‹ Dialogues et entretiens philosophiquesChapitre 57 sur 117 · FILESAC ET LE PAGE. 4 I · texte numérisé non relu

FILESAC ET LE PAGE. 4 I

LE PAGE. — Lui en paradis? dans le jardin? lui ! ce monstre 1

MAITRE FILESAC. — Oui, mon bel enfant, dans le jardin, dans le ciel, c'est la même chose.

LE PAGE. — Je le veux croire : mais il a pris un mauvais chemin pour y arriver.

MAITRE FILESAC. — Vous parlcz en jeune huguenot. Apprenez que ce que je vous dis est de foi. Il a eu l'attrition; et cette attrition, jointe au sacrement de confession, opère immanquablement salvation, qui mène droit en paradis , où il prie maintenant Dieu pour vous.

LE PAGE. — Je ne veux point du tout qu'il parle à Dieu de moi. Qu'il aille au diable avec ses prières et son attrition 1

MAITRE FILESAC. — Daus Ic foud c'e'tait une bonne âme. Son zèle l'a emporte', il a mal fait; mais ce n'était pas en mauvaise intention. Car dans tous ses interrogatoires il a re'pondu qu'il n'avait assassiné le roi que parce qu'il allait faire la guerre au pape, et que c'était la faire à Dieu. Ses sentiments étaient fort chrétiens. Il est sauvé, vous dis-je ; il était lié, et je l'ai délié.

LE PAGE. — Ma foi, plus je vous écoute, plus vous me paraissez un homme à lier vousmême. Vous me faites horreur.

MAITRE FILESAC. — C'cst quc VOUS u'êtes pas encore dans la bonne voie : vous y serez un jour. Je vous ai toujours dit que vous n'étiez pas loin du royaume des cieux ; mais le mom.ent n'est pas encore venu.

LE PAGE. — Le moment ne viendra jamais de me faire croire que vous avez envoyé Ravaillac en paradis.

MAITRE FiLEs.\c. — Dès que vous serez converti, comme je l'espère, vous le croirez comme

moi; mais en attendant, sachez que vous et le duc de Sully, votre maître, vous serez damne's a toute éternité' avec Judas Iscariote et le mauvais riche, tandis que Ravaillac est dans le sein d'Abraham.

LE PAGE. — Comment, coquin !

MAITRE FiLESAC. — Poiut d'iujures, petit fils ; il est défendu d'appeler son frère raca. On est alors coupable de la géhenne ou gebenne du feu. Souffrez que je vous endoctrine sans vous fâcher.

LE PAGE. — Va, tu me parais si raca que je ne me fâcherai plus.

MAITRE FILESAC. — Je VOUS disais donc qu'il est de foi que vous serez damné ; et malheureusement notre cher Henri IV Test déjà , comme la Sorbonne l'avait toujours prévu.

LE PAGE. — Mon cher maître damné !

Attends , attends , scélérat 1 Un bâton , un bâton !

MAITRE FILESAC. — Calmez-vous, petit fils ; vous m'avez promis de m'écouter patiem.ment. N'est-il pas vrai que le grand Henri est miOrt sans confession ? N'est-il pas vrai qu'il était en péché mortel, étant encore amoureux de madame la princesse de Condé, et qu'il n'a pas eu le temps de demander le sacrement de pénitence, Dieu ayant permis qu'il ait été frappé à l'oreillette gauche du cœur, et que le sang l'ait étouffé en un instant? Vous ne trouverez assurément aucun bon catholique qui ne vous dise les mêmes vérités que moi.

LE PAGE. — Tais-toi, maître fou : si je croyais que tes docteurs enseignassent une doctrine si abominable , j'irais sur-le-champ les brûler dans leurs loges.

MAITRE FILESAC. — Eucore uue fois, ne vous emportez pas, vous 1 avez promis. Monseigneur

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