‹ Dialogue sur une question importanteChapitre 3 sur 4 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les précédents et les derniers venus.

Alexandre. — Ce que j'ai entendu des paroles de François, m'apprend que vous parlez des difficultés actuelles entre le Séminaire et l'Evêque. François se fait l'avocat de l'Evêque qui veut voler le Séminaire ; c'est

François.;-— Tiens ! tu tombes justement sur le sujet que doit maintenant aborder Ephrême. Ecoutons-le attentivement. Il va nous apprendre ee qu'il faut penser de l'accusation portée contre notre Evêque, de vouloir s'emparor des biens du Séminaire.

Alexandre et Louis. — Ah i Ah ! Bans ce cas nous écoutons.

Ephrême, tirant de sa poche un pamphlet. — J'ai ici, sur moi, un livre qui vient de paraître et qui renferme un Mémoire de Monseigneur Provencher, premier Evêque de la Pivière Pouge, contre le Séminaire. En Mars, 1826 ce Saint Prélat se trouvait à Pome et y rencontrait un Sulpicien, M. Th aven et, qui, pour servir la cause du Séminaire contre les Evêques, disait toutes les faussetés possibles. Monseigneur Provencher voulut, par amour de la vérité, démentir ce Sulpieien et venger l'épiscopat canadien. 'Il consacra une nuit à écrire ce que je vais vous lire ; vous y verrez bien' des choses, et entre autres que Mgr. Pourget n'est un voleur que parce qu'il veut le bien des âmes et l'édification des fidèles, en demandant au Séminaire de se soumettre aux volontés de leurs supérieurs ecclésiastiques.

tèEPH. — J'ai connu de réputation Monseigneur Èroveneher; c'était un homme selon le coaur de Dieu. Son témoi- Lra pour moi le plus gi*and prix.

3. — D'autant plus, que c'est un témoignage dé- '•. puisque ce vénérable Evêqiïe n'avait rien à démêler avec le Se min -lire.

Joseph. — Voyons, Bphrême, commence.

;ême. — " M. l'abbé Thavenet, prêtre de St. Sulpice, dit*Mgr.~ Provencher, demande au St. Siège la conservation des privilèges de la maison do St. Sulpice de Montréal, sans en donner la liste, ni aucun détail "

François. — Et il a eu bon nez. Ces privilèges sont tout ce qu'il y a de plus impossible.

Bphrême. — " Seulement, poursuit Mgr. Provencher, il nomme le privilège accordé, dit-il, par le second évêque de Québec, par lequel le Supérieur de la maison est Grand- Vicaire né et perpétuel du diocèse de Québec.

" Il offre au nom de ses confrères, à cette condition, l'Eglise paroissiale de Montréal pour cathédrale, une vingtaine de chanoines dans la maison et de pourvoir aux besoins do tout le monde ; autant d'articles qui demandent quelques réflexions "

Henri. — Ce Sulpicien croyait probablement que les privilèges ecclésiastiques se vendent à l'enchère. N'eut-il pas mieux faitf d'offrir, qu'à l'avenir, les Sulpiciens de Montréal se conduiraient selon l'esprit de leur pieux et vénérable fondateur ?

Bphrême. — Monseigneur Provencher continue en répondant à ces offres :

" Le Supérieur Grand- Vicaire né et perpétuel du diocèse de Québec? Mais qui périt répondre que ce Supérieur sera toujours digne et capable de cette haute fonction ? Le Supérieur est nommé par le conseil du Séminaire, par conséquent ce sera ce conseil qui nommera le Grand- Vicaire que i'Evêque sera forcé de reconnaître, quand bien même il aurait raison de le refuser. On dit que le second Evêque de Québec a accordé ce privilège, mais cet Evêque, mort il y a plus d'un siècle, pouvait-il lier tous successeurs? Pouvait-il surtout lier un Evêque de Montréal qui ne devait venir que plus d'un siècle après sa mort? Ce privilège a-t-il été reconnu en Canada ? Peuton citer un Supérieur du Séminaire de Montréal qui ait été reconnu pour Grand-Vicaire, et qui en ait exercé les fonctions, sans lettres de I'Evêque de Québec, et renouvelé >n successeur? Le Supérieur actuel du Sémite dit qu'il est Grand-Vicaire, -mais comme il n'a ja-

mais reçu do lettres de l'Evêque de Québec qui lui donnent ce titre, ,1 n'en a jamais fait les fonctions et son nom n'a jamais été porté sur la liste des Grands-Yicaires. Comment l'Evêque de Québec aurait-il pu associer à son autorité, un homme qui emploie toute son influence a s'opposer a ses plans les mieux concertés pour le bien de son diocèse "

François. — Par où l'on voit que ce n'est pas d'aujourd'hui que les Sulpiciens créent des embarras dans l'Eglise du Canada.

Ephrême. — " Tous -ces étrangers, continue Mgr. Provencher parlant des Sulpiciens, tous ces étrangers ne

CHERCHENT QU'A SE SOUSTRAIRE A L'AUTORITÉ DES ÉvÊQUES,

en se retranchant^tantôt sur une exemption, tantôt sur un privilège.

11 Que le Supérieur du Séminaire marche dans la soumission due à son Evèque, qu'il cesse de le contrarier, et il pourra devenir Grand-Vicaire. Jusqu'à ce moment l'Evêque de Québec n'aurait pu le faire son Grand-Yicaire, sans faire pousser un cri général de mécontentement dans tout le clergé "

Henri. — Comme ils se sont rendus aimables ces Sulpiciens !

Epheême. — " Croira-t-on dit Mgr. Provencher, qu'une dizaine do prêtres étrangers ont plus de'jugement, plus de bon sens, plus de science, plus d'amour du bien que tous les Evêques et le clergé du pays ? Si le Séminaire n'avait pas ses grands biens, les prêtres français ne seraient pas si empressés d'aller au Canada, malgré l'Evêque diocésain , "

Charles. — Tu forces l'expression de Monseigneur Provencher.

Ephrème. — Non! Je le cite textuellement.

Parlant de l' offre de l'Eglise paroissiale de Montréal pour cathédrale, etc., Monseigneur ajoute :

" Mais cette Eglise n'appartient pas au Séminaire ; elle a été bâtie par la fabrique et par la ville ; cette église est très-endettée. Le Séminaire l'offre pour cathédrale : pro^r bablement sans que les marguilliers en sachent rien. Qui sait si ces hommes à hautes prétentions voudront cette mesure ? Qui osera répondre ici qu'ils n'y mettront pas des conditions que le nouvel Evêque ne pourra accepter ? Ce sont encore les mêmes marguilliers, du moins en grande partie, qui, il y a quinze ans, ont forcé Monseigneur de Telmesse de sortir de leur Eglise, en décidant qu'il n'aurait plus de trône,, de dais,, etc., etc."

Henri. — Comme on reconnaît bien, dans ces pauvres marguiilers, l'application du proverbe : Tels maîtres, tels valets.

Etiirême. — Ecoute le mémoire do Monseigneur Provencher.

Ces marguilliers, au reste/ n'étaient que les champions du Séminaire qui voulait que le nouvel Eveque abandonnât la ville et se retirât dans quelque cure de campagno. Il se retira à l' Hôtel-Dieu, où il demeura jusqu'à ce que le pays et principalement le clergé lui eût bâti le bel établissement qu'il possède, et où il s'attend de rester en devenant Eveque en titre. Répondant à la proposition du Séminaire de fournir vingt chanoines, etc., etc., Monseigneur Provencher dit :

u Les prêtres du Séminaire sont Curés de la ville ; ils ont en cette qualité assez d'ouvrage, sans les mettre chanoines de l'Eveque. 11 est clair que le Séminaire veut par là avoir l' Eveque de Montréal sous sa domination. Sans doute, il aura soin de nommer des hommes qui seront dans ses intérêts "

Henri. — Ça va sans dire.

EphréIie. — " Je sais, poursuit Monseigneur Provencher, que le Séminaire, avec ses grands biens, peut entretenir les chanoines, dépense qui se réduit pourtant à rien, puisque ces chanoines seraient Sulpiciens et auraient, en cette qualité, droit de vivre aux dépens du Séminaire.

" La générosité du Séminaire à l'égard de l'Eveque est un peu tardive. C'est le même Eveque auquel il a refusé du pain et un abri, il y a seize ans : cet Eveque était pourtant alors envoyé par le St. Siège, à la demande de î'KvGque diocésain, comme aujourd'hui. Le Séminaire lui offre un logement, maintenant qu'il en a un beau ; il lui otf'rc du pain, mais depuis seize ans il n'en a pas manqué - le tenir du Séminaire.

Si cette maison lui eut fait alors une petite part de grande biens, elle se serait fait honneur, et peut-être que le gouvernement n'aurait pas montré tant d'empressement à s'en emparer, à l'abri des troubles qui agitaient alors le pays " .

Henri. — Comme de raison.

KniRÉME. — " Mais, ajoute Monseigneur Provencher :" •• Heureusement que les Kvéques, le clergé et le peuple, par ses représentants, empêcheront le gouverment de commettre cette iniquité "

Joseph — Ainsi, c'est aux Êvêqucta et à d'autres que le it d'avoir coivservé ses biens.

RÊME. — Oui !

François. — C'est pour récompenser les Evoques que les Sulpieiens les accusent maintenant de vouloir les voler ?

Ephrême. — Ecoute là-dessus Monseigneur Provencber :

" M, l'abbé Thavenet dit partout que l'Évêque de Québec veut s'emparer des biens du Séminaire de Montréal, que c'est pour cela qu'il ne veut plus laisser entrer de prêtres français en Canada "^

Henri. — Comme ils accusent L'Évêque de Montréal de ne diviser la paroisse de Notre-Dame qu'afin de s'emparer de leurs biens. Toujours les mêmes, ces bons Sulpi-

eiens

Ephrême. — " Il est difficile, s'écrie ici Mgr. Provencher, de réunir dans si peu de mots tant d'accusations hardies, fausses et calomnieuses. Si une grande charité peut excuser M. Thavenet de mauvaise foi, assurément il n'y a pas moyen d'excuser ses confrères de Montréal qui inspirent toutes ces accusations

" J'ai eu la douleur d'entendre répéter ces accusations en France, depuis Boulogne jusqu'à Marseille. Tous les Evêques et les prêtres français avec lesquels j'ai lié conversation m'ont dit : » Yous trouverez à Eome M. Thavenet qui travaille à empêcher les Évêques du Canada de s'emparer des biens des Sulpiciens de Montréal •..."

FRANçors. — C'est ainsi que les Sulpiciens travaillent à glorifier, à l'étranger, l'épiscopat canadien ! ! ! !

Louis. — Mais en France on ne devait rien croire de pareil sur le compte des Évêquçs canadiens ?

Ephrême, — -Tu vas voir :

" Non-seulement, dit Monseigneur Provencher, non seulement on le disait, maison le croyait : on a par conséquent une bien singulière idée des Evêques du Canada que l'on suppose capables de voler de si grand biens que ceux du Séminaire de Montréal, et que l'on croit, par là même, les destructeurs des établissements religieux du pays. Sans doute, ils mériteraient Panimadversion du monde entier, si une accusation aussi grave était vraie ; mais ici je n'hésite pas à dire que c'est un mensonge et une calomnie "

Henri. — C'est ainsi que les Sulpiciens nous traitent dans les pays étrangers. Non contents de faire passer nos Évêques pour des misérables, ils nous donnent des certificats d'imbécilité. M. Faillon disait à Eome, à propos des Universités, que ces institutions étaient inutiles en Canada, où, quelque effort qu'on fit, on ne parviendrait jamais à former des prêtres, des magistrats, des avocats, des médecins, etc., de quelque valeur

Louis. — Pourquoi ?

IIenri. — Parce que les ressources intellectuelles des Canadiens étaient trop médiocres ! ! !

Un Evêquo français s'étonnait un jour, en présence d'un Sulpkien, de ce que le clergé canadienne pouvait aspirer * à être Curé do la ville, attendu que les Sulpiciens étaient Curés perpétuels. Savez-vous ce que répondit ce Sulpicien ? Sans broncher, il affirma que notre clergé n'aurait

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