‹ Dialogues et entretiens philosophiquesChapitre 40 sur 117 · XLVI PREFACE · texte numérisé non relu

XLVI PREFACE

bizarre, la Déesse Raison, il a été, avec le Dieu de Rousseau, rinconlestable parrain du pauvre manitou théo-philanthrope et du malencontreux Être suprême de Robespierre. Son utilité prétendue, admise sans conviction comme sans résistance par une sorte d'assentiment universel , a permis à Napoléon de rendre à l'Église une place officielle dans rÉtat. « Laissez-lui prendre un pied chez vous... » Mais Napoléon n'avait pas lu son La Fontaine; le déplorable Concordat lui paraissait un excellent expédient pour embrigader le clergé au service de son ambition, pour asservir l'Église à l'État. On sait ce qui est advenu de cette combinaison. Sans doute , le Dieu de Voltaire refusa d'abord tout commerce d'amitié avec le confrère qu'il était venu bafouer; il n'eut pas de peine à décliner toute alliance avec le dieu néo-chrétien, néocatholique , romantique, humanitaire, d'ailleurs fort mal disposé pour lui. Moi, chantait-il avec Béranger, je suis « le Dieu des bonnes gens. » Mais force lui fut bien de se reconnaître dans le Dieu vague des éclectiques : « Un être inconnu qui pénètre et anim.e tout; un être intelligent et puissant qui donne le mouvement, la vie et la pensée, dont les desseins éclatent de toutes parts; inaccessible aux sens et prouvé par la raison; immatériel, incompréhensible, invisible, sans forme, éternel, présent partout (m, 66, 67); rémunérateur et vengeur, etc., etc. »; c'était lui-même, il n'y avait pas à s'y méprendre. Et comment démentir ses nouveaux adeptes, quand ils l'inféodèrent, lui, Dieu de la raison, à son vieil ennemi le Dieu de la foi ? Bref, une chaîne invisible et puissante, dont nous avons négligé bien des anneaux, rattacha l'entité au fétiche; et la religion naturelle est redevenue la plus solide alliée, désormais la complice, de la religion positive.

Un dernier mot. Malgré ses dommageables conséquences, le déisme de Voltaire est encore un

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