Jean, chap. 1v
l'humanité. Par Jà, les hommes vraiment religieux de tous les siècles seront ses disciples, même quand | wi. ils s’écarteront sur presque tous les points des doctrines que les Églises issues de lui ont développées sous son nom.
« En dehors de la nature et de l’homme, y at-il donc quelque chose? » me demandez-vous.
— Il y a tout, répondrai-je. La nature n’est qu'une apparence; l’homme n’est qu’un phénomène. Il y a le fond éternel, il y a l'infini, la substance, l'absolu, l'idéal; il y a, selon la belle expression musulmane, celui qui dure; il y a, selon l'expression juive, plus belle encore, celui qur est. Voilà le père du sein duquel tout sort, au sein duquel tout rentre. Écartons de la vie divine toute notion relative à notre vie passagère. Cet être absolu est-il libre? est-il conscient? La parcelle consciente qui rentre en lui conserve-t-elle sa conscience? Le ow et le non sont également inapplicables à ces sortes de questions. Elles impliquent
une illusion absolument incorrigible, la tendance
à transporter dans l'existence infinie les conditions de notre existence finie.
Nous ne concevons l’existence que sous la forme d’un moi limité. Pour se représenter un Dieu existant, il était inévitable que l’homme le fit à son image, c’est-à-dire en fît aussi un mot limité. Or, qui ne voit ce qu’une telle conception a de contradictoire : l’être infini présenté comme fini, l'esprit pur doué d’attributs qui supposent des organes! Pour être conséquent, on devrait pousser l’anthropomorphisme jusqu'à ses derniers excès et donner à Dieu un corps. Car, ne nous y trompons pas, toutes les facultés que le déisme vulgaire attribue à Dieu n’ont jamais existé sans un cerveau. Il n’y à jamais eu de mémoire, de prévoyance, de perception des objets extérieurs, de conscience, enfin, sans un système nerveux. Le vocabulaire humain, appliqué à la Divinité, détonne à chaque instayt. Pourquoi prétendre exprimer l'infini par des phrases et des mots, qui sont
essentiellement des limites? Pourquoi vouloir
raisonner de ce qu’on reconnaît être ineffable ?
Avec une immense variété de formules, et à des degrés énormément divers de simplicité et de raffinement, l'humanité adorera éternellement cette substance unique, à beaucoup de noms1, ce Père commun de tous ceux qui cherchent le bien et le vrai. Chacun se fait sa théologie selon ses besoins, et toute violence pour changer brusquement ies idées reçues à cet égard est pleine de dangers. Mais on ne fait violence à l'opinion de personne en exprimant librement ce que l’on croit. L’auditeur ou le lecteur reste libre devant la doctrine qu’on lui expose. Il y viendra, si cette doctrine convient à son degré de culture ; il n’y viendra pas, si elle est pour lui prématurée ou arriérée.
Qui trompe-t-on d’ailleurs ici, et ‘uelle comédie que l’espèce humaine, si elle se compose de quelques millions d’être pensants occupés à simu-
ler les uns avec les autres des croyances qu'ils