents résultats, qui ‘seront publiés dans la thèse de notre excellent ami, le D' Sapelier, interne des hôpitaux, sur le sulfure de carbone. -— Enfin, nous avons essayé, il y à quelques jours, ce produit nouveau si extraordinaire, le chlorhydrate de cocaïne; nous n'avons pas assez d'expériences pour pouvoir nous prononcer.

Le lavage de l'estomac doit être fait le matin à jeun, et une fois par jour. — Nous ne chercherons pas à faire l'éloge du lavage: personne, aujourd'hui, ne songe à en contester la valeur. Il est nécessaire, toutefois, qu'il ne soit pas employé aveuglement.

IT. — En second lieu, nous devons profiter des portions encore saines de la muqueuse stomacale, et faire rendre à la fonction tout ce qu’elle peut donner. C'est par là que les médications gastriques touchent de très près à l'hygiène. « Une alimentation bien dirigée, dit Brinton, m'a rendu plus de services que toutes les drogues de la pharmacie. » Sans nous arrêter à l’exclusivisme de cette opinion, nous pensons qu'il est de toute utilité pour le médecin de s'occuper avec grand soin du choix des aliments, de l'heure des repas, et de mille autres détails, en apparence insignifiants

puisqu'ils appartiennent plus à l'hygiène qu'à la thérapeu-

tique, mais qui ont bien leur prix, en présence de l’intolérance de l'estomac. — Ceci, chaque médecin en sera Juge, suivant les cas. Nous ne parlerons que d'un mode nouveau d'alimentation, inauguré par le D' Debove, médecin des hôpitaux, la suralimentation, que M. Dujardin-Beaumetz a dénommé gavage. Cette pratique consiste à introduire dans l'estomac des mélanges nutritifs, lorsque l'estomac est devenu assez intolérant pour ne plus pouvoir supporter aucun aliment.

Ces mélanges nutritifs ont pour base la poudre de viande,

L'usage des poudres de viande se répand de plus en plus, car elles ont sur la viande crue un triple avantage : une valeur nutritive plus grande (5 fois leur poids de viande crue); une peptonisation plus facile; l'impossibilité de déterminer le tœnia. — On les fabrique, soit avec de la viande de bœuf, soit avec la viande de cheval; elles sont également bonnes (1). On peut en fabriquer soi-même, par le procédé suivant : prendre du bouilli, le couper par petits morceaux et le faire dessécher au bain-marie ; la dessiccation étant complète, on fait passer le tout à travers un moulin à café dont on a eu le soin de rapprocher les dents. On a ainsi une poudre plus grossière, mais parfaitement utilisable.

On prépare cette poudre de viande de plusieurs façons ; la meilleure façon est la suivante, formulée par Dujardin- Beaumetz : mettre dans un bol, poudre de viande, 2 cuillerées, sirop de punch, 3 cuillerées, et ajouter du lait de façon à faire un mélange très liquide ; c’est ce qu'on nomme le grog à la poudre de viande. On peut aussi mettre simplement la poudre dans du lait ou dans du chocolat.

Le mélange fait, on l'introduit dans l'estomac aussitôt après le lavage, soit au moyen du tube Debove, soit avec une gaveuse spéciale construite par Galante, sur les indications de M. Dujardin-Beaumetz; elle se compose d’un tube court, du diamètre d’une sonde uréthrale, et d’une longueur de 0,20 centimètres, que l'on met dans l'œsophage, et d’un réservoir en verre contenant le mélange alimentaire à la surface duquel on opère une pression avec de l'air lancé par une poire en caoutchouc; un long tube fait communiquer ces deux portions distinctes de l'instrument.

(1) Ces poudres sont fabriquées par Yvon, Rousseau, Adrian. — Leur inconvénient est leur prix élevé, mais Adrian vient de livrer, à un prix très

inférieur au précédent, des poudres fabriquées avec des viandes d'Amée

rique, qui nous ont paru bonnes, sauf expérience contradictoire.

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Cette méthode est facilement acceptée par les malades. On arrive ainsi à leur faire assimiler une grande quantité de matières nutritives. Jamais aucun accident ne s’est produit; aussi nous ne saurions trop conseiller l'usage de cette suralimentation qui est destinée à rendre des services considérables à la cure des affections chroniques de l'estomac.

Enfin, il est des indications particulières suivant le siège supposé de la tumeur. Une tumeur du pylore amène avec elle une dilatation de l'estomac, et un récétrissement de la valvule qui s'oppose au passage des matières alimentaires ; ce qui entraîne une dénutrition rapide. On remédiera à la dilatation par le lavage; pour les troubles de la nutrition, il faudra avoir recours à l'alimentation par le rectum, la seule possible (1), en se servant des lavements peptonisés. Voici comment il faut procéder : donner un grand lavement à l’eau pour nettoyer la muqueuse rectale, puis, faire prendre le lavement suivant que le malade devra garder : dans un verre de lait additionné d’un jaune d'œuf, introduire deux ou trois cuillerées de peptone liquide, cinq gouttes de laudannm et un gramme de bi-carbonate de soude. (Dujardin-Beaumetz). On administre deux à trois de ces lavements par jour. Cest la seule façon de faire supporter par la muqueuse du rectum dont la sécrétion est alcaline, des peptones qui ont toujours une réaction acide. |

Des expériences nombreuses (Daremberg, Catillon, etc.)ont montré que les peptones pouvaient suffire à la nutrition, tandis que les lavements de lait et de bouillon sont complètement insuffisants (Carville et Bochefontaine).

Si la tumeur siège au cardia, cet orifice rétréci ne permet que difficilement l'entrée des aliments dans l'estomac. Il faudra avoir recours à l’administration de substances liquides, telles que les différentes préparations de poudres de

(4) Alimentalion par le reclum, Brown-Séquard, Chevalier, Mayet,

Daremberg.

viande, et d'autre part, on donnera des lavements peptonisés comme dans le cas précédent.

En résumé, le traitement du cancer de l'estomac n'est pas un traitement du cancer. On s’y occupe beaucoup de l'estomac et fort peu du cancer. Les théories générales que nous avons énumérés dans notre première partie, n'ont pu nous fournir de principes thérapeutiques. Et nous en sommes réduits à emprunter de tous côtés une médication complexe, comme nous avons été obligés de le faire pour la symptomatologie.

Partant de ce principe que le diagnostic est sujet aux plus grandes erreurs, il faut écarter tout de suite l’idée du cancer, et agir comme si l'on avait affaire à une affection chronique de l'estomac, énergiquement et patiemment. Les indications sont extrêmement complexes et délicates, mais il faut toujours avoir en vue ce double but : parer aux désordres de la fonction, exploiter tout ce qui reste de cette fonction, — c'est-à-dire calmer les douleurs, faciliter les digestions, soutenir les forces, par l'emploi de mille petits moyens que fournissent la pharmacologie et l'hygiène. Enfin, on ne doit jamais oublier que les deux choses essentielles sont le régime lacté et le lavage. Le lait est, comme on sait, l'aliment et le remède par excellence. Quant au lavage, en même temps qu’il soulage les malades, nettoie l'estomac — ce qui permet à la fonction de s’accomplir, il empêche les fermentations putrides qui, d'après les belles recherches du professseur Bouchard, jouent un si grand rôle dans la pathogénie des diathèses, par l’intoxication chronique de l'organisme.

En dernier lieu, quant la mort est proche, par suite de pertes considérables de sang, nous croyons qu'il faudra tenter la transfusion du sang, qui nous a donné un excellent résultat, comme on peut le voir dans l'observation XLII.

Tous ces moyens que nous énumérons, nous les avons vus journellement employer pendant toute notre année d'externat

CPE NAN PE

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