PRÉFACE. XIX
Pour nous autres, esprits cultivés, les équivalents de ces croyances que fournit l’idéalisme suffisent tout à fait; car nous agissons sous l'empire d'anciennes habitudes; nous sommes comme ces animaux à qui les physiologistes enlèvent le cerveau, et qui n’en continuent pas moins certaines fonctions de la vie par l'effet du pli contracté. Mais ces mouvements instinctifs s’affaïbliront avec le temps. Faire le bien pour que Dieu, s’il existe, soit content de nous, paraîtra à plusieurs une formule un peu vide. Nous vivons de l’ombre d’une ombre.
De quoi vivra-t-on après nous?..…. Une seule chose est sûre, c’est que l’humanité tirera de son sein tout ce qui est nécessaire en fait d'illusions pour qu’elle remplisse ses devoirs et accomplisse sa destinée. Elle ny a pas failli jusqu'ici; elle n’y
faillira pas dans l’avenir.
xx PRÉFACE.
Je crains parfois qu’on ne me reproche d’avoir semblé me livrer aux jeux d’un loisir coupable en poursuivant d’inoffensives chimères au moment où ma patrie traversait les plus graves crises qu’elle ait jamais connues. Je répondrai ce que j'ai déjà plus d’une fois répondu. J’ai toujours été à la disposition de mon pays. En 1869, invité par un groupe considérable d’électeurs à me présenter à la députation, je fis, afin de répondre à ce vœu, des sacrifices pour moi très-considérables. La seule chose à laquelle je ne me pliai pas fut de dire un mot de plus ou de moins que ce que j'estimais bon à dire.
Depuis, j'ai toujours répété que j'étais aux ordres de mes concitoyens pour les mandats qu'ils voudraient me confer. Toute sollicitation, en pareil cas, me paraït déplacée. Les mandats politiques, dans les temps
difficiles où nous sommes, ne doivent être
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ni recherchés ni refusés. Aveugles et imprudents sont ceux qui les recherchent; égoïstes sont ceux qui les refusent, et qui, par amour d’une existence tranquille, se mettent à l'abri des dangers inséparables de la vie publique. Je proteste que, si le pays m'avait imposé des devoirs, je les aurais remplis avec courage, et que j'y eusse dépensé tout ce que j'ai d'application et de
capacité de travail.