XVI PRÉFACE
naturel. Douceur, bienveillance pour tous, respect de tous, amour du peuple, goût du :
peuple, bonte universelle, amabilité envers tous les êtres, voilà la loi sûre et qui ne trompe pas. — Comment concilier de tels sentiments avec la hiérarchie de fer de la nature et la croyance en la souveraineté absolue de la raison? — Je n’en sais rien; mais peu m'importe. La bonté ne dépend d'aucune théorie. On peut aimer le peuple avec une philosophie aristocrate, et ne pas l'aimer en affichant des principes démocratiques. Au fond, ce n’est pas la grande préoccupation de l'égalité qui crée la douceur et l’affabilité des mœurs. L'égalité jalouse produit, au contraire, quelque chose de rogue et de dur. La meilleure base de la bonté, c’est l'admission d’un ordre providentiel, où tout a sa place et son rang, son
utilité, sa nécessité même. Les hommes ne
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sont pas égaux, les races ne sont pas égales. Le nègre, par exemple, est fait pour servir aux grandes choses voulues et conçues par le blanc. Il ne suit pas de là que cet abominable esclavage américain fût légitime.
Non-seulement tout homme a des droits, mais tout être a des droits. Les dernières races humaines sont bien supérieures aux animaux; or nous avons des devoirs même envers ceux-ci. Ce n’est pas assez de ne pas faire de mal aux êtres; il faut leur faire du bien, il faut les gâter, il faut les consoler des rudesses obligées de la nature.
Bien assis sur ces principes, livrons-nous
doucement à tous nos mauvais rêves. Impri-
mons-les même, puisque celui qui s’est livré
au public lui doit tous les côtés de sa pensée. Si quelqu'un pouvait en être attristé, il faudrait lui dire comme le bon curé qui fit
trop pleurer ses paroissiens en leur prèchant b