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de objet.
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La science positive n’embrasse qu'une partie
du domaine de la connaissance, telle que l’huma-
5 nité l’a poursuivie jusqu’à présent. Elle assemble . les faits observés et construit la chaîne de leurs a \ relations; mais cette chaîne n’a ni commencement il 4 ni fin, je ne dis pas certains, mais même entre- | ; vus. La recherche de l’origine et celle de la fin | É des choses échappent à la science positive. Jamais
elle n’aborde les relations du fini avec l'infini.
Cette impuissance doit-elle être regardée comme ; inhérente à l'intelligence humaine ? Faut-il, avec une école qui compte en France et ailleurs d’illustres partisans, faut-il regarder comme vaine
toute curiosité qui s'étend au delà des relations
immédiates entre les phénomènes? Faut-il rejeter parmi les stériles discussions de la scolastique tous les autres problèmes, parce que la solution de ces problèmes ne comporte ni la même clarté, ni la même certitude?
La réponse doit être cherchée dans l’histoire de
l'esprit humain : c’est la seule manière de rester
fidèle à la méthode elle-même. Or la science des
relations directement observables ne répond pas complétement et n’a jamais répondu aux besoins de l’humanité. En decàa comme au delà de la
chaîne scientifique, l'esprit humain conçoit sans
- cesse de nouveaux anneaux ; là où il ignore, il est
conduit par une force invincible à construire et à imaginer, jusqu’à ce qu’il soit remonté aux causes premières. Derrière le nuage qui enveloppe toute fin et toute origine, il sent qu’il y a des réalités qui s'imposent à lui, et qu’il est forcé de concevoir idéalement, s’il ne peut les connaitre. Il sent que là résident les problèmes fondamentaux de sa
destinée. Ces réalités cachées, ces causes pre-
mières, l’esprit humain les rattache d’une manière fatale aux faits scientifiques, et, réunissant le tout, il en forme un ensemble, un système embrassant l’universalité des choses matérielles et morales.
Ce procédé de l’esprit humain représente donc un fait d'observation, prouvé par l'étude de chaque époque, de chaque peuple, de chaque individu ; il n’est pas permis de refuser de l’apercevoir. C’est ici un fait comme tant d’autres : son existence nécessaire dispense d’en discuter la légitimité. Il se passe dans l’ordre intellectuel et moral quelque chose d’analogue à ce qui existe dans l’ordre politique. L'existence actuelle d’un gouvernement idéal et absolument parfait a toujours été à bon droit regardée comme chimérique; et cependant jamais un peuple n’a pu subsister un seul moment sans un système gouvernemental plus ou mvins imparfait. De même, dans l’ordre de l'intelligence, la connaissance rigoureuse de l’ensemble des choses
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est inaccessible à l'esprit humain, et cependant
chaque homme est forcé de se construire ou d’accepter tout fait un système complet, embrassant sa destinée et celle de l'univers.
Comment ce système doit-il être construit? C est la question de la méthode dans la science idéale. Nous allons rappeler quel procédé scientifique les hommes ont en général suivi jusqu'ici dans cette construction; puis nous dirons quelle est, à notre avis, la méthode qui résulte de l'état intellectuel présent et du co cloepo bent acquis par les sciences positives. ;
Interrogeons les premiers philosophes : « Thalès regarde l’eau comme premier principe 4. Anaximène et Diogène établissent que l’air est antérieur à l’eau et qu’il est le principe des corps simples. Hippase de Métaponte et Héraclite d'Éphèse admettent que le feu est le premier principe. Empédoclie reconnaît quatre éléments, ajoutant la terre aux trois que nous avons nommés. Anaxagore
4. Métaphysique d’Aristote, livre 1°"; tome I, p. 44 etsuiv,, traduction de MM. Pierron et Zévort.
de Clazomènes prétend que le nombre des principes est infini. Presque toutes les choses formées de parties semblables ne sont sujettes à d'autre production, à d’autre destraction que l’agrégation ou là séparation ; en d’autres termes, elles ne naissent ni ne périssent, elies subsistent éternellement t. » |
La plupart de ces systèmes ne sont pas fondés seulement sur la considération de la matière, mais ils recourent en même temps à des notions morales et intellectuelles. Parménide invoque comme principe « l’Amour, le plus ancien des dieux » ; Empédocle introduit « l’Amitié et la Discorde », causes opposées des effets contraires, c’est-à-dire du bien et du mal, de l’ordre et du désordre, qui se
trouvent dans la nature. Anaxagore recourt à «l’In-
telligence» pour expliquer l’ordre universel, tout en
préférant d'ordinaire rendre raison des phénomè-
nes par «des airs, des éthers, des eaux et beaucoup
4. C’est à peu nrès la doctrine des corps simples de la chimie moderne.
d’autres choses déplacées au jugement de Platon'» .
Voici maintenant le monde expliqué par des considérations purement logiques. « Du temps de ces philosophes et avant eux *, ceux qu'on nomme pythagoriciens s’appliquèrent d’abord aux mathématiques. Nourris dans cette étude, ils pensèrent que les principes des mathématiques étaient les principes de tous les êtres. Les nombres sont de
leur nature antérieurs aux idées, et les pythago-
riciens croyaient apercevoir dans les nombres,
plutôt que dans le feu; la terre et l’eau, une foule d’analogies avec ce qui est et ce qui se produit. Telle combinaison des nombres leur semblait la justice, telle autre l’âme et l'intelligence. » C’est pourquoi « ils pensèrent que les nombres sont les éléments de tous les êtres ».
Mais je ne veux pas retracer ici l'histoire de la
métaphysique. Il me suffira d’avoir montré par
A. Phédon, xcevri.
2. Aristote, Métaphysique, livre 1°", trad de MM Pierron et Zévort, p. 23.
quelques exemples comment elle à procédé à l'origine. Le vrai caractère de sa méthode se manifeste sans déguisement dans ces premiers essais naïfs, où chaque philosophe, frappé vivement par un phénomène physique ou moral, le généralise, en tire par voie de raisonnement une construction complète et l'explication de l’univers. Depuis lors jusqu'aux temps modernes, quels qu’aient été l’art et la profondeur de ses constructions systématiques, la métaphysique n’a guère changé de procédé. Elle pose un ou plusieurs axiomes, empruntés soit au sens intime, soit à la perception extérieure ; puis elle opère par voie rationnelle et conformément aux règles de la logique. Elle poursuit la série de ses déductions, jusqu’à ce qu’elle ait constitué le système complet du monde; car, comme dit Aristote, « le philosophe qui possède parfaitement la science du général a nécessairement la science de toutes choses... Ce qu'il y a de plus scientifique, ce sont les principes et les
causes. C'est par leur moyen que nous connais
sons les autres choses; tandis qu'eux, ce n’est pas par les autres choses que nous les connaissons‘. »
Le triomphe de cette méthode est dans l’érection des grandes machines scolastiques du moyen âge, où le syllogisme, partant de certains axiomes imposés dogmatiquement et au-dessus de toute discussion, règne ensuite en maître de la base au sommet. Jusque dans les temps modernes, Descartes, qui renverse l’ancien édifice de l’autorité philosophique, demeure fidèle à la méthode déductive. « J’ai remarqué; dit-il ?, certaines lois que Dieu a tellement établies dans la nature, et dont il à imprimé de telles notions en nos âmes, qu’après y avoir fait assez de réflexions nous ne saurions douter qu’elles ne soient exactement observées en tout ce qui est ou qui se fait dans le monde. » Et plus loin # : « Maïs l’ordre que j'ai
A. Métaphysique, livre It", traduction déjà citée. Le texte est plus énergique : At& ap rabra mai x rourwy TAAAX YVwpibeTat, &AA cd raüra Oux Tov Orcxetuévwv.