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François. — C'est un cligne fils de M. Olier qui a écrit cetto belle page.
Ephkême. — M Bédard disait de plus :
" Depuis un certain nombre d'années, on s'est accoutumé à critiquer l'Evêque, à le blâmer à la face de la Comjnunauté, et même devant des prêtres étrangers. Ce n'était pas là T ancien esprit de la Maison. A force de répéter les sujets de plainte, on produit une opposition de sentiments, et un levain qui fermente et aboutit à une rupture.
" Si, dans les commencements ou depuis, on eut proposé à la Communauté une conduite plus douce et plus généreuse envers les Evêques, je pense qu'elle l'aurait adoptée avec plus de plaisir qu'une conduite plus sévère.
" Xos pères n'auraient pas donné lieu à de pareils repro-
Au reste, dans notre communauté, le bien de la
paix, l'édification des fidèles, les autres avantages ne
valent-ils pas mieux que ce que l'on pourra gagner en
continuant la résistance ? "
François. — Cette lettre a un ton de douce simplicité bien propre à toucher.
Ephrbhe. — " Mais, continue le digne Sulpicien, pour ne parier que des avantages de la paix, plusieurs d'entre nous étant avancés en âge, ont plus besoin de paix que de combats, et de consolations que de troubles et d'amertume. Quant à moi, si j'eusse prévu ces chagrins, je ne me serais pas fait Sulpicien. Mais maintenant que je le sois, a-t-ou droit de me causer les peines dont je me plains et dont je devrais être exempt dans une communauté, plus encore que partout ailleurs.
" Nous devons aussi penser à ceux qui viendront après nous, et leur transmettre les biens spirituels que la Providence nous a communiqués par ceux qui nous ont précédés. Mais si nous leur laissons les divisions intérieures, l'opposition pour les évêques, et celle des évêques $>our nous, ce sera un bien triste héritage qu'ils recevront de nous."
François. — Ces paroles do M. Bédard sont prophétiques.
Ephrême. — Le vénérable Sulpicien disait encore :
" Leg revenus d'une de nos seigneuries employés à soutenir un évêque. nous auraient couverts d'honneur, de mérite et auraient assuré notre existence. C'est du moins ce que je me persuade. Les envieux auraient alors cessé de nous reprocher nos richesses et de les tourner contre nous. Notre grande fortune et nos grands revenus pourront être la cause de notre perte. " Nos faules sont
j>lus visibles aux yeux des autres qu'aux nôtres, et à une 'réputation de grande vertu, peut en succéder une toute contraire. "
François. — Voilà à ce qui s'appelle frapper juste.
Ephrême. — Ecoute ce qui suit : " Dans la révolution française, poursuit le pieux Sulpicien, on a employé les curés et les autres prêtres pour affaiblir et ruiner l'autorité des évêques, et ensuite on a abattu facilement le clergé du second ordre II semble qu'on commence quelque chose de semblable dans ce pays. Il y a pourtant une différence ; c'est qu'en France, ce furent les partisans de la philosophie qui imaginèrent ces moyens de destruction et qui, s'étant emparés ,du gouvernement, les firent exécuter. Ici c'est le clergé qui persécute les évêques, les dénonce au public, et les accuse à la face du gouvernement pour les lui rendre suspects et odieux et l'inviter en quelque sorte à gêner et à ruiner notre Heligion.
" Quand le Pape apprendra ce que les Sulpiciens du Canada ont fait à l'égard de leur evêque et de son auxiliaire, je ne sais ce qu'il pensera et ce qu'il fera par rapport à notre Maison."
François. — " PosuitEpiscopos et non Sulpicianos regere Ecolesiam Dei." C'est-à-dire, c'est aux évêques et non aux Sulpiciens à conduire les diocèses et à diviser les paroisses.
Ephrême. — " Quand nos intérêts changent, dit encore M. Pédard, notre langage change aussi : par exemple sur les Sulpiciens devenus Evêques, sur les libertés de l'Eglise gallicane, dont on parle depuis quelques années bien différemment de ce que l'on faisait auparavant, sur l'état
e, car quand il s1 agit des grandes cerérno. pontificales, on dit qu'elle ne conviennent pas à un | de mission tel que celle-ci ; niais quand il s'agit d'ol ver les formalités ] rescrites pour l'élection et la réception dos EvOques, on dit que ce diocèse est aussi régulier e1 aussi bien établi que ceux de France. Pareillement quand on. veut prouver que les Prélats do notre Séminaire ne sont pas obligé à assister l'Evêque dans les Offices Pontificaux, on prétend que le cértmonial des évoques n'est fait que pour les cathédrales ; et non pour les églises paroissiales telles que la nôtre, mais on s'appuie sur le même cérémonial, quand il s'agit c^e faire voir qu'on ne doit pas rendre à, tel évêque, tel ou tel honneur. Et ces variations dans notre manière do parler sont suspectes."
Joseph. — ÎTous en avons assez.
Ephrême. — Ecoute encore un mot de M. Béclard :
" Pour prouver qu'il aurait fallu demander le consentement du clergé et du peuple dans l'affaire présente, obtenir le consentement du itoi, publier le brei du Jer. Février 1820, on s'appuie sur les libertés de l'Eglise gallicane, et on en fait l'éloge.
Mais la manière dont on a parlé ci-devant des libertés gallicanes et dont on en a instruit les jeunes étudiants, était bien différente de ce qu'on en dit présentement. M. Bossuet, disait-on, n'est plus reconnaissable quand il défend ces libertés ; il affaiblit les textes dont il faisait un si bel usage contre les protestants. Ce qui l'excuse, c'est qu'il craignait un schisme et qu'il ne trouvait d'autro moyen de l'éviter qu'en soutenant les quatre fameux articles. Mais aujourd'hui on loue ces mêmes libertés, on en trouve la doctrine très-bonne, elle est, dit-on, la sauvegarde de la religion, et sans elle, l'Eglise serait haïe ot persécutée de tous côtés.
" Cependant, nous sommes dans des circonstances bien différentes de celles ou se trouvait Bossuet. Car si nous tommes menacés d'un schisme en Canada, ce sera précisément pour avoir voulu faire valoir ces mêmes libertés de l'Eglise gallicane ; pour avoir exigé que le bref de Mgr. do Tolmesse fut enregistré dans les Cours des Parlements qui n'existent point ici ; pour avoir suivi les formalités prescrites en France pour l'érection d'un Evêché. Si, après la publication du mandement de Mgr. deQuéboc, on n'eut pas élevé toutes ces difficultés, tout ne serait-il pas resté dans la paix et l'unionj? "
Joseph. — C'est bien terrible tout cela. Jamais je n'au-
rais cru les Sulpiciens capables de faire tant de peine à un croque.
Ephrême. — Ils lui ont fait refuser les honneurs de sa
harge par les marguilliers, et ils l'ont chassé du Séminaire où il résidait.
Joseph — Comment ! ils ont chassé Monseigneur Lartigue du Séminaire ?
Ephrême.— Ilélas ! oui ! Mgr. Lartigue, évêque do Telmesse, prêtre canadien d'un grand mérite, était, depuis de longues années, membre du Séminaire de Saint-Sulpiee, lorsque les instances de l'évêque de Québec, les ordres exprès et réitérés du Pape et la volonté formelle du Supérieur-Général de St. Sulpice, lui firent un devoir d'accepter la dignité épiscopale pour le gouvernement du district de Montréal
Il était entendu, entre le Supérieur de la maison de Paris et les membres de celle de Montréal, que Mgr. Lartigue resterait Sulpicien et qu'en cette qualité, il habiterait xG Séminaire. Mais à peine fut-il évêque qu'on lui signifia qu'on ne pouvait le garder même un peu de temps, et que s'il continuait d'aller à la récréation aves les messieurs du Séminaire, plusieurs de ces derniers n'oseraient s'y trouver. Il fallut donc que l'évêque cherchât promptement un autre asile; et le jour même où on lui donna cet avis, son embarras fut tel qu'il ne savait en quel lieu il coucherait. Et sans l'hospitalité que lui offrit la Supérieure de l' Hôtel-Dieu, il se trouvait dans la rue.
Joseph. — Es-tu bien certain de tout cela ?
Ephrême. — Je prends ces renseignements dans les écrits de Monsieur Bédard, Sulpicien, qui, en raj)portant ce fait, s'écrie : " Hélas! je ne pense jamais à cette indigne conduite du Séminaire envers notre évêque, sans verser des larmes d'amertume et sans rougir."
Mgr. Provencher, dans un Mémoire qu'il a écrit à Rome, rappelle la même chose et dit formellement que Mgr. Lartigue a été dans la rue Un autre vénérable membre du clergé, M. Marcoux, dans une lettre adressée au Séminaire, lui rappelle cette indignité et une foule d'autres.
Tu vois que je n'avance rien sans preuves.
François. — Yoyons, Ephrême, dis-nous maintenant ce que tu sais de la conduite des messieurs du Séminaire à l'égard de l'évêque actuel de Montréal ?
Ephrême. — L'évêque actuel de Montréal a fait ce qu'il a pu pour faire régner la concorde, l'union et la paix entre lui et le Séminaire. Dès les premiers jours de son épiscopat, il a écrit au Supérieur, lui fesant part de ses dispo-
sitîons généreuses, ainsi que les avances de la plue grai ehari {•. A i suprême de la douceur et de la
rangéliques, on a répondu de façon à mériter les reproches suivants de Messire Marcoux :
u Ici, monsieur, il est clair comme le jour, et reconnu par le clergé et les laïques, que depuis le commencement iuïi maintenant, il y a eu opposition systématique du Séminaire à l'épiscopat. Quiconque a mal parlé des Eveques, a toujours été en haute faveur au Séminaire, et^au contraire quiconque s'est prononcé pour l'épiscopat a été honni, chassé ou forcé de s'en aller
•• Oh I le Séminaire s'est montré bien petit à côté de l'évcquo. Un jour, le Séminaire gémira de l'avoir ainsi contristé ; car Dieu prendra en main l'œuvre de son serviteur. M. Bédard n'a-t-il pas prédit, dans son Mémoire la désolation de la maison de St. Snlpice de Montréal, si elle ne revenait à l'évoque toto corde. Et comment expliquer autrement que comme un commencement de désolation la désertion de la Maison des meilleurs sujets canadiens et français qui n'y peuvent tenir ? Depuis un nombre d'années limitées, nous comptons une douzaine de prêtres qui but quitté St. Sulpice do Montréal, parce qu'il ne sympathise pas avec l'évoque. Le grand nombre de ceux qui sont sortis sont des hommes au-dessus du commun, on on fait des Evêques, des Grands- Vicaires, des Supérieurs de Collèges, des Chanoines titulaires, etc. Autant de perdu pour St. Sulpice. Ceux qui sortent s'accordent à dire 'qu'ils n'ont pas voulu être plus longtemps solidaires de cet esprit entaché de gallicanisme, protestant comme M. Olier lui-même a protesté, et se ranat à V obéissance aux Saints Prélats qui sont les n'eurs du Séminaire, selon le même M. Olier."
18, — Quand Messire Marcoux a-t-il écrit cela ?
Ephréme. — Le 2 Juin 1850.
Joseph. — Veux-tu nommer quelques-uns des MM. de St. Sulpice dont parle Messire Marcoux, et qui ont laissé le Séminaire à cause de* sa conduite envers les prélats ?
ErrRÉME. — Messire Musart, Mgr. Charbonnel et Mgr. Pinsonneault.
Joseph. — Sais-tu s'il y a eu dernièrement de ces déseret pour Je même motif?
Ephréme. — Il y a M. O'Farrel et, parait-il aussi, M. Toupin. bien qu'on ait donné le change au public à propos de la sortie de ce dernier.
Joseph. — Ces deux prêtres sont-ils bien respectables ?
Ephrême. — Tout ce qu'il y a do plus vénérable, de plus orthodoxe et de plus digne sous le rapport du talent et delà vertu. Mais je continue ; l'évêque actuel de Montréal a donc tout fait dès l'origine pour se concilier le Séminaire ; mais le Séminaire n'a pas voulu.
En 1854, révoque de Montréal, ,se trouvant à Eomer rendait compte au St. Siège de son administration et en vint, tout naturellement, à parler de V unique paroisse &e la ville de Montréal. Le secrétaire de la Propagande, le Cardinal Barnabo, en apprenant que Montréal ne comptait qu'une seule paroisse, eut de la peine à en croire ses oreilles.
François. — -Je crois bien : on s'étonnerait à moins.
Ephrême. — Le Cardinal parla alors de démembrer cette paroisse, en offrant à l'évêque de faire annuler la réponse de la Propagande du 8 Octobre 1831. Mais l'évêque, pensant pouvoir amener le Séminaire par des moyens de douceur, s'y refusa.
Joseph. — Et l'affaire en demeura là, je suppose ?
Ephrême. — Oui. Avant.de se rendre à .Rome, en 1862, l'évêque de Montréal conseilla au Supérieur du Séminaire d'écrire au Préfet de la Propagande relativement au démembrement de la paroisse de Montréal, offrant de présenter lui-même la lettre à qui de droit. Arrivé dans la Ville Eternelle, Mgr. remet la lettre en question au Car dinal Préfet qui, après en avoir pris- connaissance, informe Monseigneur qu'il se chargerait de régler lu,i-même cette affaire avec M. le Supérieur du Séminaire. En conséquence, l'évêque de Montréal ne s'occupa plus de rien.
En 1863, les MM. du Séminaire informent Mgr. de Montréal de leur résolution d'envoyer à Eome, Mons. Bayle, pour y traiter l'affaire de la paroisse de Montréal. Sur ce, l'évêque demande au Séminaire, représenté par son Supérieur et M. Eayle, de vouloir bien s'entendre d'abord à Montréal avant que d'aller auprès du St. Siège: cela était, disait-il, préférable pour les deux partis ; d'ailleurs on s'empresserait "à Eome de sanctionner ce qui aurait été réglé à l'amiable.
François. — Le Séminaire suivit-il ce sage conseil ? Ephrême. — Il n'en fit rien. Bientôt, M. ^ayle, accompagné de M. Carrières, Supérieur-Grénéral, se rendit auprès < du St. Siège. Ces deux avocats du Séminaire de Montréal purent donc plaider leur cause à leur aise, puisque personne à Eome ne représentait l'évêque de Montréal.
L'évêque, sachant d'ailleurs qu'il avait le droit et la justice de son côté, ainsi que les lois de l'Eglise, voyait
-plus de peine que de crainte, les menées des MM. du linaire.
Joseph. — Mais l'évoque, ainsi accusé, no finit-il pas par
Ephreme. — Sculomont sur 1" invitation que lui en fit le . Il écrivit un mémoire en Septembre 1863, et se rendit à Rome en 1864.
Joseph. — Ainsi ce n'est pas l'évequc qui a porté toute cette affaire à Eomo ; ce n'est pas lui qui a demandé le démembrement, ce n'est pas lui qui a soulevé les difficultés ?
KriiRÊME. — Il s'est tenu à l'écart aussi longtemps qu'il l'a pu. Il a offert au Séminaire toutes les chances possible de régler la chose amicalement. Mais le Séminaire n'a voulu entendre raison. Même, après avoir obligé l'évêque à se rendre à Rome en 1864, il ne fallut pas moins de 13 mois d'explications pour que le Séminaire consentit à l'arrangement dont le décret de 1865 est le pacte sacré.
Joseph. — On avait fait des concessions de part et d'autres pour en venir à signer ce décret, n'est-ce pas ?
Ephreme. — L'évequc avait concédé au Séminaire tout ce qu'il avait demandé, mais le Séminaire n'avait rien, absolument rien concédé à l'évequc après avoir promis de se soumettre purement et simplement au décret, le Séminaire refusa de proposer à I'évêque, qui le lui demandait, un plan de démembrement.
Charles. — Yous êtes dans l'erreur, monsieur Ephreme. Jamais I'évêque de Montréal n'a écrit au Séminaire dans ce sens et' pour l'objet que vous venez de dire.
Ephrême.--Cc que je dis est exact. Le 13 Avril 1866, l'Evêque, écrivant au Supérieur du Séminaire, lui disait entr'autres choses : " Veuillez me dire s'il vous serait possible de proposer un plan de démembrement de la paroisse do Montréal, afin d'aviser aux meilleurs moyens à prendre pour l'opérer, de manière à satisfaire le3 besoins des fidèles."
Le 17 du même mois, le Supérieur répondit à l'Evêque : " S'il s'agit de démembrement proprement dit, le Séminaire ne voit dans cette question qu'une source de troubles, de dissentions, de difficultés énormes, peut-être insurmontables, et il ne saurait proposer aucun plan de division."
Joseph. — Cette réponse a dû. embarrasser Monseigneur,
Ephreme. — Il a fait son devoir : il a démembré la paroisse. Aussitôt le- Sulpiciens ont protesté sur place et à Rome.
Ils ont soulevé tous les préjugés possibles.
Ils ont dit : UÈvèque veut nous dépouiller, il veut nous ruiner.
Tout ois choses malheureusement fausses, car l'Evêque avait même sacrifié son droit de surveillance sur l'administration des biens du Séminaire.
François, s' adressant à Charles et à Joseph. — Eh bien ! mes amis, cette conduite du Séminaire est-elle loyale ! Prouve-t-elle qu'il a droit et que l' Eve que a tort ? L'Evêque n'a-t-il pas tous les bons procédés de son côté ?
(Penda?it que François parle, Henri, Alexandre et Louis entrent et se mêlent à la conversation.)