LIBERTE DE CONSCIENCE
lettrés chinois qui, depuis cinq mille ans, servent un Dieu unique sans superstition et sans anatisme ? Voilà donc ce que tu ferais si tu étais le maître ?
— Assurément, dit le prêtre; car je suis dévoré du zèle de la maison du Seigneur : Zeliis domiis tuœ comedit me. (Psalm. lxvhi, 10.)
— Etrange secte! ou plutôt infernale horreur! s'écria le bon père de famille. Quelle religion que celle qui ne se soutiendrait que par des bourreaux, et qui ferait à Dieu l'outrage de lui dire : Tu n'es pas assez puissant pour soutenir par toi-même ce que nous appelons ton véritable culte, il faut que nous t'aidions, tu ne peux rien sans nous, et nous ne pouvons rien sans tortures, sans échafauds, et sans bûchers! Ça, dis-moi un peu, cher aumônier, repartit l'anabaptiste, es-tu dominicain, ou jésuite, ou diable ?
— Je suis jésuite, dit l'autre.
— Eh ! mon ami, si tu n'es pas diable, pourquoi dis-tu des choses si diaboliques ?
— C'est que le révérend père recteur m'a ordonné de les dire.
— Et qui a ordonné cette abomination au révérend père recteur ?
— C'est le provincial.
— Et de qui le provincial a-t-il reçu cet ordre ?
— De notre général, et le tout pour plaire au pape.
Le pauvre anabaptiste s'écria : Sacrés papes qui êtes à Rome sur le trône des Césars, archevêques, évêques, abbés devenus souverains, je vous respecte et je vous fuis. Mais, si dans le fond du cœur vous avouez que vos richesses et votre puissance ne sont fondées que sur l'ignorance et la bêtise de nos pères, jouissez-en du moins avec modération. Nous ne voulons point vous détrôner, mais ne nous écrasez pas. Jouissez
et laissez-nous paisibles. Sinon, craignez qu'à la fin la patience n'échappe aux peuples et qu'on ne vous réduise, pour le bien de vos âmes, à la condition des apôtres, dont vous prétendez être les successeurs.
— Ah ! misérable ! tu voudrais que le pape et l'évêque de Vurtzbourg gagnassent le ciel par la pauvreté évangélique !
— Ah! mon révérend père, tu voudrais me faire pendre !