‹ Diagnostic Histologique des Curettages UtérinsChapitre 30 sur 46 · ST · texte numérisé non relu

ST

sité du processus, les cellules de revêtement hyperplasiées conservent toujours une forme nettement cylindrique, dans l’épithélioma, au contraire, le revêtement subit un changement de forme caractéristique : on a affaire à des cellules arrondies.

__: Le groupement fournit également des arguments décisifs : les limites périphériques et centrales tendent à s’effacer. Un coup d'œil jeté sur les figures 8 de la planche I ; 12, I; 19, IT; 24, IV, rendra cette différence manifeste. Dans les processus de métrite, le revêtement épithélial r est nettement limité du côté de la lumière ; il dessine une ligne bien marquée ; de même la limitante d, formée par des cellules connectives aplaties, constitue une enveloppe absolument continue. Dans l’épithélioma, il en va tout autrement : la limite interne disparaît et les cellules font saillie à l'intérieur de la lumière qu’elles comblent progressivement : les stades successifs de ce processus sont représentés en gl, gl, gl; de la figure 5 de la planche I.

De même, la limitante interne se rompt sous la poussée des cellules (Voyez notamment la portion intérieure de la glande gh) et par cette brèche le tissu néoplasique fait invasion dans le stroma (Voyez le prolongement néoplasique /n de la glande gl,). Dès lors l’épithélioma est définitivement constitué, et, passé ce stade, le diagnostic en est aisé ; les cellules épithéliomateuses forment des îlots pleins, que les coupes sériées démontrent être réellement tels et non pas les résultats de coupes tangentielles.

. Une autre forme de cemême processus a été représentée

à un faible grossissement sur la figure 29 de la planche IV ;

le matériel, qui a servi à établir cette dernière, a été sim-

plement fixé à l'alcool à 100° et coloré à l'hématoxyline,

et il présente certaines particularités imputables à la tech-

nique contre lesquelles l’observateur doit être prémuni.

Dès le premier coup d'œil, on constate que la plupart des glandes sont formées par des masses épaisses, souvent absolument pleines, qu'un espace considérable sépare du stroma eonjonctif : ce fait, que plusieurs auteurs ont considéré comme pathognomonique de l’épithélioma, est simplement imputable à la rétraction qu'ont subie les tissus sous l'influence d’une déshydratation trop brutale et s’observe aussi bien à l’état normal qu’à l’état pathologique. . La nature cancéreuse de cette pièce ne peut cependant pas faire de doute : la substitution de cellules polyédriques à des éléments cylindriques, absence d'orientation des karyokinèses extrèmement nombreuses, l'existence de bourgeons épithéliaux pleins en sont des preuves suffisantes.

En somme, on peut résumer de la façon suivante la structure de l’épithélioma glandulaire du corps: le tissu néoplasique n'est pas étalé en nappes, il se groupe en îlots ; la stratification de l’épithélium de revêtement, normalement cylindrique, à une importanee capitale ; d'autre part, la disparition de la limite interne des cellules glandulaires et la rupture de la limitante externe sont des signes positifs ; enfin. signalons la désorientation cellulaire dont le tissu néoplasique est le siège, sa puissance de prolifération et de pénétration qui lui permet d'enwahir le musele utérin lui-même : cette hétérotopie est earactéristique.

b) EPITHÉLIOMA À LOBES CORNÉS. — Le diagnostic de cette forme d'épithélioma est des plus faciles, par suite de la présence, au milieu du tissu néoplasique, de globes cornés ; sa structure, d'ailleurs, est en tous points semblable à celle qu'il revêtirait dans n'importe quelle autre partie de l'organisme.

A l'examen microscopique, on trouve des masses (Voyez la figure 23 de la planche INT) qui peuvent présenter des variations dans leur configuration générale, mais qui ont

sn SN

toutes ce caractère commun d'être constituées par des éléments épithéliaux munis de ponts intercellulaires : ceux-ci sont de dimensions variables et, par place, on: observe des cellules kératinisées groupées en pelure d’oignon et formant des globes cornés, gc.

Telle est la constitution ordinaire d’un épithélioma à lobes cornés complètement développé ; mais, suivant le stade de développement, on observe toute une série de transformations dans la forme des éléments ; au début les cellules sont de petites dimensions avec un gros noyau et sont pressées les unes contre les autres ; plus tard, les cellules s’individualisent plus nettement, le corps cellulaire devient plus important et est le siège d’élaborations complexes ; les ponts intercellulaires notamment prennent un développement considérable,

€) ADÉNOME MALIN. — Les anatomopathologistes allemands décrivent diverses variétés d’adénome, el en partieulier l’adénome bénin et l’adénome malin ; dans la première partie de ce travail, on a vu ce qu’il fallait penser de la première de ces tumeurs ; l'adénome malin est mieux caractérisé au point de vue histologique. |

À un examen superficiel, l'adénome malin peut, à la rigueur, affecter l'aspect d’une formation glandulaire, mais ce n’est là qu'une impression fugitive qui disparait devant . une observation des faits, tant soit peu attentive.

Dans ce cas, il s’agit bien encore de bandes épithéliales (figure 14, planche Il) irrégulièrement contournées, mais, caractère distinctif, celles-ci ne forment plus de glandes: ce sont des pelotonnements inextricables, formés par des couches épithéliales, dépourvues de limitante. Le stroma, toujours très réduit, est même supprimé en certains points et les cellules épithéliales. sont alors au contact; enfin, fait important, les cellules épithéliales affectent vis-à-vis les unes des autres des rapports inverses de ce qu’on

EG

observe dans la muqueuse normale et dans la métrite: les portions basales se font face; en d’autres termes, il existe des formations affectant sur les coupes la disposition d'’ilots renfermant du tissu conjonctif, en proportion parfois très minime, limitées par des cellules cylindriques.

A propos de ces dernières, je rappellerai que certains auteurs ont indiqué la disparition des cils comme un signe d’adénome ; je ne crois pas que ce fait ait une grande valeur, car, même à l’état normal, la muqueuse des femmes qui ont eu des enfants en est rarement pourvue ; toutefois je dois reconnaître n'avoir jamais constaté de cils dans le cas d’adénome malin.

Tout autre, à mon sens, est la valeur du fait suivant signalé par Abel : alors que les productions glandulaires de la méirite restent assez bien localisées dans la muqueuse, les néoformations adénomateuses (malignes) pénètrent profondément le tissu musculaire de l'utérus.

d) CARGINOME. — Avant de terminer ce paragraphe, je dirai un mot du carcinome, qui n’est à proprement parler qu'un épithélioma atypique et dont la structure est la même au corps et au col.

Comme on le voit sur la figure 20 de la planche HL celui-ci se présente comme un néoplasme formé d’éléments épithélioïdes, £n, inclus dans un stroma conjoncetbe:

Sous l'influence de cette tumeur, les limites des divers tissus ne tardent pas à s’effacer ; les glandes se développent atypiquement et franchissent bientôt les limites normales. |

Sur les coupes colorées, les ilots carcinomateux se dessinent en clair d'une façon assez nette pour être appréciables à l’œil nu ; au microscope, on constate que le tissu conjonctif fibrillaire dessine une série d’alvéoles pour les éléments épithélioïdes signalés ci-dessus.

LR CIE

Examinés avec des grossissements suffisants (25, Il), ces éléments révèlent un polymorphisme très accusé; ils sont, en général, irrégulièrement polyédriques, renferment un gros noyau remarquable par sa structure : on n’y observe presque jamais de réseau chromatique nettement défini; les karyokinèses, 4, trahissent d’une facon encore plus manifeste ces anomalies : en outre, les inclusions cellulaires, 1c, sont très nombreuses.

Dans tous les cas, le diagnostic est facile et l'examen histologique peut être fait avec un petit lambeau de muqueuse ; l'hétérotopie est en effet un caractère suffisamment significatif : la constatation de cavités alvéolaires, de cellules épithéliales renfermant des inclusions variées, dans des zones où elles n’existent pas normalement, est pathognomonique.

$S 2. — Cancer du col

Le cancer primitif est beaucoup plus fréquent au col qu'au corps ; en effet, les dégénérescences épithéliomateuses de la muqueuse cervicale entrent dans la statistique générale pour la proportion de 98 p. 100 ; si, d’autre part, on se rappelle que 30 p. 100 environ des cancers féminins relèvent de la sphère utérine, on se rendra facilement compte de l'importance qu'a, en pratique, le diagnostic du cancer du col.

Ce néoplasme débute de plusieurs façons:

a) Au niveau de la portion vaginale du museau de tanche, sur la partie externe de l’une des lèvres, on voit souvent apparaitre une induration, quise transforme progressivement en une sorte de masse bourgeonnante.

Au début, le toucher donne une sensation de tissu très

résistant, de consistance cartilagineuse ; au contraire, lorsque l'ulcération est constituée, le col est ramolli.

b) Au niveau de l'ouverture du museau de tanche, sur de bord de l'une des lèvres, on voit s'élever une végétation bosselée, verruqueuse ; bientôt les deux lèvres s'épaississent et, avec une rapidité surprenante, des bourgeons exubérants se développent, puis, comme dans le cas précédent, se désagrègent pour donner finalement naissance à une ulcération.

c) Signalons encore un troisième mode, dans lequel le point initial du néoplasme est représenté par la cavité cervicale elle-même ; la muqueuse produit tout d’abord des polypes ou des végétations, qui évoluent de la même manière que dans les cas précédents.

Cette division, basée sur les signes cliniques, n’est pas en concordance avec les faits anatomiques ; l’origine du néoplasme n’a qu’une influence limitée sur sa constitution ; d’ailleurs, celle-ci rappelle assez exactement ce qui a été décrit à propos du corps de l'utérus : ce fait n’a rien qui puisse surprendre, puisqu'il s’agit de néoplasmes atypiques, sinon métatypiques.

En se basant sur l'histogenèse, on peut distinguer les formes suivantes de cancers cervicaux :

{ a. — Epithélioma pavimenteux.

b. — Epithélioma glandulaire.

Cancers FRE tite : ce. — Epithélioma d'érosion.

du col ; :

d. — Adénome malin.

e. — Carcinome ou épithélioma atypique.

Je rappellerai toutefois que Abel propose, pour plus de simplicité, de classer les différentes formes de cancers du col en deux groupes suivant qu’ils dérivent de l’épithélium de revêtement ou du tissu glandulaire.

Ces classifications n'ont d’ailleurs qu'une importance

secondaire : et, sielles sant commodes pour grouper les faits, on ne peut songer cependant à leur donner une signification générale.

Au col, l'épithélioma pavimenteax ne diffère par æucun caractère des néoplasmes de même nature qui se développent dans les autres tissus de l'organisme.

Dans l’épithélioma pavimenteux (Voyez la fignre 46 de la planche IT), les îlots cellulaires irréguliers, rameux, sont séparés les uns des autres par un stroma conjonctif dont l'importance est variable ; ce dernier est essentiellement constitué par des fibres lamineuses, parsemées de cellules épithéliales en voie de prolifération. Les îlots sont composés d'éléments cellulaires à des stades évolutifs différents ; d’une façon générale, la régression va en s’accentuant de la périphérie vers les parties centrales, dans lesquelles les globes cornés sont surtout fréquents.

La couche périphérique est composée par de petites cellules cubiques, à gros noyaux, dont le prototype normal est réalisé par les éléments du corps de Malpighi.

Au fur et à mesure que ces cellules s’accroissent, elles se kératinisent de plus en plus; le résultat de ce processus est la formation de globes cornés, c’est-à-dire de cellules kératinisées, groupées en pelures d'oignons; la plupart des réactifs colorants mettent très facilement en évidence cette métamorphose.

L'histogenèse de l’épithélioma glandulaire s’effectue suivant le même processus au col et au corps; on voit le revêtement proliférer, les karyokinèses se multiplier et l’axe des figures de mitose se disposer en tous sens ; bientôt les limites externe et interne disparaissent ; souvent, les couches basales conservent péndant assez longtemps leurs formes normales ; mais les cellules, qui en dérivent, revétent immédiatement des caractères atypiques ; les noyaux présentent d'infinies variétés dans ieur constitution ; à côté

RQ

de noyaux simples, on en observe de doubles, de triples ou même de multiples. De même que dans la muqueuse corporéale, ici encore ce qui caractérise le mieux le processus néoplasique, c’est sa marche envahissante; devant lui, les limites des glandes, les parois vasculaires s’effacent, la tunique musculaire elle-même est profondément atteinte; finalement, ilne reste plus aucun vestige du tissu primitif. |

Enfin, pour l’adénome et le carcinome, je renvoie le lecteur aux indications données à propos des mêmes néoplasmes de la muqueuse corporéale.

Page 1