DEUXIEME PARTIE
Si nous voulions faire ce qu'on a appelé le « rationalisme en thérapeutique.» notre tâche serait courte. Il ne nous resterait plus qu’à nous croiser les bras, renonçant à toute thérapeutique et àtout traitement et, plein du calme olympique, attendre le jour où il serait permis de traiter scientifiquement les maladies, — «avec plus de patience que les malades» a dit Lasègue. Cette méthode, qui n’a jamais obtenu grand succès, même au temps de GCelse, d’'Hérovhile, d'Erasistrate et d’'Asclépiade, plus tard de Frédéric Hoffman, a été terriblement endommagée par Lasègue, dans une de ces chroniques, toujours pétillantes d'esprit littéraire et de sagacité clinique. Et c'était justice.
Certes, le rationalisme est un idéal auquel on peut aspirer, mais la pratique n’a rien à faire avec l'idéal. Comprendrait-on un homme qui se priverait de manger, sous prétexte que l’art culinaire n’a pas atteint le dégré de perfection qu'il a rêvé?
D'une façon générale, on doit toujours rechercher la cause de la maladie, en vertu de l’adage ; sublatà causa, tollitur effectus. Lorsque l’étiologie est impossible à découvrir, on ne doit pas imiter le silence rationnel de Conrad : cette méthode thérapeutique aurait des résultats déplorables, en particulier dans le cancer de l'estomac.
Depuis longtemps déjà, la thérapeutiqne de cette grave
Se
de
affection a été trop négligée, soit à cause de principes thérapeutiques fàcheux, soit en vertu de la difficulté du diagnostic. Mais c'est par un bien mauvais raisonnement que cette dernière cause a fait oublier le traitement. Et nous avons peine à comprendre que des médecins aient pu rester inactifs en présence d'une pathologie douteuse.
Si, dans les chapitres qui précèdent, après avoir montré l'impossibilité fréquente du diagnostie, nous avons conseillé le doute, c’est pour que ce doute serve à la thérapeutique. L'esprit humain est si souvent porté à délaisser les choses qui le désespèrent et sur lesquelles il ne compte plus, que nous croyons servir une cause utile en cherchant à réagir contre cette tendance funéste. Il faut donc agir. On obtiendra parfois de véritables résurrections. toujours douces au cœur d'un médecin, — je ne parle pas du malade. Notre observation 13 en est un exemple remarquable.
Quand au mode d’action, il est impossible de poser des règles absolues. Le remède varie avec l'individu, le temps, le lieu et bien d’autres conditions. Il ne s'applique pas à la maladie, mais au malade. Comme on l’a si souvent répété, il n'y a pas un Cancer, il y a des cancéreux. Le médecin sera toujoues libre du choix des moyens et de leur mode d'emploi. Nous allons donner un certain nombre d'indications, nous inspirant des différents auteurs, et en particulier des cliniques et des leçons journalières de notre excellent maître, M. Dujardin-Beaumetz, dont l'enseignement nous a été précieux pendant toute l’année qui vient de s’écouler.
Nous les diviserons en deux chapitres : le Traitement médical, et le Traitement chirugical.
Notre première partie (Diagnostic) ayant pris une extension trop grande, nous serons plus bref dans la seconde, mais nous nous efforcerons de dire, avec le moins de mots possibles, le plus grand nombre de choses qu’il sera en notre pouvoir.
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