VOLTAIRE ET LES RELIGIONS. XXIX
plaisanterie. Volontiers il eût admis l'usage courant d'un christianisme nominal, tel qu'auraient pu le réaliser un Luther moins enfroqué, un Calvin moins scolastique, tel que le conçoivent aujourd'hui nos protestants libéraux.
« Swift, » dit-il dans son traité Dieu et les hommes, « a fait un bel écrit, par lequel il croit avoir prouvé a qu'il n'est pas encore temps d'abolir la religion a chrétienne. Nous sommes de son avis : c'est un « arbre qui, de l'aveu de toute la terre, n'a porté (( jusqu'ici que des fruits de mort; cependant nous « ne voulons pas qu'on le coupe, mais qu'on le a greffe. Nous proposons de conserver , dans la « morale de Jésus, tout ce qui est conforme à la « raison universelle, à celle de tous les grands phi- <i losophes de l'antiquité, à celle de tous les temps « et de tous les lieux, à celle qui doit être l'éternel « lien de toutes les sociétés. Adorons l'Etre suprême a par Jésus, puisque la chose est établie ainsi parmi 5. nous. Les cinq lettres qui composent son nom ne Cl sont certainement pas un crime. Qu'importe que a nous rendions des hommages à l'Etre suprême et par Confucius, par Marc-Aurèle, par Jésus ou « par un autre, pourvu que nous soyons justes? a La religion consiste assurément dans la vertu et (T non dans le fatras impertinent de la théologie. « La morale vient de Dieu, elle est uniforme par- « tout; la théologie vient des hommes, elle est «t partout différente et ridicule. L'adoration d'un a Dieu qui punit et qui récompense réunit tous « les hommes, la détestable et méprisable théologie « raisonneuse les divise. Chassez les théologiens, c l'univers est tranquille. Admettez-les, donnez-leur « l'autorité, la terre est inondée de sang. Religion « chrétienne, voilà tes effets ! Tu es née dans un « coin de la Syrie d'où tu es chassée, tu as passé « les mers pour venir porter ton inconcevable rage « aux extrémités du continent; et cependant je « propose qu'on te conserve, pourvu qu'on te coupe